"Le pont du diable" est une tranche de vie mise en ligne par
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Le Pont du Diable
Fiston & moi dans les Cévennes C’était bien ma veine cet été-là dans les Cévennes. Ô oui c’est beau les Cévennes. Magnifique même vues du promontoire où se situait l'immense et somptueuse villa dans laquelle j’étais invité en vacances. Une ancienne usine à soie reconvertie en villa de luxe, chaque immense chambre disposant de sa salle de bain, d’une entrée donnant sur l’intérieur de la maison et d’une seconde donnant sur l’extérieur. Piscine et tennis agrémentaient naturellement le tout. C’était l’une des propriétés d’un richissime publicitaire qui avait été un de mes premiers patrons lorsque j’avais traîné mes guêtres dans cette infâme profession et j’étais devenu ami avec sa fille aînée, témoin à son mariage et parrain de son premier enfant. C’était loin d’être la première fois que j’étais ici. Il y avait plus de 15 ans que j’avais claqué avec fracas la porte de la pub mais j’étais toujours le bienvenue ici, moi, ma guitare, ma bonne humeur constante et ma tchatche proverbiale. Sur place il y avait la génération des parents, 45 ans et avenant, et celle des enfants, des ados. Cette fois, contrairement à la photo plus haut, j’y étais seul, sans mon ex-compagne et mon fils. Nous prenions nos repas sur une plus qu’immense terrasse en bois, avec une vue vertigineuse sur la vallée, lents déjeuners à 14 heures, lents diner à 22 heures, avec le chant des cigales mâles pour attirer leur belle et sans aucuns empoisonnants moustiques. Le rosé frais allait bon train pour accompagner les ballades de tomates à la ciboulette et les tartes et gratins parfumés au thym cueilli dans le jardin. Jardin, que dis-je, nous étions isolé en pleine et plus que vaste nature dans cet endroit préservé de tout voisinage intempestif des kilomètres à la ronde. Idyllique toutes proportions gardées vous dis-je. Or un après-midi, voici que les jeunes sont pris de fourmis dans les pattes et veulent aller au torrent du Pont du Diable. Cette appellation s’explique par le fait qu’il y a un pont au-dessus de ce torrent, pont dont nombre de téméraires ados casse-cou, rêvant à James Dean, font le pari de plonger dans l’eau 10 mètres plus bas alors que le torrent n’est guère profond, et ce joyeux jeu fait plusieurs victimes chaque année. Les jeunes de la villa voulaient donc y passer l’après-midi mais aucuns de leurs paresseux parents n’avaient répondu favorablement à leur demande d’y être conduits. Qu’à cela ne tienne, me suis-je écrié tout altruiste, je vous emmene moi. Dont acte. Je les conduis donc et nous convenons d’une heure où je viendrais les récupérer. Ainsi je me repointe en fin d’après-midi et ne les vois pas au point de rv convenu. Je pars donc à l’aveuglette à leur recherche, traverse le pont et s’offre à moi deux possibilités, le bois à droite ou le causse à gauche. Sans raison particulière, je choisis la senestre et m’engage sur un sentier de terre qui devient au bout de quelques centaines de mètres de marche de plus en plus escarpé et étroit, dans un désert de touffes d’herbe et de pierres. Oui le sentier devient si étroit qu’il n’a plus désormais que juste la largeur de mon pied. Aussi, du haut de mon perchoir, j’interpelle un groupe de jeunes installés vingt mètres plus bas sur une langue de sable émergeant en plein torrent. « Oh, on peut passer par ici ? ». Non répondent-ils. Je fais donc précautionneusement demi-tour mais voilà que je sens la terre céder sous mes pieds. Comprenant la chute inévitable, j’ai le réflexe de sauter pour tenter de retomber encore sur mes précieux pieds. Ce qui se passe lorsque j’atterris 5 mètres plus bas, malheureusement pas sur un doux sable accueillant et moelleux mais sur des rochers méchamment acérés. J’atterris bien comme prévu sur les pieds mais bien sûr je rebondis comme une balle de pelote basque et suis projeté de travers toujours sur les rochers où je gis de tout mon long. Ko un moment je me redresse et bien que mon pied gauche se dérobe et que je tombe à chaque pas, je parviens cependant à traverser le torrent et rejoindre le groupe de jeunes précité sur leur langue de sable. Là je leur donne les clés de ma caisse en leur disant d’aller y chercher mon portable que j’y ai laissé. Puis je perds plusieurs fois connaissance, non sans réussir lors d’une de mes résurrections à prévenir mon amie à la villa. La suite est noire pour moi puisque j’ai perdu connaissance pour de bon mais je suis récupéré et transporté par hélico à l’hôpital de Montpellier. Bilan : un talon cassé en 5 morceaux, un poignet en 12 et plusieurs vertèbres également cassées. Pour ces vertèbres on m’affuble alors d’un épouvantable corset rigide que je devrai garder six mois jour et nuit et pour le reste on m’opère à coups de broches. Trois fois on m’opère en ce qui concerne le poignet pour parvenir à remboiter tous les morceaux. Je suis souvent inconscient. Mais ne vous inquiétez pas pour moi, j'ai comme toujours l'accident et l'hôpital joyeux. Pour aller fumer dehors, dans mon fauteuil roulant dans les couloirs je zigzague à toute blinde en marche arrière (j'ai un bras et un pied dans le plâtre, alors je ne peux pas faire tourner le roues motrices et je pousse du pied droit comme sur une trottinette). Et gare à qui est sur mon passage. De surcroît et notamment cette chute me dédouane légitimement de me rendre à un mariage au Havre où je n'ai pas la moindre envie d'aller mais je supporte une pression d'enfer pour y faire don de ma présence. Voilà, comme ça c'est réglé. Je ne revois mon amie de la villa qu’une seule fois, où elle vient à l’hosto avec son frère, en deux voitures l’une étant la mienne qu’ils laissent sur le parking de l’endroit. Plus tard, un autre ami de Paris en visite dans la région aura la gentillesse de la ramener à Toulouse où elle m’attendra sagement parquée un an et demi, moi passant un certain temps dans cet hôpital, puis dans un second avant que d’être transporté en ambulance dans une horrible clinique de rééducation toulousaine. Où je prendrai du bon temps en dansant sur une jambe avec la bande de jeunes organisant régulièrement des fiestas dehors. Non je n'ai pas que l'hôpital joyeux, la clinique ausi. Je passerai donc un an et demi en fauteuil roulant. L’accident auquel j’ai eu l’intelligence (quelqu’un m’a dit récemment que je ne supportais pas la médiocrité intellectuelle), l’intelligence donc de ne pas succomber ou surtout surtout l’immense chance de ne pas rester tétraplégique a eu lieu en 2009. Depuis ce jour où ils m’ont ramené ma voiture à l‘hôpital de Montpellier, je n’ai strictement eu aucunes nouvelles de ces amis, coup de fil demandant si j’allais bien ou mieux, que dalle. A fortiori et bien que cela n’ait aucune importance, c’est pourtant de leurs enfants dont je m’occupai lors de cet accident mais cela n’y change rien, que dalle je répète. Surprenant non ?! Je vous l’ai déjà dit dans un texte précédent, publicitaires ou quelle que soit leur engeance, les gens normaux sont très rares en nos occidentales contrées, ce qui les rend d’autant plus chers pour suivre le syllogisme qu’on t’enseigne sur les bancs des horribles écoles sous le joug desquelles nous devons tous passer : Ce qui est rare est cher ; un cheval bon marché c’est rare ; donc un cheval bon marché c’est cher. Autrement dit, un véritable ami, fidèle, c’est rare ; donc un véritable ami, fidèle, c’est cher. Ouais, moi je l’aurai en effet chèrement payé cette fois-ci. Depuis je boîte et ne peux naturellement plus courir. Et alors ? Courir après ma folle et déglinguée jeunesse, non merci.
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Le pont du diable
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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