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Lettre à Alexis - Vers inédits - Domaine Public

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Émile Zola

 

 

Publié par Paul Alexis en 1882 

  (dans Émile Zola - notes d’un ami : Vers inédits )

 

 

 

Paul Alexis par Cezanne

La lecture de Paul Alexis chez Zola.
Tableau de Paul Cézanne (v. 1869-70).

 

 

 

 

Médan, 1er décembre 1881.

 

 

 

MON CHER ALEXIS,

 

Vous me demandez quelques fragments de mes œuvres de jeunesse, pour accompagner l’étude biographique que vous avez bien voulu écrire sur moi. Je fouille dans mes tiroirs, et je ne trouve que des vers. Huit à dix mille dorment là, depuis vingt ans, du bon sommeil de l’oubli.

Il serait certainement sage de ne pas les tirer de leur poussière. Moi seul peux sentir encore leur parfum, ce lointain parfum des fleurs séchées, qu’on retrouve après des années entre les pages d’un livre. Mais je cède à vos désirs, je prends une poignée de ces vers d’enfant, et je vous les donne, puisqu’il doit être intéressant pour vos lecteurs, dites-vous, de voir par où j’ai commencé. Ils seront la pièce à l’appui, après le procès-verbal.

J’avoue que je cède aussi à un autre sentiment. De mon temps, nous imitions Musset, nous nous moquions de la rime riche, nous étions des passionnés. Aujourd’hui, l’imitation d’Hugo et de Gautier l’emporte, on a raffiné sur les orfèvreries des poètes impeccables, on a mis la poésie hors de l’humanité, dans le pur travail de la langue et du rythme. Eh bien ! je veux dire que si, pour ma grande honte à coup sûr, je m’étais entêté à faire des vers, j’aurais protesté contre ce mouvement que je juge déplorable. Notre poésie française, après l’épuisement de la veine superbe de 1830, trouvera son renouveau dans un retour au vieux bon sens national, à l’étude vivante des douleurs et des joies de l’homme.

Au demeurant, je n’ai pu relire mes vers sans sourire. Ils sont bien faibles, et de seconde main, pas plus mauvais pourtant que les vers des hommes de mon âge qui s’obstinent à rimer. Ma seule vanité est d’avoir eu conscience de ma médiocrité de poète et de m’être courageusement mis à la besogne du siècle, avec le rude outil de la prose. A vingt ans, il est beau de prendre une telle décision, surtout avant d’avoir pu se débarrasser des imitations fatales. Si donc mes vers doivent servir ici à quelque chose, je souhaite qu’ils fassent rentrer en eux les poètes inutiles, n’ayant pas le génie nécessaire pour se dégager de la formule romantique, et qu’ils les décident à être de braves prosateurs, tout bêtement.

Chateaubriand dit dans ses Mémoires : « J’ai écrit longtemps en vers avant d’écrire en prose. M. de Fontanes prétendait que j’avais reçu les deux instruments. » J’ai, moi aussi, écrit longtemps en vers avant d’écrire en prose ; mais si j’ignore ce qu’aurait prétendu M. de Fontanes, je sais bien que je me refuse totalement l’un des instruments, et qu’il y a des jours où je ne m’accorde pas même l’autre.

 

Cordialement à vous,

ÉMILE ZOLA.

 

 

 

 

 

 

  A MON AMI PAUL 

 

La prose n'est point sotte, et, — disons-le tout bas, — 
Le plus souvent les vers sont de la sotte prose, 
De lourds empâtements de vert tendre et de rosé, 
Des suites d'adjectifs, des oh ciel ! des hélas ! 
Un orgueilleux jargon où le pauvre poète 
Vous dit tout, — excepté ce qu'il a dans la tête. 

 

C'est absurde, c'est plat. Et pourtant, jeune fou, 
Voici que je rimaille, allant je ne sais où, 
Suant longtemps parfois pour trouver une rime, 
Prenant à chaque vers une pose sublime, 
Et, — pourquoi le cacher ? — croyant de bonne foi 
Qu'il n'est pas de poète aussi tendre que moi.  

[...]  

Lycée Saint-Louis, 1858. 
 

 

 

 

licence Creative Commons paternité 

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Proposé par

Jenny

Auteur

Blog

Émile Zola

13-07-2012

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Lettre à Alexis - Vers inédits n'appartient à aucun recueil

 

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