"Libido met la gomme" est une tranche de vie mise en ligne par
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Libido met la gomme
Cette aprèm j'en avais partout, par quoi commencer ? Disons par le plus important : des rafales de désir, des volées d'anges à aimer. Ouais, déjà ça commençait pas mal. Allongé entre Claire mon étudiante attitrée, et Hélène, toute nouvelle désignée pour la seconder, déjà j'étais ému voyez. C'est Claire qu'était majoritairement penchée sur moi mais Hélène perdait pas une occasion de me frôler. Ce qui m'a mis le feu aux poudres c'est quand l'inconnue brune s'est subitement à son tour penchée sur mon visage. Comme j'étais pas attaché au fauteuil dentaire, j'ai pris sur moi de me retenir. Me retenir des gestes, sûrement pas du regard. Au contraire j'ai concentré toutes mes forces pour que l'inconnue y lise mon désir romantique de l'étreindre et l'aimer, bientôt, tout de suite, qu'elle y déchiffre et y rencontre mon désir universel et violent, se taire et parler, et qu'elle pardonne la concupiscence et la grossièreté qu’elle pourrait croire y voir, et qu'elle soit une allée de tendresse et nos vies un amour en folie. Bon, je crois que l'inconnue s'intéressait plus à ma bouche blessée qu'à mes yeux et mes poésies mais je sais ce que j'ai envie de voir, des trucs qui me font du bien. Trois nouvelles heures ça a duré, trois nouvelles heures j'ai passé sur leur fauteuil. Et j'étais la star croyez-moi. Moi pour elles et tous et toutes pour moi, les six profs et leur vingtaine d'étudiants/diantes. Tandis que les autres édentés gisaient gencives éventrées sur les cercueils à côté. Et pourquoi tant d'intérêt pour ma pomme d'Adam je vous prie ? Ben paraît que je suis un cas, paraît que mon état radiologique (désastreux) a absolument rien à voir avec mon état clinique (sain et pétillant d'entrain). Ouais, selon les radios, osseusement je suis mort, et surprise ! je ricane encore. Mazette, les docteurs y comprenaient rien. Bon, j'avais bien une idée sur la question mais j'en ai pas causé vu que d'une part personne aurait rien bité et d'autre part j'avais à cet instant une nouvelle combinaison d'instruments d'acier partiellement paralysants là où le mal siégeait. Mais juré, je vous affranchis rapidement sur le pourquoi du comment (Si vieux Si jeune ? ) dans un prochain chapitre que vu d'ici je prévois bref et titré Alors rassuré ?! Libido galopante ? Pour sûr ! Claire, Hélène, des bouffées d'étudiantes, la douleur tordante de ne faire mieux qu'effleurer certaines âmes et blouses blanches si proches, si évidentes. Alors déjà j'étais bien. Et puis soudain, le visage à deux doigts du mien, le sourire lumineux prolongé par les longues bottes noires à lacets de l'inconnue brune. Je m'en suis pas privé de son visage lumineux, vous pouvez me croire. Abasourdi, émerveillé. Un moment, ils m'ont filé un miroir afin que je suive dent par dent la proposition de plan de traitement, l'agenda de mes proches sévices à suivre exposé par le sympathique patron du service prothésiste. Tu parles ! l’inconnue derrière moi j'écoutais que dalle. En fait j'orientais le miroir pour zyeuter sans vergogne son visage lumineux, en espérant dur comme fer qu'elle repère mon manège et m'en foutant dur comme fer que d'autres me surprennent. Z'êtes irréellement réelle ! je voulais lui dire là tout de suite, et à la face du monde s'il le fallait. Ouais, plus ça va, moins ça me gêne de regarder une fille béat sous son nez et éventuellement celui des autres. Plus ça va, moins ça me gêne que chacun de sa prison y lise mes libres désirs. Evidemment je préfèrerais que ça reste intime, elle et moi, mais j'ai pas beaucoup de temps alors j'y vais et j'espère qu'elle va me lire vite fait. Et si je fais peur, tant pis. Ce dont je m'en voudrais : pas avoir parlé, pas avoir aimé, pas avoir fait le plein d'espoir à chaque station-service, pas avoir profité des déconvenues. Si j'étais publicitaire, Dieu nous en préserve, j'écrirais qu'entre elle et moi ça a été le flash. Et pour une fois je ne mentirais pas, en tant que publicitaire je veux dire. Parfaitement, le flash ! Elle est entrée dans ma vie par la bouche. Soudain, un jeudi, elle s'est pointée et m'a demandé l'autorisation de photographier sous toutes les coutures ma bouche nourrie de blessures, pour verser la pièce au dossier, pour faire un frappant exemple d'Avant / Après. Elle aurait pu me demander le Mékong tant qu'elle y était. Chvous en chprie, chfaîtes dong ! ch'ai répondu du tac au tac ébloui. Evidemment ch'avais un problème d'articulation rapport à l'étau transparent qui me transperçait la mâchoire, ceci pour que j'ouvre bien grand à l'instant de l'obturateur. Mais c'est pas du tout pour cette raison d'étau que je souris plein pot sur la photo, c'est parce que je viens de tomber lumineusement amoureux et que j'essaye surtout pas de me retenir. Me retenir, et puis quoi encore ?!!! chacun son boulot les mecs, chacun ses irrépertoriés signaux et ses additions détail et gros. Quand elle en a eu fini avec ses photos buccales, je lui ai demandé si y' aurait rien d'autre qui l'intéresserait ? mes coudes ? mes cervicales ? Je suis pas monté plus haut ni descendu plus bas, j'avais du mal à parler et on était pas tout seuls. Pas tout seuls, c'est rien de le dire ! Parlez d'une ambiance ! Cas unique, casting photo, la tv la radio les micros... Heureusement, Claire et Hélène surveillaient mon pouls en permanence et sortaient les griffes aussitôt que la collectivité menaçait de virer au débordement. C'est là que je me suis aperçu qu'elles tenaient énormément à moi comme à leur diplôme. Alors j'ai juré de guérir et d'à nouveau rugir rien que pour leur faire plaisir. L'inconnue brune. Belle comme une élève, mais comme avec un poil de maturité et d'autorité supplémentaire. Prof ? élève ? je m'interrogeais. Je me disais que si je lui posais la question, peut-être serait-elle flattée si elle était prof, et peut-être flattée si elle était élève. La brûlure de l'interrogation m'a stimulé au point que pour la première fois depuis quatre ans que je fréquente l'établissement, j'ai remarqué que les uns portaient des blouses et les autres des pantalons tuniques. Diagnostic, mon inconnue en blouse enseigne. N'empêche, ce point désormais éclairci, j'avais toujours pas le plus important, son prénom. Je matais son badge mais de loin je pouvais pas lire. Dîtes, vous voudriez bien me dire votre prénom ? Elle m'aurait regardé, m'aurait souri, m'aurait dit Mon prénom ! Grands Dieux pour quoi faire ? J'aurais pas cherché loin : Pour ma galerie à fantasmes ! En quoi ça vous gêne ? Trois heures de désir motus bouche fourbue, bouche foutue, ça ira bien pour l'après-midi. D'autant que Bouche Blessée peut plus s'attarder. L'a rendez-vous dans un salon de thé avec Sœurs Bouche Bée et Bouche Dorée en provenances respectives de Southampton et Rio. Alors j'ai bondi sur le marchepied d'acier de mon camion usé, me suis calé dans la cabine à l'odeur de cuir sèche et réconfortante, ai adressé quelques signaux d'amour et de sécurité à la cantonade avant de replonger ma route jusqu'au prochain rendez-vous hospitalier fixé au lendemain. Roulant dans les couloirs entre impatience de rêver encore et désespoir de la souffrance et de la mort, j'ai aperçu des affiches qui disaient Maladies parondontales, maladies impardonnables. Enfin c'est comme ça que je le lisais. Ça c'est bien vrai, je me suis dit tel la Mère Denis. Après j'ai pensé à elle - l'inconnue, pas la Mère Denis - avec mélancolie. Visage lumineux et bottes brunes. J'ai pensé qu'elle pouvait pas avoir un ami. J'ai pensé qu'elle était super trop belle pour avoir un ami. J'ai pensé qu'on était si riche et si pauvre. J'ai pensé que ça me rendait dingue cette histoire d'irréellement réel. J'ai pensé que j'avais un besoin réel et immédiat de toucher. Libido met la gomme ? Sûr ! Libido a besoin d'en avoir plein la vue.
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Libido met la gomme
appartient au recueil La petite souris
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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