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Rose récidive - Nouvelle

Nouvelle "Rose récidive" est une nouvelle mise en ligne par "Mégalac"..

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Rose récidive

 

- Ouvre tes mails, pour une fois.

C'est un message de Patricia, une amie de longue date. Elle a le chic pour dégoter des activités extravagantes, surtout pour les autres. Elle tient particulièrement à m'entraîner dans des trucs branchés, où je pourrais rencontrer mon âme sœur qui attend avec impatience un signe de ma part. Même si je connais mon amie et ses combines par cœur, je me suis encore fait piéger. Pour les vacances, cette année, elle a décidé que je devais rechercher mon moi profond. Elle m'a tellement bien vendu le concept que j'ai eu envie d'essayer. Elle me dit souvent : "Tu passes ton temps à te faire des nœuds au cerveau. Apprends à lâcher prise ". J’ai validé ce stage car il est organisé dans un grand hôtel au bord de l'océan près d’Arcachon. C'est malgré toutes les vacances, je ne l’ai pas oublié. Le premier vendredi d’août, je suis dans le hall de l’hôtel. Les commentaires élogieux publiés sur son site ne sont pas mensongers. C’est luxueux sans être kitch. Les formalités d'accueil effectuées, je me rends sur l’invitation de l’hôtesse dans les locaux mis à notre disposition. Deux coachs nous attendent et, comme il semble que je sois le dernier stagiaire, ils nous donnent quelques indications et depuis, ils nous scrutent en silence.

Il y a un grand tableau où l'on peut s'inscrire à des ateliers de travaux pratiques. Je choisis :

                - Connaître son étoile.

                - Dans la cuisine de Bouddha.

                - Choisir son totem grâce aux arbres.

Je vais me laisser conduire, car je ne suis pas très réceptif à ce genre de séminaire. Lorsque les activités commenceront, je participerai avec comme mantra : L'important c'est de ne pas faire l'important. Je repère discrètement la liste des participants. Nous serons dix. Cinq femmes : Lea, Martine, Lydia, Chloé et Rose. Cinq hommes : Pierre, Cyril, Franck, Kevin et moi. Nous sommes tous assis dans des fauteuils ou des canapés. Rien ne se passe.

- Je connais cette méthode de déstabilisation, c'est nul avec moi. Déclare Lydia. Je l'utilise couramment pour mener les interrogatoires au commissariat.

- Police partout, justice nulle part, murmure Franck avec un petit sourire.

Ce n'est pas Pierre qui interviendra car il ne quitte pas son téléphone depuis dix bonnes minutes. Martine nous interpelle :

- Quelqu'un a eu des consignes pour cette fin de journée ? C'est quartiers-libres ? Vous ne trouvez pas l'accueil un peu spécial ?

Nous sommes plusieurs à faire signe que non.

- Bon et bien moi je vais au bord de la piscine si on me cherche. Déclare Rose.

- Elle a raison. Moi c’est Cyril, il ne se passe rien, je la suis.

C’est sympa comme prénom, Rose, se murmure-t-il.

Les deux organisateurs les regardent passer et leur sourient. Arrivé dans sa chambre pour enfiler un maillot de bain, Cyril voit un mot sur le bureau. Les activités du stage commenceront demain matin à 9h00. RDV dans les locaux réservés à nos activités.

Le regard des coachs qui nous scrutent ne m'a pas échappé. Bon, à peine arrivés, nous sommes déjà sous le microscope. C'est un peu surprenant, elle a raison Martine.

Serviette de marque autour du cou, sandales Lacoste aux pieds, maillot Arena, Cyril chausse ses Ray-ban Aviator, dernier regard dans le miroir, et allons voir si la rose va s'éclore ce soir, déclare-t-il à son reflet. Franck, posé nonchalamment sur un transat, l'a devancé et bavarde avec la jolie Rose qui est allongée sur un bain de soleil. Un plongeon me fera du bien, pense Cyril, et surtout me donnera une contenance. Il a un peu de mal à finir ses vingt longueurs. Il s'accroche au bord pour reprendre ses esprits quand il entend clairement le bruit d'une gifle, suivi d'un "salope, tu me le paieras". Le temps qu'il sorte de l’eau, les deux protagonistes supposés ont disparu. La Rose semble avoir des épines, pense Cyril.

Entre-temps, je retourne dans ma chambre me rafraîchir et défaire mes affaires. Comme annoncé, j’ai un petit balcon avec une vue imprenable sur le bassin et ses cabanes tchanquées de l’île aux oiseaux. Je suis ravi. Je tombe également sur le mot me donnant rendez-vous pour le lendemain matin. Je décide moi aussi de faire un tour du côté de la piscine, enfin plutôt du côté du bar de la piscine. En chemin, je croise Franck qui semble pressé et qui ne répond pas à mon sourire poli. Léa et Martine, accoudées au comptoir du petit bar de la piscine, sirotent un mojito. Me voyant, elles stoppent leur discussion qui me semble assez animée.

- Il y a des mojitos préparés derrière le comptoir, le barman a dû partir en urgence, il nous a demandé de passer l'info. Me déclarent-elles.

- Rose n'est pas avec vous ? Elle nous a annoncé qu'elle se rendait aux bords de la piscine, il n’y a peine un quart d’heure…

- Pas vu, me déclare Martine. Pourtant on est parties peu de temps après Franck, qui lui est parti quasiment avec elle. Comme Franck, elle a dû changer d'avis.  Léa lui jette un drôle de regard en biais que je relève sans le comprendre.

- Je vais faire un tour en ville. À demain 9h, il y a des consignes dans nos chambres, sûrement laissées par les animateurs.

- Ok merci, à demain, bonne fin d’après-midi.

Je repère une petite librairie qui porte un nom d’oiseau en face de l'hôtel. Les murs sont garnis d’étagères qui croulent sous les livres classés par genre. Le centre de la pièce est également occupé par des bouquins mis en évidence sur une table carrée. Je n'y connais rien en astronomie. Un petit bouquin, même pour les enfants, me sera bien utile pour au moins faire un peu illusion si l'atelier "connaître son étoile" est un peu pointu. La libraire, très sympathique, me trouve une petite encyclopédie spatiale du tonnerre. Il y a tout. Les étoiles les plus brillantes et les planètes. En sortant, j’aperçois sur le trottoir d’en face, Lydia et Kevin en pleine discussion. Visiblement, ils semblent très bien se connaître sans pour autant tomber dans de grandes effusions, je trouve ça curieux. Leur attitude n’est pas celle de personnes qui s’apprécient. Ils ne me voient pas, je préfère rester discret. De retour dans le hall de l'hôtel, je vois que Pierre est toujours sur son canapé avec son téléphone vissé à la main, Chloé discute avec un des deux accompagnants qui a perdu son collègue. Tenir la bougie ne doit pas être son truc. La soirée se passe calmement, chacun étant un peu sur la réserve. Il n’y a que Cloé qui parle fort et rie avec le coach de tout à l’heure. Après avoir traîné sur la terrasse, je monte dans ma chambre passer quelques coups de téléphone. Nous prenons nos repas chacun dans son coin. Il n’y a que Léa et Martine qui dînent ensemble. Le repas terminé, je rejoins ma chambre.

Dimanche matin 8h00.

Je retrouve les membres de notre groupe qui sont déjà tous descendus de leur chambre. Il y a des panières de tartines, de viennoiseries, ainsi que des pots de confiture pour le petit déjeuner. Un buffet pour la nourriture salée fait face à celui du sucré et des jus de fruits. Un jeune cuisinier se tient à notre disposition pour les œufs au plat, à la coque, ou pour faire griller les tranches de poitrine de porc. Les deux coachs sont attablés avec nous. L'un d'eux a déjà ses lunettes de soleil sur le nez. Il manque Rose, c'est Pierre qui s'en inquiète. Il est bien le seul…

8h30.

Le coach sans lunettes de soleil se lève d'un bond et montre son tel à son collègue. Ils partent précipitamment dans la direction de la piscine. Nous les suivons tous du regard, intrigués par l’expression de peur nettement visible sur le visage du jeune homme.

8h45.

Chacun a terminé son petit-déjeuner. Les animateurs étant absents, nous échangeons sur nos choix d'atelier. Nous serons trois pour les étoiles, huit pour Bouddha, cinq pour le totem arboricole.

9h00.

Toujours pas de Rose

9h30.

Les coachs reviennent le visage décomposé, blêmes, hagards. Ils nous informent que Rose a été retrouvée morte dans une remise technique de la piscine et qu’il pourrait bien s’agir d’un meurtre.

9h40.

Les gendarmes arrivent assez rapidement dans deux voitures avec les gyrophares allumés et les sirènes hurlantes. Ils investissent les lieux et nous informent que nous ne pourrons pas quitter les lieux sans leur assentiment, ainsi que la totalité du personnel de l’hôtel. Ils sont cinq et, mine de rien, nous examinent des pieds à la tête. Lydia se présente, indique sa profession et essaye de pactiser avec eux sans résultat. Ce qui fait ricaner Franck. Les bleus nous annoncent que nous allons passer un à un en interrogatoire dans le bureau du DRH en tant que témoins. Kévin, pointé du doigt par le gendarme le plus âgé, passe le premier. Il jette un regard noir à Lydia qui le fixe sans baisser les yeux. Une bonne demi-heure plus tard, il ressort la tête basse et menotté.

- Mais qu’est-ce qui se passe ici ? C’est Léa qui interpelle les gendarmes.

- Kevin est un dealer connu de la justice. Les gendarmes ont fouillé sa chambre et ont découvert son stock de pilules. Si dans les analyses du médecin légiste il y a des traces de drogue, il est très mal, nous informe Lydia. Ce ne serait pas le premier dealer à déraper pour une histoire de dettes.

- Comment tu sais ça, toi ? Demande Léa.

- Le plus jeune des gendarmes est en stage. J’ai réussi à en savoir un peu plus sur cette histoire. Ma carte d’inspectrice en chef y a fortement contribué.  

10h15 : Cyril, visiblement très affecté par les événements, suit le gendarme qui est venu le chercher pour son interrogatoire. Il a les larmes aux yeux. Il ressort assez rapidement, le visage fermé.

10h35 :

Franck est le troisième à passer sur le grill. Lui aussi, ressort menotté et est mis en garde à vue car Cyril nous explique qu’il a affirmé aux gendarmes que Rose a giflé Franck et que celui-ci aurait déclaré : "salope, tu vas me le payer".

11h10 :

C’est mon tour d’être interrogé par la maréchaussée. Le bureau du DRH de l’hôtel est somptueux. Le gendarme se vautre dans le fauteuil en buffle et comme le fauteuil est pivotant, le gendarme pivote comme un gosse qui découvre un nouveau jouet. Il n’a pas les pieds sur le bureau, mais tout dit qu’il en meurt d’envie.

- Bonjour, commandant Bougnot. Asseyez-vous, je vous prie.

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Mégalac

12-08-2026

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Rose récidive appartient au recueil J'en étais sur !!!

 

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