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Homard au vinaigre - Histoire Courte

Histoire Courte "Homard au vinaigre" est une histoire courte mise en ligne par "Ancolies"..

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Homard au vinaigre

 

C’était une soirée de bienfaisance, comme il en est organisé tant et plus pour réunir très régulièrement la brillante jetset de New-York. 10.000 dollars le couvert, ces messieurs en smoking, éventuellement un œillet à la boutonnière, ces dames en robes rivalisant d’élégance et éventuellement munies d’un chapeau à voilette. Avant que de passer à table, une flûte de champagne à la main, elles échangeaient des mondanités, tout comme ces messieurs à moins qu’ils ne fussent occupés à traiter de quelques petits arrangements entre amis relatifs à quelques affaires ou investissements en cours. L’orchestre jouait sur l’estrade une musique insignifiante, l’orchestre jouait à pas feutrés, non les musiciens n’étaient pas là pour déranger tout ce beau monde. Les bénéfices de ce diner allaient ou étaient supposés aller à une fondation qui s’occupait d’enfants en difficulté comme il en existe à la pelle.  

Malgré l’agitation, le brouhaha de ces innombrables babillages et les notes sourdes de musique, il se dégageait de cette soirée caritative une importante sensation de vacuité. La vie n'était-elle faite que de coupes de champagne et de fonds d’investissements ?  Que de lofts luxueusement aménagés à Manhattan et des cours de Wall-Street ? Allons, il y avait bien évidemment des personnes de valeur dans cette assemblée. Elles étaient malheureusement noyées dans ce flôt des apparences. 

Après quelques discours et remerciements des organisateurs tous autant ennuyeux et convenus les uns que les autres, il était enfin temps et l’on passa à table. Les ravissantes hôtesses d’accueil orientèrent les invités ou plutôt les généreux donateurs vers leurs places, munies près des verres à eau et à vin de petits cartons indiquant les noms des convives. C’est ainsi que le couple Corinne et Russell se retrouvèrent à une table de cinq, en compagnie d’un autre couple, Lisbeth et Luke et pour finir malheureusement Wanda, Wanda la magnifique célibataire de 40 ans qui était réputée dans tout Manhattan pour être tant une langue de vipère qu’une véritable croqueuse d’hommes, bien entendu tous mariés. La valse des entrées débuta, orchestrée par des serveurs tout-à-fait irréprochablement professionnels. Déjà bien allumée au champagne, Wanda n’avait pas attendu que ce premier plat soit servi pour attaquer l’une des 2 bouteilles de grand cru qui garnissaient la table tandis que Corinne et Russell commençaient d’échanger sur différents sujets avec Lisbeth et Luke, de leurs enfants respectifs aux travaux de voirie sur la 42 ème rue qui créaient des embouteillages monstres dans une ville qui en regorgeait déjà. Comme de juste leurs centres d’intérêts étaient les mêmes. De soirées de gala à celles de bienfaisance, tous se connaissaient ici.

- Luke, quel hasard que nous nous retrouvions à la même table ! lança Wanda.
- Quel hasard en effet, acquiesça-t-il très doucement.
- Eh oui, contrairement à ce qu’on dit couramment, les choses sont souvent bien faites ici-bas.
- Très certainement, opina Luke.

Lorsque le plat principal fut servi - homard naturellement - Wanda était plus en forme que jamais. Depuis un moment déjà elle monopolisait la conversation, parlant de plus en plus fort. C’est là qu’elle attaqua Lisbeth.

- Toutes mes condoléances ma chérie.
- Quelles condoléances ? interrogea surprise son interlocutrice.
- Ton cher Luke et moi partons la semaine prochaine pour une lune de miel à Saint Barthélémy.
- De quoi parles-tu Wanda ? De quoi parle-t-elle Luke ?

Ce dernier était devenu blanc comme la nappe immaculée.

- Elle est ivre, elle dit n’importe quoi.
- Lisbeth, reprit Wanda, pourquoi crois-tu que ton tendre époux rentre depuis plus de 2 mois à 10 heures du soir à la maison chaque mardi  et vendredi soir ?
- Wanda ça suffit ! intervint Corinne.
- Ô que non. Alors Lisbeth, demande-lui donc !
- Je ne sais pas de quoi elle parle ! articula Luke.
- Attends ! dit Lisbeth, tu m’as bien parlé d’un voyage pour ton boulot à Copenhague ?
- Luke chéri, reprit Wanda, tu veux bien lui montrer les billets d’avion ?
- Quels billets d’avion ? hoqueta Luke.
- Allons mon chou, ne fais pas ta coquette, montre à honey Lisbeth !

Lisbeth se saisit de son verre de vin et lança son contenu à la figure de Wanda.

- Luke, tu pourrais m’expliquer ? enchaîna-t-elle.
- Central Hôtel ! Mardi et vendredi, 19 heures 21 heures. Voilà ce qu’il a à t’expliquer, reprit Wanda s’essuyant tranquillement le visage avec sa serviette.

Lisbeth se leva.

- Luke, tu dors où tu veux ce soir mais pas à la maison, c’est clair ?!

Elle s’empara de son sac à mains Louis Vuitton et quitta la salle.

- Eh bien, voilà qui est en effet tout-à-fait clair n’est-ce pas ? reprit railleusement Wanda.
- Wanda, tu n’es qu’une fouteuse de merde ! dit Corinne.
- Ça c’est sûr. Que veux-tu mon chou j’adore ça. Vous êtes tellement hypocrites tous tant que vous êtes. Mais qu’est-ce que tu fais Luke ?

Il s’était levé. Les tables à côté s’étaient tournées vers la leur. Il gifla violemment Wanda et quitta à son tour l’assemblée.

- Tu n’as que ce que tu mérites, dit Corinne. Je crois que tu peux faire une croix sur ton beau voyage de noces à Saint Barthélémy.
- Je partage l’avis de Corinne, dit Russell, tu n’es qu’une véritable salope. 
- Je suis à moi seule Wanda et ses sirènes et je t’emmerde Russell.

Elle avait versé l’eau de la carafe sur sa serviette déjà tâchée de vin rouge et pressait le linge mouillé sur sa joue laquelle avait viré cramoisie.

- C’est ce que je dis, reprit-elle, vous n’êtes que des hypocrites. Russel, tu ne vas pas avoir le front de me dire que tu n’as jamais trompé ta tendre !
- Je ne vais même pas prendre la peine de te répondre. Selon moi la meilleure chose que tu as à faire maintenant est de prendre tes cliques et tes claques et foutre le camp de cette soirée, en te félicitant d’avoir bien réussi ton coup.
- Vous me connaissez mal mes cocos. Le dessert n’a pas encore été servi que je sache !
- Wanda, quitte immédiatement cette table ! dit Corinne.
- Je ne vous ferai pas ce plaisir, pas avant d’avoir avalé mon sorbet ou ce que diable les organisateurs de cette joyeuse fête nous ont réservé.
- Très bien, reste seule ici comme tu l’es dans ta misérable vie. Nous allons trouver une autre table. Viens Russell.

Il était exceptionnel que de tels incidents se produisent dans ce genre de soirées. Même si elle buvait trop et était en effet une véritable fouteuse de merde, jamais Wanda en ces circonstances n’avait été aussi loin. Le soin apporté aux apparences l’emportait toujours sur tout et elle en avait franchi les limites. L’histoire fut rapportée et rapportée, chacun plaignit Lisbeth. Luke se vit contraint de louer un studio et y purger 2 bons mois de pénitence avant que son épouse accepte qu’il ne réintègre le domicile conjugal, dans le souci surtout d’épargner leurs enfants. Quant à Wanda, elle se retrouva black-listée de cette brillante jetset et ne trouva plus d’hommes mariés prêts à se jeter dans ses terribles filets. Plus dans ce beau monde de New-York en tout cas. Aussi furieuse que dépitée, elle émigra donc à La Cité des Anges. Non, pas à Miami, la population friquée y était là-bas bien trop âgée.

Oui, la belle vie en avait pris un sacré coup lors de cette soirée-là, ce qui ne l’empêcha nullement de poursuivre à l’envie ses activités à buts résolument lucratifs. Peu à peu les participants vieillirent et se virent remplacés par la génération suivante, laquelle à l’exception de quelques rebelles pratiquait mot pour mot, geste pour geste exactement les mêmes rituels et codes sociaux. Lors de ce passage d’une génération à une autre, la situation du monde s’était considérablement dégradée mais sans bouleversement aucun pour ces gens arcqueboutés comme moules à leurs rochers à leurs portefeuilles maroquins et leur paraître sans fin.      

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Ancolies

03-07-2026

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Homard au vinaigre appartient au recueil Le Phare du Phelu

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Ancolies.

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