"Ooh Ooh Baby Baby" est une histoire courte mise en ligne par
"Donald Ghautier".. Venez publier une histoire courte ! / Protéger une histoire courte |
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Ooh Ooh Baby Baby « Ooh Ooh Baby Baby » scandaient les choristes du ténébreux George Michael, tandis que je remuais mon corps devant l’écran de télévision. Je me voyais grand, beau, brun, un dieu parmi les mortels. Soudain, la sonnerie retentit. Je maudis intérieurement Danny, Olger et Vera, me levai et ouvris à mes visiteurs. - Salut Ricky, beugla Danny. Prêt pour la fiesta du gros Francky ? - Ouah, c’est George Michael sur MTV, cria Vera. Il est trop canon ! Tu avais enregistré l’émission ? - Groumpf, rota Olger, un reste de ses origines bavaroises.
Danny ne me laissa pas le temps de répondre. Il se dirigea vers mon frigo, en sortit deux packs de bière et servit la communauté. Vera en profita pour planter le matériel sur la table. Olger se posa lourdement dans le sofa. - Voyons ce que nous a rapporté notre copine punk, siffla Danny. - Ricky, donne-moi de quoi couper la mousse, demanda Vera.
Vera joua au petit chimiste, avec l’assistance d’Olger et Danny. Je fournis le produit demandé plus quelques ingrédients pour faire passer la mixture concoctée par le trio. Un quart d’heure plus tard, nous étions en train de téter du buvard, de boire du jus de tomates en version Jimi Hendrix, devant le divin George Michael. La cassette se termina sur le générique de la chaîne américaine. Olger était déjà parti dans des considérations stratosphériques sur la musique modale, au risque de provoquer Vera, une fan absolue des groupes nihilistes post-punks. Danny et moi dansions au milieu du salon, avec des centaines de jeunes filles en fleurs et d’éphèbes grecs. La descente dans le monde réel, où dominait le bruit de la plomberie, ne calma pas mes ardeurs. Au contraire, j’avais envie d’en découdre avec le gris. - On s’arrache ! - On n’a pas fini, pleurnicha Olger. - Tu trouveras des philosophes chez Francky, ironisa Vera.
Le décollage prit des allures quantiques. Je me retrouvai dans la voiture de Danny, à côté de Vera devenue chatte en chaleurs et derrière Olger, parti dans un monologue abscons. Vera me léchait le cou en ronronnant, tandis que Danny riait sans raison. Les feux de circulation s’affichaient en continu dans les lumières de la ville, le macadam luisait comme une mer huileuse et les rares passants ressemblaient à des sémaphores perdus au milieu de nulle part. Soudain, Danny freina. Nous étions arrivés chez le gros Francky. Vera me rendit ma langue et remonta ma braguette. Olger ferma son moulin à paroles. Danny cria.
Bizarrement, Francky me parut maigrelet. Il me sourit de mille dents cariées et m’invita à tester ses nouveaux produits, tandis qu’Olger et Danny se précipitèrent sur le bar. Vera disparut dans le vide intersidéral, en comète imprévisible et destinée à brûler ses derniers restes d’humanité. - Tu vas adorer cet arrivage du Mexique, se vanta Francky. - Tu as perdu du poids, ou je rêve ? - Oui. - Tu te piques ? - On dirait ma mère, avec ses questions à deux balles. - Putain, tu crains, mec. On va se faire repérer par les bleus si tu touches à l’héroïne. - Casse-toi, si tu fais dans ton froc. - Tu crains grave, Francky.
Mon instinct de survie me commanda de déguerpir au plus vite, de quitter le Titanic avant de me prendre un iceberg en pleine face. Mon cerveau reptilien me donna le courage de résister à la tentation d’un dernier trip à l’acide. Je plantai Francky dans son cagibi de junkie et me lançai à la quête de mes amis. Olger expliquait le dodécaphonisme à une grosse blonde chargée au chanvre indien. Danny se dandinait contre un clone de David Bowie, en essayant de lui fourrer sa langue dans la bouche. - On se barre d’ici, criai-je à Olger. - Non. - Quoi, non ? - Je suis bien, là. - Tu veux manger de la dinde au dessert, c’est ça ? - Lâche-moi, Ricky !
Danny refusa également de quitter sa future conquête du soir. Il me signifia son congé, d’un majeur pointé vers le haut, un signe fort élégant de sa part. Je n’insistai pas. « Des paroles rondes n’entrent pas dans des oreilles carrées » m’avait appris un vieux Chinois, lors d’un séjour dans une fumerie d’opium de Portobello. Je décidai de retrouver Vera pour la ramener dans mon univers protégé où George Michael chantait « Star People » en boucle sur MTV, loin des vapeurs grises du fog londonien et de l’inconscience de Francky le camé. La suite se déroula dans la brume lysergique, avec des bruits de klaxon et le clapotis de talons-aiguilles sur le bitume.
« Ooh Ooh Baby Baby » ululait une triplette de choristes à tête de chouette. George Michael tapait dans ses mains, un os en guise de micro. Son magnifique sourire brillait comme un astre au milieu de son visage décharné. Mon studio prenait des airs de crypte gothique. Le tapis indien était jonché de bouteilles vides et de morceaux de buvard. Je me retournai sur le sofa et vit l’inimitable Vera, plus belle que jamais malgré sa teinte bleue et ses yeux révulsés. Je la pris dans mes bras. Pour elle, le monde ne serait plus jamais gris. |
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Ooh Ooh Baby Baby
appartient au recueil Des nouvelles du Monde
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Histoire Courte terminée ! Merci à Donald Ghautier. |
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