" Où je fronçais en vain mes soucis bruns " est une pause-café mise en ligne par
"Ancolies"..
|
|
|
|
|
|
Où je fronçais en vain mes soucis bruns
Sans l’ombre d’un quelconque signe précurseur, sans même une insoutenable et grossière campagne teaser, l’apparition autant soudaine qu’inattendue des roseaux sociaux avait tout changé. Sans leur occasionner le moindre mal, l’évidence crevait les yeux : ne supportant plus ce qui se passait ici-bas, Dieu d’un seul coup d’un seul s’était réveillé, dans le mouvement levé et descendu le céleste escalier, et était revenu, muni de ses 110 commandements soigneusement organisés dans un dossier, parmi ses multiples créatures, avec toutes les conséquences en cascade que cela pouvait bien signifier. Sur ces nouveaux roseaux sociaux ployant gracieusement leurs tiges dans l'eau, on trouvait plus qu’à l’envie bienveillance, tolérance, infinie patience, sérénité et harmonie, respect des territoires souverains comme respect d’autrui etc… bref tout ce qu’on avait cru pour toujours irrémédiablement enfui. Même tout ce qui comptait auparavant comme autant multiples qu’incontournables photos d’orthographe avait disparu des affiches et écrans, c’est vous dire si l’affaire avait réussi ! En moins de temps qu’il n’en faut à un acteur pour lancer une gifle aller-retour, les chaînes d’infos continues s’étaient définitivement tues. L’homme était devenu un frère pour l’homme, la femme une sœur pour les autres femmes. Exilés sur une île n’apparaissant nulle part sur la carte des 55 sentiments réunis, le gars Satan, de l’abominable Mal la sentinelle, et ses poteaux les cybercriminels n’éprouvaient que remords et chagrin. Ils eussent voulu être pardonnés sur le champ et participer à la liesse générale mais savaient qu’ils devaient purger une peine solidaire d’une durée indéterminée pour les dégâts immenses qu’ils avaient des siècles et décennies durant durement causés. L’envie, la mesquinerie, l’étroitesse, la jalousie s’étaient évaporées comme par magie, de même qu’également tout ce qui comptait auparavant comme orgueil démesuré et ego mal placé débouchant invariablement sur corruption, trahisons, frustrations, déceptions… C’est ça, hop ! du vent du balai de l’air, et vogue la galère. Un quelconque quidam avait graffité le mot ALTRUISME sur un mur d'un quartier résidentiel et depuis les plus aisés donnaient sans compter qui du liquide, qui des chèques inflation, qui des obligations aux plus petits. La nature elle-même avait retrouvé son équilibre des jours heureux et les jeunes générations acceptaient désormais sans craintes ni angoisses de se reproduire en quantité, selfies des échographies à l’appui. Remontant la nuit du temps, Adam avait recraché son quartier de pomme, Eve spontanément rendu sa côte de veau, tandis que de son côté la lune n’avait plus de face cachée et que l’espèce animale comme une grande s’auto-protégeait. Les prénoms Judas, Salopiot et Brutus avaient proprement et simplement disparu des esprits, de la circulation et des calendriers. Il n’existait plus d’étrangers. En fin de chaque nouvelle journée, une lueur dorée s’élevait en fines particules au-dessus des champs d’orangers et la fin des abricots n’était plus qu’un infiniment lointain souvenir dans l’esprit des vergers. Les perles de la rosée matinale inspiraient aux poètes les plus sublimes et originales créations ayant jamais vu le jour sous les bienheureuses auspices boréales. Oui, la poésie pour ceux qui se souvenaient contre vents et marées de ce mot avait ressurgi et toute obscurité s’était envolée des cœurs, remplacée cette fois par les mots générosité, bonté, écoute, partage… lesquels souriaient dans les courants ascendants et planaient doucement dans les vents. La beauté, la sérénité, le sens et encore le sens régnaient désormais en maîtres. Toute trace d’extrême avait disparu. Oui, Dieu avait coulé ses pieds sacrés dans une esplanade de dalles et blocs bétonnés dont il n’était plus question de jamais le déloger. La spiritualité et l’éthique inondaient chaque âme, la bêtise et l’ineptie n’avaient jamais existé, les loyers s’étaient tout seuls modérés, le smig comme les retraites s’étaient également de façon autonome indexés. Les chasseurs, même les chasseurs avaient déposé leurs larmes et tout un chacun pouvait benoîtement se promener, foulant de ses pieds nus les sentiers, en ressentant comme il se doit en plein dans ses plantes plus ou moins cornées toute la fraîcheur de l’herbe menue. Bien entendu le pouvoir d’achat avait repris tous ses droits fondamentaux et les consommateurs pourtant de nulle part réapparus s’en donnaient à gogo. L’huile de tournesol coulait à flots sur les ponts des bateaux où roulaient en échos les rires des matelots y compris des plus grisons, et toutes les nations avaient gagné ex-aequo le Mondiovision. Même le lointain ancêtre des fossiles, le vieux comme le vieux monde Plaisir d‘offrir, Joie de recevoir était ressorti de son antique cantine pourtant sacrément rouillée. Dans le même temps les laboratoires pharmaceutiques et autres hauts lieux d’expériences thérapeutiques et chimiques avaient raccroché au clou leurs soi-disantes béquilles, cependant que dans les rues fastement décorées pompiers, policiers aux gilets pare-balles lançant mille lueurs et casseurs avançaient dans la lumière main dans la main, s’agenouillant et traçant le signe de croix face à tout établissement républicain. Et moi, moi qui avait tant et tant traversé d’infinis déserts de désespérance à contempler la bassesse, à chercher une seule oasis, un seul juste dans cette fosse vulgaire et commune, moi qui m’était cogné jusque la fracasser ma tête contre des bocaux de toute espèce minérale pour entre-apercevoir ne serait-ce qu’un soupçon de la silhouette d’un être de bonne volonté, moi je fronçais furieusement mes soucis bruns mais ne rencontrais plus nul embrun. Je fronçais vous dis-je, je fronçais et rien. Rien. La terre était d’huile et c’était proprement incroyable, inouï. De par l’interchangeabilité d’une seule voyelle, de réseaux à roseaux, la vie chantait à l’unisson de mille gosiers et drapeaux agités et était de nouveau tant somptueuse et voluptueuse que belle. Ceci je le répète d’une voyelle, d’une seule ! Ô comme la trajectoire de nos existences est fragile et ne tient qu’à un fil, me disais-je, larmes de joie et reconnaissance ruisselant abondamment de mes yeux hermétiquement clos, tout ceci soigneusement in petto afin de ne risquer d’effrayer mon voisin ou autres prochains d’un maléfique et malencontreux jeu de mots. |
|
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
Où je fronçais en vain mes soucis bruns
appartient au recueil Ancolies
Lire/Ecrire Commentaires
|
|
  | |
|
Pause-Café terminée ! Merci à Ancolies. |
|
Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.