"Triste Assomption" est un texte détente mis en ligne par
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Triste Assomption
A partir du 15 août, les jours et les gens raccourcissent. C’est ainsi, le soleil fatigué par tant de surboums entre ados se terminant à pas d’heure se couche plus tôt, l’obscurité descend du coup plus vite et la pensée de la fin des vacances et le spectre de l’horrible rentrée scolaire se profilent. Alors le cafard commence d’envahir les esprits et les gens raccourcissent. Ô ils ne le font pas exprès, c’est une réaction naturelle, un repli sur soi tout ce qu’il y a de compréhensible. Mais c’est triste. C’est une période de mélancolie bleue et grise qui s’installe au fond de vous et ne disparaîtra qu’une fois la routine des occupations quotidiennes reprises. Pourquoi les mois d’été sont-ils si courts ? Jeune, pour moi, seules les grandes vacances comptaient. Les petites : 2 semaines, pfffttt… bien trop fugaces ! Par contre, début juillet, la plage de liberté s’étendait droit devant. Enfin il faut relativiser : ma mère nous astreignait, nous sa progéniture à chacun trois quarts d’heure de piano quotidien (pour jouer de la musique que je détestai) + une demi-heure du second instrument que l’on devait aborder à partir de la classe de 6ème (pour moi flûte traversière). Sans compter les non moins horribles devoirs de vacances toujours quotidiens auxquels elle nous astreignait également. Et sans compter non plus les obligatoires 2 heures encore et toujours quotidiennes consacrées à la cueillette de mûres dont elle faisait des confitures (un été nous en avons réalisé 85 kilos, comme elle était fière !). Cependant ces affreux inconvénients, début juillet c’était le pied, surtout pour moi qui haïssait les bancs d’école. Je jouais au tennis, faisais des tournois, gagnais parfois, me faisais casser la gueule dans les surboums à draguer les filles qu’il ne fallait pas ou à bastonner avec les gars qu’il ne fallait pas. Mais le temps passait trop vite et à partir du 15 août, comme les jours je raccourcissais. En 15 jours je perdais au moins 5 centimètres si ce n’est 10. Sois un homme, redresse-toi ! m’exhortais-je, mais rien n’y faisait et j’abordais cette épouvantable rentrée tout rabougri. Heureusement, à partir de la classe de seconde, j’avais trouvé la parade : je faisais le pitre et hurler de rire mes petits camarades. C’était déjà ça. Au début de l’année de ma terminale, j’ai décidé de ne pas parler. Pas un mot. Pour voir. Cela a duré 4 mois, jusqu’un cours d’expression orale obligatoire auquel je n’ai donc pu me dérober. Lorsque mon tour est venu, j’ai rejoint le bureau central, me suis assis, ai déclaré « Actif : le chat mange la souris. Passif : la souris est mangée par le chat », puis je suis retourné me rasseoir à ma place. Puisque par la force des choses ma langue avait été déliée, je me suis lâché et ai débité (et effectué) connerie sur connerie. Mais j’avais la manière, je ne me faisais jamais exclure tant les profs étaient pris de court et surpris. Une fois, dans un amphi, je me suis glissé à 4 pattes derrière le bureau du prof sans qu’il me voit, et une fois dans son dos, je me suis redressé et lui ai collé les mains sur les yeux en disant « Coucou, qui c’est ? ». Le temps qu’il réagisse j’avais regagné ma place. Evidemment une chose pareille ne lui était jamais arrivée et, je le redis, il était tant sur le cul qu’il ne m’a même pas foutu dehors et a repris confusément son cours là où je l’avais interrompu. Autant vous dire que j‘avais ma cour de groupies des 2 sexes parmi la foule des élèves, ce qui ne me procurait aucun effet particulier. Comme chantait Brassens, je faisais cela tel Saturne le dieu du Temps pour me désennuyer un peu, les journées étant bien trop moroses. Aussi, comme je pouvais je caressais les roses. Et comme chaque nuit se termine, je me piquais régulièrement à leurs épines. Le problème du dépressif est le mot « Pourquoi ». Comme écrivait Luc Plamondon (Starmania) « Pourquoi l’on vit, pourquoi l’on meurt ? ». Mais aujourd’hui j’ai trouvé la réponse : parce que. Ce n’est pas clair ? Je vais le dire autrement : Et si tu te demandes quelquefois que signifie le mot pourquoi, c’est simplement le temps qui passe, un peu plus d’eau et moins de glace. Toujours pas clair ? Alors le mot pourquoi est la seule et véritable réponse à la sempiternelle question parce que. J’enfile des perles ? Bien entendu ! Oui, je raccourcis, le 15 août c’était il y a quelques jours. Ajoutez-y un tassement des lombaires, et vous comprenez pourquoi ma taille actuelle ne correspond plus à celle indiquée sur ma carte d’identité. Je ne suis guère le seul à raccourcir, c’est un phénomène extrêmement répandu, observez en cette période autour de vous. Vous voyez comme les gens se replient ?! Le sable fin ou les galets des plages, les pierres ça et là sous le godillot du randonneur, les balades de tomates à la ciboulette dans les alpages montagneux… tout cela est en train de s’effacer à vitesse grand v au grand dam de la plupart d’entre nous même si des poètes tarés ont chanté les louanges de Paris au mois de septembre. Des poètes tarés ? Des poètes tombés sur la tête oui ! Vivre à Paris, vivre puni. De toute façon c’est notoire, tous les poètes sont tombés dans la marmite lorsqu’ils étaient petits, d’où leurs destinées improbables. Et d’où leur dégoût pour le 15 août où, pas chiens, ils prient cependant pour que l’ascenseur ne tombe pas en panne en hissant la Vierge Marie tout en haut des cieux bleus. Oui, les poètes ont souvent les cieux bleus, d’où l’attirance des filles pour eux : « Toi, tu n’es pas comme les autres ». Mais les filles font erreur. Les poètes ne valent pas mieux que la racaille ordinaire des garçons et eux-aussi - nos amis poètes -, malgré leurs efforts pour se maintenir en forme, raccourcissent comme les jours et les copains à dater de ce jour sacré et fatal de l’Assomption. A ne pas confondre avec l’Ascension, jour sacré également où traditionnellement tout le monde se tient fermement à carreaux afin de ne pas s’attirer les fulgurantes foudres du Saint-Esprit. Ainsi va ici-bas la Vie. |
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Triste Assomption
appartient au recueil Nouvelles du monde
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