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The Substance - Critique de Film, Théatre, série.

Critique de Film, Théatre, série. "The Substance " est une critique de film, Théatre, série mise en ligne par "Chrismath"..

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The Substance

de Coralie Fargeat

Attention film éprouvant ! Il faut s'accrocher. Mais ça vaut le coup.

On pourrait se dire que la dénonciation du patriarcat est tellement dans l'air du temps que cela en devient lassant. Ben non. Pour que le message passe, il faut le marteler. Sans cesse. Et d'une manière qui s'imprime profondément. C'est ce que le film parvient à faire assez brillamment.

Commençons par l'évidence. Elizabeth (Lizzie) est victime inconsciente (et consentante ?) du regard masculin, dont elle est devenue dépendante. Elle ne vit, elle n'existe que par lui. Son corps est la marchandise qu'elle offre au voyeurisme patriarcal et capitaliste, incarné par tous les hommes qui gravitent autour d'elle, le producteur de son émission de télévision en tête. On peut d'ailleurs adresser un reproche au film, de mon point de vue masculin, que j'assume pleinement : la charge est terrible et caricaturale. Seul l'ancien camarade de "Lizzie" est une figure masculine vaguement positive. Il est enfermé dans son amour adolescent pour la jeune fille du lycée, il sait voir la beauté d'Elizabeth dans son corps et son visage de cinquantenaire. Ou bien, ne voit-il que celle qu'il a idéalisée ? Mais, justement, l'amour n'est-il pas une idéalisation, une cristallisation pour reprendre Stendhal, de l'être aimé, dont on est peut-être le seul à percevoir la véritable beauté ? Je pense à Proust : "Laissons les jolies femmes aux hommes sans imagination." La beauté est dans le regard sur l'objet ou la personne.

Mais, ce personnage est si secondaire, et même ridiculisé ! Elizabeth renonce, elle refuse d'assumer son âge, s'abandonne à la "substance", métaphore de l'oppression patriarcale, qui interroge sur ce qui fait la substance du féminin. Le rôle des très gros plans est, à ce titre, significatif. Nous avons droit à une radioscopie et à un éclatement de l'univers, des corps, avec une insistance sur l'œil, dans leur multiplication jusqu'à l'indigestion, dans un montage qui exacerbe la tension.

Le féminin est aussi associé à l'enfantement, monstrueux ici, par lequel la femme s'accomplit mais se dessèche également, dans une quête éperdue, illusoire et tragique d'éternité. La perte d'elle-même atteint son paroxysme quand la dernière incarnation d'Elizabeth, dénommée "Monstro", recrache un sein par la bouche. Elle vomit littéralement sa nature de femme, ou bien le rôle maternel que la société lui impose.

Le discours du film est donc passionnant, mais ce n'est pas tout. La forme est tout aussi brillante. C'est un véritable objet cinématographique et artistique que Coralie Fargeat a concocté. La référence au Portrait de Dorian Gray est évidente, mais bien des films sont aussi convoqués. On peut penser à Shining devant le couloir à la moquette de motifs orangés façon années 70. On est obliger de songer à Cronenberg dans la représentation du corps maltraité, à Carpenter dans les mutations/métamorphoses monstrueuses (The Thing notamment), à Hitchcock dans les scènes de douche ou les très gros plans sur les yeux (ce qui peut également être une référence à Blade Runner), mais aussi à Gollum, parangon du monstre torturé et ambivalent dans la pop culture, ou aux Goonies, tant le visage (le principal) de Monstro évoque celui de Cinoque, comme pour susciter chez le spectateur de la compassion pour la souffrance et le rejet dont souffrent Elizabeth/Sue/Monstro, nouvelle trinité expiatoire de la passion du féminin. La référence à l'étoile du Walk of Fame forme une métaphore facile mais terriblement efficace, voire comique par son aspect dérisoire, et termine le film en renvoyant le spectateur à une interrogation sur le présent.

Ce qui m'amène à une question que je me pose. La dénonciation du "male gaze" est patente, notamment dans la manière de filmer les séquences d'aérobic (on l'utilise encore ce mot, ou bien on sent la génération X dans son emploi ici ?), avec gros plans à foison sur l'entrejambe à peine couvert par le justaucorps et sur la courbe des fesses. En conséquence, que dois-je penser de mon regard sur les corps de Demi Moore et de Margaret Qualley, complaisamment exposés, et que je ne peux m'empêcher d'admirer pour leur beauté sculpturale (au sens strict, des corps de déesses grecques, des Aphrodite en puissance) ? Est-ce encore du "male gaze" ou bien la simple fonction scopique de tout spectateur de cinéma ? Est-ce ma prédilection pour la beauté, l'esthétisme, qui s'exprime ainsi ou ne suis-je qu'un triste représentant de ce que le féminisme le plus radical vomit, un vieux mâle blanc privilégié, un membre du patriarcat oppresseur ? Cruel dilemme !

Je pense pouvoir en sortir en affirmant que ni Demi Moore ni Margaret Qualley ne se réduisent à leur corps. Ce sont d'incroyables comédiennes d'abord, capables d'incarner des personnages aussi complexes qu'Elizabeth et Sue.

En conclusion, un excellent film, malgré, selon moi deux défauts, la caricature et une longueur excessive (que j'ai ressentie vers le milieu du film, mais qui peut se justifier, quand j'y réfléchis, par la nécessité de bien mettre en place tous les ingrédients de la relation Elizabeth/Sue). Un féminisme affirmé, jubilatoire qui parvient à bousculer le spectateur. Bravo Mme Fargeat !

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Chrismath

02-01-2025

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Critique de Film, Théatre, série. terminée ! Merci à Chrismath.

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