"Fin de stase" est une histoire très courte mise en ligne par
"Donald Ghautier".. Venez publier une histoire très courte ! / Protéger une histoire très courte |
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Fin de stase Ding dong dang, me serine ma tête. Après un temps indéfini, je me rends compte de ma sortie de stase. L’ordinateur de bord ne m’explique pas le pourquoi du comment juste mon présent où l’astronef censé m’amener sur Uranus file dans la direction opposée. Je suis mal. Et ma rapide évaluation des réserves en nourriture ne me promet pas une longue durée de vie. Je me décide à appuyer sur le bouton rouge d’urgence tel que préconisé dans le manuel de bord. - C’est à quel sujet ? Cette voix métallique résonne dans tout le vaisseau, venue de nulle part et d’ailleurs. Je ne m’attendais à ça, étonnamment. - Je suis en galère. - Définissez le terme ! - Je me suis réveillé dix semaines avant la date prévue. - Et ? - Le vaisseau s’est trompé de direction. - Mais encore ? - Je n’ai presque rien à bouffer ! Des cliquetis mécaniques semblent s’enclencher sans que je voie quoi que ce soit. L’habitacle luit un peu plus mais encore faiblement. L’ambiance reste anxiogène. J’attends une réponse de l’oracle numérique. Elle arrive enfin, sous une forme inattendue cependant. - Il faut trouver la voie. - Sans rire ? - C’est sérieux. - Et je fais comment ? - Regardez ! Sans que je comprenne pourquoi et comment, cinq objets se matérialisent sous mes yeux sur la console de commandes. Le premier est une petite tirelire jaune en forme de cochon. Elle me rappelle mon voisin Olger qui ne cessait de répéter « Groumpf » à sa mère quand elle le grondait. Le second est un chien en velours rembourré qui ressemble comme deux gouttes d’eau à mon oncle Raymond. Le troisième est une orange tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Les deux derniers paraissent plus prometteurs : un ange en argile enfermé dans un petit sachet de plastique et une statue africaine en fer forgé représentant une jeune mère portant son enfant accroché à son cou. - J’ai vu. - Bien. - C’est tout ? - Vous devez trouver la voie. Les lumières faiblissent en signe de fin de communication. J’essaie de rappeler le génie dans la bouteille en appuyant sur le bouton rouge mais il ne se passe rien, le vide, le néant absolu. Il ne me reste plus qu’à faire fonctionner mes neurones tout juste sortis de stase pour résoudre l’énigme supposée d’un Sphynx digital. Et là, je suis mal vu que moi mon dada c’est la comptabilité analytique, la raison pour laquelle un employeur uranien m’a sorti le grand jeu pour m’embaucher. Je fixe Olger, Raymond et leurs compagnons de mystère. Ils n’interpellent pas mes cellules grises, ne lancent mes neurones dans une révolution effrénée autour de mon cortex cérébral pour me sauver la mise. C’est juste une steppe aride dont seuls sortent vivants les princes du sudoku et les fans de casse-têtes chinois. Je commence à désespérer, me demandant ce que je fous là, pourquoi moi et pas mon voisin ingénieur des travaux finis, si Dieu existe vraiment et qui a placé une orange dans cette liste de dingo. Et la révélation vient : il s’agit du jeu de l’intrus. Je me souviens avoir joué et même gagné lors de ma première année d’étudiant. A l’époque, il s’agissait de trouver parmi cinq personnages celui qui dénotait franchement. La partie proposait un astrophysicien, une institutrice, un percepteur des impôts, une danseuse de rumba et un supporter de football. Ce dernier était l’intrus, sous le prétexte que lui seul n’avait pas besoin de cerveau. Je sais, c’est un peu tiré par les cheveux mais chaque discipline a ses règles. Vue ma situation actuelle, je ne vais pas me lancer dans une vaste étude analytique aux hypothèses arborescentes. Ce qu’il me reste à faire s’affiche cristallin, d’une évidence biblique. Je n’ai qu’à dévorer l’orange et le tour est joué. La salle s’arrondit, les murs deviennent des ellipses, Olger me chie des ducats et des sous, Raymond me mordille l’oreille, l’ange me chante des cantiques et la nymphe africaine me nourrit de son sein ferme. Je vole dans l’éther cosmique. Je suis caillou chou hibou pou joujou genou. Les médecins me sortent de mon cylindre de verre tandis que je ris comme un fou dans son nid de coucou. Je sens que je suis bon pour une batterie de tests, des rébus et des mots croisés, des coups de marteaux sur la rotule et du liquide piquant dans les yeux. Je m’en fous, je suis vivant. |
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Fin de stase
appartient au recueil Dystopie & Science-Fiction
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Histoire Très Courte terminée ! Merci à Donald Ghautier. |
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