"Les bonnes intentions" est une nouvelle mise en ligne par
"Ancolies"..
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Les bonnes intentions L’affaire était pourtant pavée de bonnes intentions. L’équipe : Vincent, qui avait parlé à Paul, Paul qui avait parlé à François, lequel François qui avait parlé aux autres, les autres c’est-à-dire tout simplement Simon, bref ils s’étaient tous les 4 parlés des heures durant. Donc l’équipe : ok. Le matos : les outils, ok. Les armes ? Non ils n'avaient pas besoin d'armes, il n'allait là-bas que pour embarquer ce qu'il y avait à embarquer, et il n'y avait pas la nuit de cow-boy de sécurité sur les lieux. Ok. Le plan : le relevé relativement simple du lieu à braquer, l'emplacement des stocks à emporter, les caméras repérées, les codes secrets achetés à prix d’or au comptable à la fois véreux et totalement terrorisé : ok. Alors qu’est-ce qui n’avait pas marché ? La poisse, la scoumoune, le mauvais œil, ou encore une nouvelle fois le foutu karma. Ou alors un indic avait foiré les renseignements. Ou encore alors quelqu’un n’avait pas su tenir sa langue ou encore encore leur avait monté le coup à l’envers. Moralité : tout le groupe avait pris 20 ans, sans remise de peine pour bien marquer le coup. C’est que l’on traitait en permanence les auxiliaires de justice, procureurs, adjoints du procureur, juristes divers, juges et tutti quanti de foutus laxistes. Cette fois-ci le marteau du juge avait frappé fort et sec sur l’enclume en bois de cyprès qui lui faisait office de bureau dans son tribunal et dont il n’était pas peu fier. Quoi, des laxistes ? On allait voir ce que l’on allait voir ! Et Schlackkkk ! avait fait le marteau, scellant leur destinée pour les 20 années à venir. Les 4 membres de l’équipe ne s’attendaient guère à une sanction aussi sévère. C’est clair, ils l’avaient dans l’os. Certes Vincent et François avaient déjà eu de menues mailles avec la justice mais c’était la stupéfaction pour Paul et Simon qui avaient des casiers blancs comme neige (au soleil ma belle jeunesse). 20 ans pour avoir tenté de braquer le labo du plus grand dealer de blanche de la ville. D’accord c’était un gros et ambitieux coup mais ils n’étaient quand même que des seconds couteaux, carburant à la démocratie entre eux c’est-à-dire qu’il n’y avait même pas de chef dans la petite bande. Ah ça, ils n’en seraient pas là s’ils avaient écouté leurs bourgeoises. Et ça, être femme de voyou, ce n’était pas ce qui se faisait de mieux question calme et sérénité. Toujours dans le stress, toujours dans l’angoisse les bobonnes. Comme des parents ayant engendré un ado suicidaire et qui passaient leurs nuits totalement angoissés en attendant le coup de fil de l’hôpital ou la police. 20 ans ! Et les mecs n’avaient même pas fait parler la poudre ! Ce n’était pas des tueurs. Quand à leur immense stupéfaction lorsque l’alarme qu’ils croyaient avoir pour de bon neutralisée avait tonitruament retenti, ils avaient tout de suite pigé la suite des événements et avaient attendu bras ballants avec fatalisme les 3 minutes nécessaires à la flicaille pour débarquer en grande pompe. Une bande de Rousseauistes avaient en vain plaidé leurs avocats, et encore une fois pas des tueurs ambulants, non, mais rien n’y avait fait. Ouais, 20 ans c’était carrément abusé. Merde, ils n’allaient pas voir leurs gosses grandir et quand ils sortiraient, bobonnes ressembleraient à des mémés ou presque. Ils étaient accablés. Et re merde, braquer un gros dealer, c’était presque moral, ils ne s’étaient pas attaqués à la réserve générale du trésor à leur connaissance. Cela aussi, ainsi que l'absence d'armes avait été plaidé par leurs avocats, avec une totale vacuité on l’a dit. Ils ne savaient de la taule que ce qu’ils en avaient vu dans des polars télévisés ou des séries netflix auquel ils s’étaient abonnés en groupe, et ça leur foutait une pétoche d’enfer. Ils s’arrachaient les cheveux en se traitant d'abrutis, d’imbéciles amateurs malheureux et de traîne-savates. Non mais franchement, qu’est-ce qui avait bien pu leur passer dans le crâne en croyant qu’ils allaient réussir leur coup ? Ils étaient tous les 4 des glandeurs et des rêveurs, ils ne le savaient que trop bien. Bon, leurs avocats avaient naturellement fait appel mais leur avaient bien laissé entendre que les chances de succès étaient bien maigres. Au mieux ils gratteraient peut-être 5 ans. Ça leur faisait presque une génération de taule. Ils n’étaient pas taillés pour la taule, ils le savaient. Et tout ça n’était parti que d’une soirée de déconnade avancée où ils s’étaient arrachés à la téquila et au chichon ce qui avait débouché sur ce projet stupide qu’ils avaient pris pour une idée géniale, raides def comme ils l’étaient. Ouais, de vrais crétins amateurs, une bande de potes à la ramasse ! N’empêche qu’ils trouvaient la sentence bien injuste. Bien balkany ne profite jamais ils le savaient, mais la justice marchait quand même à 2 vitesses. Il y avait les cols blancs d’un côté avec leurs peines ridiculement brèves qu’ils effectuaient peinards chez eux nantis de leurs bracelets électroniques et les mecs en t-shirts dépenaillés et jeans usés de l’autre qui allaient croupir dans les geôles de la République, non vraiment ce n’était pas juste. Le procès avait été surréaliste, avec le Big Sleazy en personne, le méga dealer dont tout le monde connaissait les néfastes activités dans le box des plaignants, voilà, juste comme ça, comme si de rien n’était. Comme s’il s’était agi d’un gros directeur de banque avec pignon sur rue ou d’un célèbre joaillier. Mais dans quel monde vivons-nous ? s’étaient-ils demandés avec stupéfaction. Et ils avaient donc laissé toutes leurs maigres économies plus de gros emprunts dans les pattes de ce comptable minable et dans l’achat du matériel. Résultat : la paille du cachot et des dettes jusqu’au cou, comment donc avaient-ils combiné leur coup ? Toujours à l’affût de sensationnalisme, les médias les avaient traité de dangereux gang alors qu’ils n’étaient qu’une bande de loosers et de branques. Alors ça, on ne les y reprendrait pas ! De toute façon, le temps qu’ils traînent leur peine… non l’avenir ne s’annonçait pas radieux. Être un looser c’était décidemment pas un cadeau. Ça c’était clair dorénavant, ils se rangeaient définitivement des voitures et des garages mais cela ne changeait rien au fait qu’ils devaient maintenant tirer 20 ans, 15 avec un peu beaucoup de chance. François qui était le musicos de la bande pensait à la chanson de Nino Ferrer, Les enfants de la patrie, « C’est en apprenant qu’on apprend ». Ouais, c’est bon, ils avaient appris, ils avaient compris, eux mais pas le juge. Ce foutu juge qui écoutait trop les foutus médias. La sentence à peine prononcée, on les avait exfiltré du centre pénitentiaire où ils avaient depuis quelques mois établi - contre leur gré évidemment - leurs quartiers pour les transférer dans un établissement de haute-sécurité. Illico on leur avait filé leurs paquetages de détenus, tenue rayée et matériel de toilette, plus une tasse en métal et une cuillère, et on leur avait rasé la tête. Et Vincent qui tenait tant à ses longues boucles brunes ! Lorsqu’ils s’étaient revus le premier soir au réfectoire, ils avaient trouvé qu’ils avaient des gueules de sergents G.I. engueulant leurs patrouilles. Cela avait rappelé à Simon la fois où il avait traversé l’Atlantique en voilier et s’était fait ratiboiser pour ne pas être emmerdé par des problèmes capillaires au beau milieu de l’océan caniculaire passé certaine latitudes. Mais il ne s’était pas regardé une seule fois dans un miroir lors de cette traversée et lorsqu’il avait vu les photos, il avait été horrifié. Bon, là maintenant elle était loin la grande salée et sa calme immensité, c’était même plutôt étroit, à 6 par cellules prévues pour 4. Cette fois les médias avaient raison, les prisons françaises c’était vraiment la dèche. Les premiers temps ils avaient essayé de refuser de se rendre aux douches où ils ne savaient que trop ce qui pouvait leur arriver, mais les matons avaient été intraitables. Ils avaient réussi à ne faire qu’entrer et sortir mais cela ne durerait pas. Mais même là, on en était encore au stade des observations et des remarques narquoises et pleines d’affolantes promesses. Les matons, plus expérimentés que les médias avaient baptisé la bande des 4 du sobriquet Le gang des Pieds Nickelés, lesquels Pieds Nickelés comme les mousquetaires n’étaient en réalité que 3. Filochard, Ribouldingue et… et…, ni Vincent, François Paul et l’autre malgré les efforts qu’ils mettaient en commun n’arrivaient à se souvenir du nom du 3ème larron (moi je le sais, j'ai triché, je ne suis pas en taule mais dans mon confortable voire douillet bureau et j'ai regardé sur Wikipédia : le 3ème s'appelle Croquignol). Dans la cour lors de la promenade, les 4 ne se quittaient pas, espérant faire ainsi corps contre les vrais et les terrifiants gangs et leurs caïds qui faisaient la pluie et le beau temps au sein de ce putain de pénitencier dont les putains de portes sur eux s'étaient pour 20 ans refermées - pour cause de stupidité et de naïveté. Pour l’heure, les dits-caïds n’avaient pas encore statué sur leur sort et demandé à leurs hommes de les laisser tranquilles. Mais ça n’allait pas durer, encore une chose que Vincent, François, Paul et l’autre ne savaient que trop bien. Dans leurs cellules, ils écrivaient des lettres pleines de geigneries et de gémissements à leurs conjointes respectives, totalement et uniquement préoccupés par ce qui leur arrivait et ne pensant même pas à demander des nouvelles des épouses en question et de leurs progénitures, ne s’inquiétant même pas du comment tout ce petit monde s’en tirait. Is expliquaient dans leurs missives que le Big Sleazy avait sûrement des hommes dans le lieu ou bien tout simplement qu’il avait le bras long et qu’il n’était pas véritablement considéré pour ses facultés à passer l’éponge. Il allait forcément mettre un contrat sur leurs 4 têtes. Sans compter tous les autres, les néo-nazis, les bikers, les membres des cartels etc…tous plus tatoués les uns que les autres et qui soulevaient de la fonte comme eux 4 profitaient avec délice d’une bonne barbe à papa. Mais en fait, dans sa grande providence, le bon Papa Noël - appelé aussi Le Bon Samaritain ou l’Ange-Gardien - veillait au grain. Ce bon Papa Noël n’était autre que le directeur de la prison. Une rencontre avec chacun d’eux lors de leur admission commune avait suffi à cet homme d’expérience pour estimer qui étaient en réalité ces 4 pauvres gars. Ce directeur, un homme dans la soixantaine, avait 4 fils qui ne songeaient eu-aussi qu’à s’amuser, profiter de la vie avec insouciance et se fourrer dans des plans plus foireux les uns que les autres. Fervent catholique, il ne manquait ni une messe dominicale ni une séance de confession mensuelle. Il surveillait également sa consomation d'alcool et n'avait jamais fumé. Sous ses apparences d’homme dirigeant son établissement d’une poigne de fer, il s’agissait en réalité d’un véritable humaniste doublé d’un homme pieux qui chaque jour tentait de converser avec Dieu Il n’avait pas vraiment choisi lui-même d’occuper ce poste de directeur pénitentiaire, au contraire il s’en serait bien volontiers passé, mais les hasards des parcours administratifs l’avaient amené là il y avait quelques années déjà. Il était troublé par les Pieds Nickelés ainsi qu’on lui avait rapporté comment les gardiens et les autres prisonniers les surnommaient, troublé comme il l’était pour ses malheureux rejetons. Il avait tenté de faire de ceux-ci des honnêtes hommes, forts et intègres, et n’avait finalement réussi à produire que de la guimauve industrielle. Il parla longuement à son directeur spirituel : ce sont des agneaux jetés dans une cage aux tigres, lui expliqua t’il, et cela me tracasse. Les autres vont les avaler tout crus à leur petit déjeuner. Je ne peux pas laisser faire ça. Le directeur spirituel hochait en silence et en cadence la tête. Voyez ce que vous pouvez faire, lui avait-il finalement conseillé. Evidemment, aucun des 4 membres du groupe n’aurait pu soupçonner que qui que ce soit à l’intérieur de la prison puisse se préoccuper d’eux à part pour les transformer en chair à pâtée et qu’il existait dans la vraie vie effectivement des anges qu’on nommait gardiens. Mais par un beau matin - ils n’étaient pas là depuis quinze jours -, un maton était chacun venu les chercher dans leur cellule pour les transférer à l’infirmerie. Ils n’avaient pas déclaré qu’ils se sentaient le moins du monde malades sinon de trouille, et s’étaient anxieusement laissés faire. Quelle ne fut pas leur surprise de se retrouver ensemble en ce lieu. Après avoir troqué leurs tenues rayés par des pyjamas bleus ciel, les infirmiers les installèrent chacun dans un lit où ils attendirent avec une curiosité naturellement mêlée d’angoisse la suite des opérations. Puis survint le directeur, tiré à 4 épingles comme d’habitude, ses cheveux argentés impeccablement coiffés, ses ongles manucurés. Vous avez l’appendicite, leur déclara t’il. L’appendicite, mais ce n’est pas possible : s’exclama ce crétin de Vincent, je l’ai eu à 7 ans. Le directeur eut l’air soudain fatigué. Vous avez tous les 4 l’appendicite et vous allez être transférés à l’hôpital du Val-de-Grace pour vous faire opérer. Mais… mais… ! s’exclama à nouveau Vincent. Ta gueule Vincent ! lui rétorquèrent ses 3 copains d’un commun accord bien qu’ils n’y comprennent que pouic non plus. Vous allez vous faire opérer au Val-de-Grace, reprit le directeur d’un ton lassé, et je vous souhaite un prompt rétablissement. Je vous souhaite également bonne chance Messieurs. Puis il se retira laissant là les 4 compères stupéfaits. La matinée passa où François et les autres discutaillèrent à qui mieux-mieux en se perdant en conjonctures. A midi on leur servit une viande qu’ils n’identifièrent pas accompagnée de boulgour, dont soit dit en passant ils avaient chacun une sainte horreur. Mais ils avalèrent leur rata sans broncher se demandant toujours ce qui allait leur arriver, si ce n’était pas un coup monté de toutes pièces par Big Sleazy et le directeur de mèche. Ils vont nous faire ça à l’hosto ! s’angoissait Simon. Big Sleazy va se déguiser en chirurgien et nous découper au scalpel en petits morceaux ! Taré comme il est, il va nous trancher les génitoires et nous les introduire dans la bouche à la manière des apaches ! Génitoires toi-même, rétorqua François, tu parles, il va plutôt nous faire cuire et recuire à petit feu et aux petits oignons ce gros taré à la cervelle totalement cramée par sa meth ! Ah la la, dans quel putain de pétrin on s’est fourrés, on est pourtant que des petits fumeurs de chichon. Paul lui ne disait rien, les yeux dans le vague. A 14 heures précises, les infirmiers les firent quitter leurs lits, et les transférèrent vers 4 ambulances du même modèle, des Peugeot break 407. A la queue leu leu les 4 ambulances prirent la route vers le Val-de-Grace qu’ils atteignirent à 14h30 précises. Là on les installa 2 par 2 dans 2 chambres contigües. Le chirurgien vous verra demain matin, claironnèrent les jolies infirmières. Mais qu’est-ce que c’est que ce souk ? se demandaient-ils plus angoissés que jamais. L’après-midi s’étira en longueur - les chambres n’étaient pas munies de téléviseurs - jusqu’à ce que le soleil entame sa course vers le couchant. Là on leur servit au lit des plateaux repas dont ils furent chacun étonnés par la qualité des aliments. Que je sois damné si ce n’est pas le premier repas correct que j’ai ingurgité depuis des mois, remarqua Simon, qui partageait la chambre de Paul. De l’autre côté de la cloison, Vincent et François pensaient exactement la même chose au même instant. A 20 heures, les jolies infirmières leurs apportèrent à chacun des petits bonbons roses, comprenez des petits cachetons et leur souhaitèrent bonne nuit. Aucun n’avait sommeil en cette heure guère tardive mais ils ne mouftèrent mot aux gentilles demoiselles en blanc. De chaque côté de la cloison, les compères discutaillèrent encore 2 plombes, s’angoissant toujours des terribles sévices qu’ils imaginaient subir le lendemain. Puis les bonbons roses faisant effet, ils finirent par s’endormir, tous les 4 par une étrange alchimie dans un sommeil sans rêves. Ainsi passât la nuit et à 7 heures pétantes le lendemain matin, on les réveillait pour le petit déjeuner, café, chocolat ou thé au choix. Je ne sais pas ce qui nous attend mais c’est toujours mieux que l‘infâme pisse d’eau brunâtre de la taule, fit remarquer Simon à son compagnon de chambre. Si c’est mon dernier petit déjeuner, je pourrais dire qu’il était mieux que correct. Pareil ! rétorqua laconiquement Paul. Les jolies infirmières vinrent reprendre les plateaux et leur confirmèrent qu’ils verraient le chirurgien dans la matinée. Chirurgien tu parles ! dit François, c’est Big Sleazy en tunique blanche qu’on va voir débarquer. Il n’en fut rien et ils découvrirent qu’ils n’étaient pas au bout de leurs surprises. Le chirurgien n’était qu’un homme avenant qui pourtant prit la mouche et bougonna après les avoir ausculté les uns après les autres : "Appendicite, appendicite, qu’est-ce que c’est que cette blague ? Ces hommes se portent comme des charmes. Faîtes-les moi vite fait dégager de ces lits dont d’autres véritables malades ont besoin ! Et que ça saute ! Mais qu’est-ce qui m’a fichu une bande de bras cassés pareils ? Je perds mon temps ce matin avec ces crétins". Obéissant à leur chef de service, les infirmières vexées dirent donc aux 4 hommes de débarrasser le plancher. En pyjama ? s’exclama une nouvelle fois Vincent. Quoi, vous n’avez même pas de vêtements, s’étonnèrent-elles, on va voir ce qu’on peut faire. Il fut croire que l’hôpital entretenait des liens étroits avec Emmaüs ou l’Armée du Salut car elles revinrent un peu plus tard les bras chargés de frusques. Débrouillez-vous avec ça, leur dirent-elles, vous êtes grands non ! Elles étaient nettement moins jolies qu’auparavant, relativement au savon qu’elles s’étaient vues administrer par leur patron. Les 4 amis ne se le firent pas dire 2 fois et s’accoutrèrent comme ils purent, l’élégance étant d’une façon générale et particulièrement en ce moment le cadet de leurs soucis. Ils ressemblaient à une volée d’épouvantails lorsqu’ils se retrouvèrent libres comme l’air sur le parking de l'hôpital. Ils n’en croyaient ni leurs yeux ni leurs esprit. Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Pas un flicton à l’horizon ni aucuns des sbires de Big Sleazy, à moins qu’ils ne soient camouflés en anonymes passants. Mais les passants étaient rares, de ci de là un homme ou une femme ou un couple avec enfant arrivait ou repartait en voiture. Je n’y comprends rien dit Simon mais que je sois damné si je n’embarque femme, enfants et bagages loin d’ici et illico, des fois que les uns et les autres refassent surface. Sage décision, acquiescèrent d’un même hochement de tête les 3 autres. Ce qu’ils réussirent à faire grâce à la prévoyance de leurs compagnes respectives lesquelles, ne pouvant compter depuis des années sur ces grands dadais n’ayant pas grandi, avaient depuis ces même années sagement épargné. La nouvelle de leur disparition passa complétement inaperçue, les médias, les institutions et le public s’étant entre temps jetés comme des vautours et des hyènes sur un comédien célèbre qui avait provoqué un accident de voiture sous l’emprise des stupéfiants. De son côté, le directeur de la prison raconta dans ses grandes lignes l’histoire à son père spirituel. Tu as suivi ce que ta conscience t’a dicté, tu n’as pas à rougir de toi, lui rétorqua son mentor. Mais tu as enfreint la loi des hommes, tu as manipulé des documents administratifs, n’omets pas d’en parler à ton prochain confesseur. Bien entendu, opina le directeur. Le secret de la confession étant sacré, il n’avait pas à se faire de mouron pour les 4 agneaux qu’il avait protégés et même on peut le dire sauvé de l'enfer, en l'occurence terrifiquement carcéral. Et en effet les 4 agneaux avaient entamé de nouvelles et totalement morales et saines et hygiéniques et propres sur eux vies en Ouzbékistan, l'un menuisier, l'autre buraliste, le troisième chauffeur scolaire et enfin conseiller en énergies renouvelables pour le dernier de la liste - le lecteur également propre sur lui constate avec très certainement une grande satisfaction qu'ils ont tenu leur promesse de se ranger définitivement des voitures et des garages, même qu'ils ne se bourrent plus la gueule et ont jeté dans la fosse aux lions la clé du placard à chichon - sans blagues ils avaient trop eu une inimaginable pétoche et s'étaient sentis si misérables et minables), tout ceci tandis que leurs femmes leur adressaient désormais à nouveau la parole et que leurs enfants devenaient grands et étaient proches de faire eux-mêmes des enfants. Mais, bien qu'ils se posassent chaque jour la question, ce n'est qu'à l'heure du Jugement Dernier que Olgar, Wermer, Yvan et l’autre (naturellement ils avaient changé de noms) apprirent par quel miracle ils s’étaient retrouvés dehors et libres comme l'air, apparemment délivrés de toute justice terrestre et lavés de toutes dettes envers la société. Lorsque vint leur tour, lorsque la camarde abattit sur eux sa grande faux alors qu'ils atteignaient la cinquantaine - alors qu’ils partaient tous les 4 dans un suv tout-terrains à une bonne partie de chasse au lapin, expédition qui se termina malencontreusement pour eux au fond d’un ravin en raison d’un orignal qui avait subitement traversé la route sous leurs yeux et qu'Olgar avait brutalement braqué son volant pour l’éviter avec les conséquences que maintenant l’on sait -, oui lorsque vint le temps de la rencontre avec le bon Saint Pierre, celui-ci leur apprit en se marrant le pourquoi du comment leur mésaventure n'avait miraculeusement pas tournée en déconfiture. Pour le coup ils furent totalement stupéfaits. Quoi ? Des humanistes existaient encore ? Ce bas-monde n'était pas si pourri jusque l'os que le quidam moyen le croyait et le répétait à l'envie ! Lors, et bien qu'on fût à la Saint-Jean, ils entamèrent une danse de Saint-Guy à l'intention de leur ange-gardien, décédé lui-aussi dans son lit une nuit d'un emphysème déclenché par une phlébite subite, et spontanément se cotisèrent pour offrir une caisse de Mouton-Rothschild 1970 à leur bienfaiteur. Lequel ne refusa pas même s'il surveillât attentivement sa consommation d'alcool on l'a dit, car, on le sait trop peu, même au ciel, il n’est pas interdit d’apprécier les délicats plaisirs du palais, ceci même pour un trépassé tout ce qu’il y a de pieux. C’est bien ce qui avait été dit au début de l’aventure : l’affaire était décidément pavée de bonnes intentions et la vie était calme et tranquille au définitif paradis où nous irons tous, sauf Boig Sleazy évidemment. Fallait pas dealer de la mort blanche mon vieux.
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Les bonnes intentions
appartient au recueil Nouvelles du monde
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