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Un mieux, un rêve, un cheval - Texte

Texte "Un mieux, un rêve, un cheval" est un texte mis en ligne par "Ancolies"..

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Un mieux, un rêve, un cheval

- J’ai un cheval sur langue.
- Allons bon ! Comment a-t-il fait pour en arriver là ?
- Je sais pas vraiment ? J’étais dans la cuisine en train de bailler aux corbeilles. C’est par-là qu’il a dû entrer.
- T’es vraiment lourdingue comme coloc.
- Désolé. Mais je fais quoi maintenant. ?
- Est-ce que je sais moi ? Tu pourrais te brosser les dents. Les chevaux ont en général une sainte hotteur du dentifrice. Ils n’en utilisent jamais.
- Ok.

- Alors ?
- Ben y’a Marie-Aude qu’occupe la salle de bains.
- Encore !
- Je crois qu’elle arrive pas à enlever ses bigoudis.
- Ah ces frisettes ces frisettes ! Et ton cheval peut pas l’aider ?
- Je sais pas, je lui ai pas demandé. Je sais pas hennir.
- Prends-le par les sentiments, offre-lui un sucre
- J’ai pas de sucre je suis diabétique.
- Quel empoté tu fais !
- J’ai du mal à parler.
- Braie !

Les braies sauvages poussaient en ordre dispersé parmi les ronces et les épineux. Le mal en point tenta bien de faire ce que l’autre lui disait, braire, mis il ne récolta qu’écorchures et piquantes blessures. De plus son cheval se révélait claustrophobe et commençait à sérieusement pâtir de la situation. Et piaffer dans la bouche de quelqu’un n’est pas la plus confortable des situations.

- Vomis ! lui enjoignit son pote.
- Tu en as de bonnes ! Comment tu veux que j’enfonce 2 doigts dans ma bouche avec un cheval qui prend toute la place ?
- Tousse alors !
- Je suis pas enrhumé.
- C’est pas possible d’être aussi branque !

A piaffer sans résultats notoires, le cheval en eût assez. Alors il rua, brisant la mâchoire du malheureux qui avait eu la fâcheuse idée de le laisser entrer. Merde ! C’était la seconde fois que cela lui arrivait, qu’on la lui brise son unique mâchoire. Plus tôt dans sa vie (quand ?), un dentiste du quartier le plus chicos de la plus belle ville du monde, de la plus belle chiotte du monde s’en était déjà chargé. L’addition avait été salée, 3 ans de soins, des dents fragilisées, devenues vulnérables, très vulnérables. Et les conséquences s’étaient enchaînées aux conséquences. Maintenant aussi les conséquences s’enchaînaient aux conséquences.

- J’ai un cheval coincé entre les molaires.
- Putain, mais pourquoi t’es-tu levé hier ?
- Comment j’aurais pu le savoir ?
- Nul n’est censé ignorer l’avoine.
- T’es aussi con que je suis branque comme coloc.
- Ça suffit vous deux ! intervint Marie-Aude.
- Tiens la frisette ! T’as réussi à te débarrasser de tes bigoudis finalement ?
- Non. Je les ai cachés sous mon chignon.
- L’un un cheval sur la langue, l’autre des bigoudis sous son chignon, rien à dire, je suis bien entouré.
- Occupons-nous d’abord du cheval. Faut faire venir un palefrenier.
- T’en connais un ?
- Y’a qu’à faire une recherche Google.

- Je peux rien pour vous, dit le palefrenier. C’est un véto qu’il vous faut.
- Vous en connaissez un ?
- Vous n’avez qu’à faire une recherche Google.

- Cas intéressant, dit le véto. Il faut aller au Mont Saint Michel.
- Le Mont Saint Michel ! Mais pourquoi ?
- Votre cheval déguerpira de cette bouche à la vitesse de la marée qui monte.

Les bretons revendiquent le Mont Saint Michel, les normands revendiquent le Mont Saint Michel, nos 3 colocs ne revendiquaient qu’à ce que leur vieille Ami 8 y accède. 360 kilomètres avec un cheval dans la bouche et des bigoudis sous le chignon c’est duraille et long. Mais ils parvinrent enfin à bon port. Cela se passa comme le véto l’avait prédit : en entendant le mugissement des vagues, le cheval ressentit l’appel de la mer et du large et s’en fût se baigner sans demander son reste. Restait l’affaire des bigoudis.

- Puisqu’on est en pays bigouden, les autochtones pourront sûrement nous aider, suggéra l’un.
- Bonne idée, allons leur demander.

Ils rentrèrent dans la première église qu’ils trouvèrent sur leur route.

- Je ne sais pas si cela va fonctionner, dit monsieur le curé, mais je vais demander au bedeau de faire sonner le grand pardon pour vous.

Le bedeau grimpa au clocher. Dong dong dong dong ! Il ne se passa rien.

- Je crois qu’il vous faut trouver un salon de coiffure, dit monsieur le curé.

- Une coupe n’y changera rien, dit la patronne du salon. C’est la shampouineuse qui va se charger de ça.

La shampouineuse s’en occupa au karcher. Cela fonctionna. Ils remercièrent, réglèrent et s’en furent fêter ça dans la première crêperie qu’ils trouvèrent sur leur route.

- Tu manges pas ? demanda Marie-Aude.
- Si tu crois que je peux manger avec la mâchoire brisée ! Sers-moi plutôt une bolée de cidre.
- Comme tu veux.

Ce fut comme il le voulait. Puis la vielle Ami 8 les ramena patiemment à Vanves.

Comme à son accoutumée le temps passa et les colocataires suivirent leurs vies respectives chacun de leur côté. Mais, contrairement à nombre d’entre nous, ils ne laissèrent pas la routine, les zones de confort et la fatalité faire leur boulot et séparer les êtres qui se sont un jour aimés ou ont simplement fait un bout de chemin ensemble. Fidèlement tous les 5 ans ils se retrouvaient pour un week-end, conjoints et rejetons compris. Où ça ? Au Mont Saint Michel évidemment. Le samedi soir, après un traditionnel bon dîner chez La mère Poulard, ils s’installaient face à la mer et il leur semblait voir et entendre un cheval galoper et joyeusement hennir le long des vagues qui venaient mourir sur le sable. Tout allait bien, la mer, le sable, les étoiles, le temps étaient inlassables.

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Ancolies

26-07-2026

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Un mieux, un rêve, un cheval appartient au recueil Le Phare du Phelu

 

Texte terminé ! Merci à Ancolies.

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