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Texte "Le grand sommeil (toujours le même film)" est un texte mis en ligne par "Ancolies"..

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Le grand sommeil (toujours le même film)

 

Il était une fois une fois. Cette fois n’était pas la même que quelquefois ou parfois. C’était une seule fois, répétée pourtant mille et mille fois. Personne ne savait ce qui se passait cette fois. Etait-ce une bonne fois ou une mauvaise fois ? Les gens se grattaient ce qui leur servait de tête, non qu’ils s’en servent beaucoup mais c’était toujours très agréable de se gratter. Ça occupait les doigts et faisait passer le temps. Du temps ça les gens en avaient. Depuis que l’on avait institué la retraite à 40 ans, ils ne savaient qu’en faire, de leur temps Aussi ils se racontaient des histoires, toutes plus fausses les unes que les autres. Il était une fois une fois, voilà ce qu’ils se disaient. Ils étaient incapables d’aller plus loin, là était le mensonge. Depuis la pomme d’Eden, l’homme avait inventé les collines de Gethsémani et le mensonge, à la différence de l’animal ou du végétal ou encore du minéral. En voilà qui ne trichaient pas. Ils prenaient les lois de la nature telles qu’elles étaient alors que les hommes les trituraient, les entortillaient, les essoraient comme ça les arrangeait. Que l’on sache, ce n’était pas les animaux qui avaient inventé la déforestation ou la corruption. Celle-ci de tous temps humains avait régné et régnait encore. De nos jours, hormis les classiques hommes d’affaires, pontes politiques et autres fonctionnaires, elle s’attaquait via la drogue à des dockers, des douaniers, des policiers de tout grade, des juges d’instruction, des procureurs… enfin tous ceux qui participaient à l’introduction de la drogue sur le territoire. Il était une fois une fois la drogue. Celle-ci avait fait un énorme bond en avant, quantitativement et en pouvoir d’achat, et apparemment peu se posaient la question du pourquoi des jeunes de plus en plus jeunes sans parler de nombre d’adultes étaient addicts. Non, peu faisaient la relation entre la structure de plus en plus désespérante de la société et l’environnement et ce bond spectaculaire de consommation. Il faut dire que les sociologues de métier avaient sous l’immense pluralité de la Toile disparu de la circulation au profit des influenceurs/ceuses qui étalaient à longueur d’écran leur philo de Sophie. Il était une fois une fois la philo de Sophie, évidemment corrompue elle-aussi.

Extraordinaire était également l’engouement pour les chaînes d’infos dans la lucarne magique. Les journalistes se foutaient pourtant du monde. Ils répétaient et répétaient Bonne soirée, sur France Info bien évidemment. Tu parles qu’on allait passer une bonne soirée en leur compagnie alors qu’ils sucraient allègrement les fraises, diffusant et rediffusant à l’envie et la nausée toujours les mêmes infos et reportages. Tout ça pour voir et revoir des actualités déprimantes au possible. Un grand quotidien avait même titré en une Faut-il se préserver des actualités pour rester en bonne santé ? Tu penses bien qu’il fallait. Comme se protéger d’un disque de Lou Reed, à moins d’être candidat au suicide immédiat. Il était une fois une fois le suicide immédiat ou alors s’étirant un peu plus en langueur. Un phénomène qui lui aussi explosait chez les jeunes, encore les policiers, les agriculteurs, et aussi ces compétiteurs forcenés d’habitants du Pays du Soleil Levant… Chez les uns c’était le cyber harcèlement, chez d’autres la pression du travail inutile, chez les troisièmes travailler de l’aube à l’aube pour pas un penny et chez les derniers un poste vacant pour deux mille postulants. Dieu est Amour, ils n’y croyaient plus. Il était une fois une fois un poste vacant pour cinq mille postulants. Ce qui en laissait donc 4999 sur le carreau, n’ayant que leurs napperons à carreaux sushi pour pleurer. Tandis que des chansonniers bien intentionnés leur répétaient pour les consoler Te plains pas t’es gâté, t’es né du bon côté, il te restera bien assez. Assez de quoi ? De topinambours, de rutabagas, de ratafia…Les baleiniers ayant quasiment disparu, ne restait qu’à embaucher chez les yakuzas ou la mafia. Là les places se gagnaient à coups de sabre ou de révolver. Cela nécessitait quelques aptitudes. Notamment avoir vu les films du Fuji-Yama ou de Scorcese nombre de fois, même si c’était toujours le même film. C’était ça le problème, toujours le même film. La vie des gens était toujours le même film. C’était désespérant. Ennui et embrouillaminis peuplaient leurs vies. C’est la raison pour laquelle ils se grattaient la tête pour passer le temps et se désennuyer. Toujours le même film : les gens glandaient, glandouillaient, se demandant ce qu’ils faisaient là, incapables de s’intéresser à la moindre activité hormis pour quelques exceptions, quelques zéveillés s’adonnant à la pêche à la truite ou la peinture à l’acrylique, bien que cette dernière eut ses détracteurs : Les sardines à l’huile c’est bien difficile mais c’est bien plus beau que les maquereaux à l’eau, scandaient ceux-là en boucle.

Oui, ces quelques zéveillés privilégiés s’adonnant encore à une activité avaient bien compris le message céleste : vous êtes là pour aimer et last but not least être aimé. Aussi aimaient-ils les truites arc-en-ciel qu’ils attrapaient et remettaient ensuite dans l’eau de la rivière où elles replongeaient leur route en aimant très fort ces pêcheurs humanistes avec lesquels elles avaient passé un très bon moment de sport et de rigolade ou encore les croutes qu’ils peignaient et ensuite brûlaient dans un grand brasement d’allégresse en se rinçant le gosier à l’orangeade industrielle. Oui, la réponse n’était pas dans la dernière truite attrapée ou l’ultime croute calcinée mais dans la prochaine à réaliser. C’est de la sorte que l’on avançait. La réponse, l’objectif étaient le chemin, pas la destination finale, mais cela, peu l’avaient compris. Aussi restaient-ils bloqués sur ce Il était une fois une fois. Certains rares audacieux, des zéveillés bien sûr, tentaient bien le Il était une fois une foire mais les zendormis avaient tôt fait de les rappeler à l’ordre : on est là pour s’emmerder, pas pour baguenauder. Eh oui, le plus surprenant était que, exceptés ces extrémistes de foire, les gens acceptaient de s’emmerder et se sur-emmerder sans tenter d’ouvrir une quelconque brèche, une quelconque autre voie. Assis sur le bord de la route, regardant les vaches paître, ils restaient plantés là toute la sainte journée, sans penser à rien. Qu’est-c’ que ça peut bien faire, que j’aille au sud ou au nord, avec cette chaîne à mes pieds, chaque fois que j’ bouge elle me mord.

En effet, dans ces conditions on les comprenait ces zendormis. Mais qui leur avait accroché cette chaîne, à part eux-mêmes. Ou plutôt ils s’étaient laissé faire par les grands manitous de la société utilisant à outrance le misérable pouvoir d’achat rapporté à l’outrageante publicité. Oui, peu restaient qui savaient encore qu’existait le mot libre-arbitre. Ça, ils connaissaient pour sûr les arbitres de foufoutte-baballe que les grands manitous fournissaient à tout-va mais l’autre là, ce libre-arbitre, jamais entendu parler. Pour les zéveillés, c’était un spectacle désespérant mais ils pouvaient néanmoins se féliciter d’avoir eux-mêmes échappés à la propagande générale. Eux avaient des Il était une fois à raconter mais à qui, les zautorités faisant en sorte que chaque zéveillé reste isolé de tout autre zéveillé. A quoi servait-il donc maintenant d’exister ? Oui, naître ou ne pas naître, telle était maintenant en ce monde la question.  

 

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Ancolies

28-04-2024

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Le grand sommeil (toujours le même film) appartient au recueil Nouvelles du monde

 

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