"Pom Pom Girl" est une tranche de vie mise en ligne par
"Ancolies".. Venez publier une tranche de vie ! / Protéger une tranche de vie |
|
|
|
|
|
Pomme pomme girl ( par Foufounette, chienne )
J' connais un gars j' le connais pas. Des fois comme les copains l'est trop seul au monde. Des fois l'en peut plus de soupeser chaque seconde les jours d'amour et les jours contre. Bon, notre pote perd pas son sang-froid pour autant et se cherche un ami. Se munit donc selon circonstances des instruments de communication ad hoc : une guitare en bois, ou un landau d'enfant garni, ou bien à l'instant d'une jolie petite chienne. Et comment elle s'appelle ? demandent les aimables vieilles dames pliées sur leurs pliants à l'ombre des platanes. Foufounette Mesdames, son nom est Foufounette.
Vers (prononcer Versssss), village lotois, années 2000.
Chaque soir pendant presque un an, moi et Ancolies on a bien ri tout seuls. Y' avait de quoi notez. J'étais jeunette alors, on vivait dans mon Lot natal (46), et rien que ça c'était réjouissant. Bon, je ne suis pas sans savoir qu'économiquement le département est un peu juste, mais pour ma part, du causse au fleuve, j'en avais largement pour mes pattes. Ajoutez toutes sortes de bestioles à courser, les parties de pêche avec les mômes, déconner avec les potes, foutre la branlée aux chats du coin, suivre des cours d'anglais impressionnistes chez les peintres Jef et Sally, rapporter leurs bouboules aux joueurs de pétanque, se foutre à la baille dans la 'tite rivière. Nan là j' déconne, je sais pas pourquoi j'aime pas beaucoup la flotte.
Des fois Ancolies m'appelait connasse mais j'ai toujours su que c'était pour rire. Mon vrai nom c'est Foufounette et il le sait très bien. Pis quoi, il m'a jamais appelé Rantanplan.
Ancolies c'est un rigolo, voyez ! L'aime bien taquiner le destin et mater avec stupéfaction les résultats hasardeux et éventuellement désastreux en découlant.
Là, c'est Bruno, son pote et voisin, qu'il taquine. L'est maçon Bruno, et costaud, et sentimental sous ses airs bourrus et parfois rustauds. Enfin, sentimental, c'est tant que ça dure - j'imagine que vous êtes pas sans savoir que cette chienne de vie en assèche plus d'un.
Bon, Bruno je crois qu'au fond y m'aime bien mais je fais gaffe quand même. L'est impatient des fois. Dans le village, se raconte qu'il aurait écrasé son propre chat en reculant sa caisse. L'aurait pas fait exprès mais quand même. Et comptez pas sur moi pour dire Bon débarras relativement au chat écrasé, même s'il s'agissait d'une bestiole née avec la provocation dans le sang. Ancolies m'a appris qu'on touchait pas à cette viande là. Qu'on marchait pas sur un ennemi ayant mordu la poussière. Qu'on se croyait pas le plus fortiche du monde sous prétexte que les autres aboyaient à tort et à travers.
Le truc qu'on fait en ce moment avec Ancolies et qui nous éclate, ça se passe à la dernière promenade de la journée, la nuit en fait, avant de mettre la chienne dans le torchon. Soit on va à la rivière, soit au fleuve, qu'on longe en traversant le camping vide jusqu'à l'étang des écrevisses et des carpes. On en fait le tour, et puis on retourne. Jusque là, normal. C'est quand on revient que ça se corse.
Z'aimez ça les pommes ? et la compote de pommes ? Aucun intérêt, moi et Ancolies on est bien d'accord sur ce point. C'est l'oncle André qu'a un gros verger qui nous en a filé des tonnes : des tonnes de pommes, des cageots et des cageots. On a fait des confiotes, on a fait des compotes, la cuisinière et les enfants en ont mangé, on en a donné… et il en reste encore des tonnes.
Aussi chaque nuit, de retour de promenade, moi et Ancolies on se faufile dans la grange coin cageots. Là on se sert en pommes et puis on va dans l'intimité de l'obscurité en garnir le pick-up de Bruno garé devant, seul dans la nuit. On a pas de règles, voyez, on est des artistes, on fait ça au feeling. Des fois c'est sept pommes enfilées sur l'antenne ; ou bien les quatre points cardinaux signifiés sur le toit de la cabine ; ou encore un fruit unique déposé en évidence sur le siège passager. Parfois je rêve que cette pomme unique accompagne notre pote Bruno aux pâles lueurs de l'aube vers son labeur, et qui sait, se laisse croquer dans la journée apportant réconfort et vitamines au voisin travailleur. Des fois, pas chiches, on fait 14 juillet : tiens, trente pommes fanées d'un coup on lui met au Bruno ! Parfois, malins, on met rien du tout, histoire de dérouter l'adversaire. Le plus important ? chaque nuit on rit tout seuls.
Des mois on fait ça. Bruno en cause jamais au gars Ancolies, son avenant et toujours à l’écoute voisin. Même que ce dernier s'en inquiète à un moment. Et si Bruno avait des vieux cadavres quelque part, et qu'il attendait en se rongeant d'où va venir le coup ? Moche pour lui ! Voyez, Ancolies c'est un gars qui pense et c'est pour ça que je le respecte, même si des fois je l'appelle connard. Mais c'est pour rire. Pis quoi, je l’ai jamais appelé Averell !
Je situerais le dénouement de l'affaire des pommes à l'anniv de Jérèm, le fils de Bruno. " Situerais " parce que, même simple bâtarde, je ne peux m'empêcher de croire que les événements continuent pas après les événements. C'est pas possible autrement. La preuve : j'ai plein d'odeurs de déjà vu.
Normalement j'avais pas le droit d'être là, mais vu que les mômes arrêtaient pas d'entrer et sortir, c'était pas un problème de se faufiler dans la maison et souffler les bougies avec Jérèm. Un moment, ça a fait du bien, la bande de mômes est allée jouer dehors et y' a eu quelques minutes d'accalmie entre les joyeux cris. Là, j'ai vu Ancolies tendre un bras par dessus la table basse, attraper une pomme dans un compotier d'osier, la lancer sans bouger le cul de son fauteuil au gars Bruno, lequel l'attrape tout aussi nonchalamment. Adroits ces deux là ! Ça te rappelle rien ? suggère le lanceur. Ça devrait ? fronce les sourcils le papa à Jérèm. Ouais, nan, chépa, répond le mec qui pense.
J'étais là, vous dis-je. Trois bonnes denses minutes au Bruno ça lui a pris. J'ai tout vu, c'était comme au ralenti, tout y est passé : le soupçon et le sourcil soulevés, l'intuition indiquée, l'hypothèse des modes de réalisation utilisés, le sourire innocent, impassible quoique finement goguenard en face, l'hypothèse qui gagne du terrain, l'incrédulité… et re belote, la vérification, le fil redéroulé : le soupçon, l'intuition, l'hypothèse… Là ça y' est, il y est ! Bravo, l'a mis le temps mais il l'a !
Un anniv de stupéfaction ! Des centaines de pommes à souffler d'un coup ! Peut pas y croire le Bruno : Mes salauds ! il finit par lâcher, roulant ses yeux en billes effarées de moi à Ancolies et vice-versa, Mes salauds ! tous ces mois à vous foutre de moi sans un mot !
On a vachement ri. On a même chanté Nos ancêtres les lotois en se tenant les côtes. Maintenant on était trois sur la blague. Ça nous donnait l'impression qu'on était de plus en plus riches et que ça allait pas s'arranger.
|
|
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Pom Pom Girl
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
Lire/Ecrire Commentaires
|
|
  | |
|
Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
|
Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.