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La guitare par le manche - Tranche de Vie

Tranche de Vie "La guitare par le manche" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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La guitare par le manche

       (la faute à Fillette)

Eh ouais ! La faute à elle, elle la Femme vata, la fille de l'encens, de l'amour et du soleil. Sa faute à elle si j'ai finalement saisi la guitare par le manche, à quarante cinq ans, avant que je soye définitivement stock-car. J'étais là, plein de super chansons plein la tête, et je pouvais même pas lui faire la queue d'une vu que j'avais pas d'orchestre. Bon ça veut dire aussi que j'avais pas les passionnants problèmes caractériels qui vont avec l'orchestre, ça c'était plutôt une bonne nouvelle. N'empêche, triste tourniquet et maigrelet bilan ! j'ai pensé d'un seul élan.

Alors je l'ai pris, le manche de la gratte. Sa faute à elle. M'a filé envie. D'aimer encore, de vouloir et de croire encore, de chanter à nouveau. M'a filé envie. J'avais les paroles, j'avais la chanson mais pas l'instrument. J’avais le contenu mais j’étais à la ramasse, j’avais plus la vie. Toutes ces chansons, tous ces longs trajets difficiles pour quoi ? je me suis dit. Alors j'ai pris la gratte et mon désir d'elle et de revivre par le manche. En disant pas besoin de vous, vous les musicos, vous les médecins, vous et vos foutus problèmes, vos mille et une manières de botter en touche.

Merci qui ? merci Jacques. Nan, pas le Jacques des Marquises, marin du souffle et des mots, et pas non plus le Jacques éventreur. Nan, Jacques C. le Président. Rien que ça. Le Chef de l'Etat, le Garant des Institutions. C'est le jour de sa triomphale réélection que je la rencontre, elle, la fille de l'encens, de l'amour dingue et du soleil.

A Toulouse ça se passe, place du Capitole où on est tous venu fêter ça. Le grand film de la vie pour changer. Fasciné je mate le monde mater le trente-six millionième remake des beaux habits de l'empereur. Mais personne voit jamais la même chose hein !

Je regarde aussi cette belle fille seule. Etonnant des fois une belle fille seule. Ah ! elle attrape son portable, je me disais aussi. Voilà qu'elle le range, ça a pas été long en fait. Et elle reste là.

Je fais un scénario : elle a appelé son pote pour lui dire qu'elle est tombée sur un événement de première et qu'elle rentre plus tard, ou peut-être qu'il la rejoigne si son cœur le lui dicte. Je vous rassure, mon petit jeu d'hypothèses c'est juste pour rire. Tant d'hypothèses de par le vaste monde, autant jouer au loto ! N'empêche, l'est toujours là, la belle fille seule, seule à trois pas.

Nota bene : j’ai jamais su draguer. Rencontrer des fois, mais ça se fait rarement seul. Tu vas bouger tes fesses ? je me dis. Ben ce sera pas la peine voyez. On se connaît pas, voyez, mais je peux déjà compter cent pour cent sur elle.

Super futée, elle saisit le prétexte des autorités occupées pas loin de là à dégager une camionnette frites merguez. Pas très cool ! elle me lance la belle inconnue. A vrai dire je suis pas de son avis vu le prix exorbitant de leurs sandwichs, et que je trouve ça moche de profiter de la sincère liesse populaire pour faire son beurre. Mais je conserve adroitement mes réflexions négatives pour moi, préférant orienter la conversation sur des thèmes nettement plus porteurs genre Le Miracle de Vivre. On se félicite mutuellement de se découvrir chacun si crédule et croyant, et finalement elle lève le camp.

Les minutes passent comme dans un rêve tandis que tout à son affaire le Capitole ruisselle de joie. Soudain je sursaute. Réveille-toi ! me hurle-je à l'oreille. Alors je fonce et la rejoins trois rues plus loin sans trop pfftt pfffttt de difficultés. A peine essoufflé je propose de marcher avec elle et on accorde nos pas. Mais bêtement, même en orage, les routes vont vers des pays (top facile, 2 pts). Arrivés au bas de chez elle, elle me propose de monter boire un thé, nan nan ça dérangera pas son copain en pyjama d'être réveillé. Va savoir pourquoi je décline.

Scuse, je te trompe déjà et encore Fillette. Pour cette fois et dix mille autres. Quand je crois pas assez en moi pour t’arracher à ton ami et te proposer direct toute une vie, de surcroît bourrée de barreaux et d'étroit. Ma vie quoi ! Mais toi tu te trompes pas. Tu m'appelles, tu viens me voir dans mon douze m2 avec évier, ou bien on se retrouve sur les berges de Garonne, ou encore dans des jardins pleins de mamans, d'enfants et de jeunes grands-pères. Les gardiens des espaces verts nous virent régulièrement des pelouses, Fillette, ma guitare et moi, comme autant de chansons interdites. On s'en fout. La chanson c’est nous.

Une fois on l’ fait, chanter, assez indélicatement faut dire, dans une sorte de petit kiosque élevé d’un jardin. Le banc de bois est graffité au couteau de déclarations adolescentes enflammées. C'est ça la vie : l'adolescence, la flamme, le désir désespéré. Justement y' en a un petit groupe qui nous mate, un petit groupe d'ados. Sûr ils rigolent, et sûr ils pétochent un peu aussi, y' a qu'à voir comme ils rougissent pendant qu'on ajuste nos harmonies.

Juste pour savoir, euh, si on l' faisait, tu f' rais comment ? elle dit. Avec capote évidemment, je dis. Ouais ?! C'était juste pour savoir tu sais. Parce qu'on va pas le faire.

Entre autres éléments mâles, mon frère notamment m'a plus d'une fois affranchi : " C'est tout le contraire ! Avec les filles, non c'est oui ! ". Je m'y ferai jamais, je suis bien trop simplet. Donc évidemment et pas bien tard après, on le fait. Avec capote sur mon tapis. Après on le fait souvent. Elle je sais pas, moi je vais dans de chouettes, très chouettes endroits que je connaissais pas. De longs endroits. Et on fait pas que ça. Encore une fois on chante et on danse beaucoup. On cause à mort, ou pour être plus franc je cause à mort. Ouais et tout ça et toute autre chose, faire la cuisine, dîner, ranger… tout ça c’est pareil. Parce que tout ça c’est l’amour.

Et parce que la configuration est la configuration, rapport à son copain, on se voit pas tout le temps, quoique super souvent quand même, mais tout le temps qu'on se voit est dédié à se faire de la joie. Et le temps sans se voir est dédié à être nourri de cette joie. 

Fillette est une tête de mule. Deux cent cinquante fois je l'ai remerciée, de m'avoir donné envie, de m'avoir ramené dans le chemin fou : l'amour, le désir, la joie et la vie encore une fois. Et qu'est-ce qu'elle répond la petiote ? " C’est toi, moi j'y suis pour rien ". Foutue tête de mule va ! Et nous deux, deux foutus saltimbanques aussi branques l'un que l'autre, comme la suite le montrera.


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Ancolies

30-05-2018

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La guitare par le manche appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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