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Le club de foot, Fiston et moi - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Le club de foot, Fiston et moi" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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Le club de foot, Fiston et moi

 

Il était un club de foot, un important club de foot, le célèbre Balma Sporting Club, poussins, benjamins, cadets etc… où Fiston a évolué de ses 7 à 13 ou 14 ans. « Les résultats on s’en fout, ce qui nous importe c’est le plaisir et les progrès des enfants », telle était la position officielle. La réalité était toute autre : la gagne la gagne la gagne ! A tout prix la gagne ! Si vous croyez, béotiens que vous seriez, que l’on est dans un club de foot pour tout simplement jouer au ballon rond et un peu s’amuser, vous seriez effarés par la réalité. On ne rêve que résultats, reconnaissance et gloire dans un endroit tel que celui-là. Les cotisations annuelles étaient exorbitantes, le club possédant une modeste équipe régionale et tout l’argent des petits était destiné à promouvoir cette foutue équipe. Les jours où elle jouait un match officiel à domicile, les gradins emplis de supporters balmanais hurlaient, trépignaient, tapaient des pieds et l’arbitre, désigné par la Fédération, jouait lui sa peau à chaque match.

De ses 7 à 11 ans, j’accompagnai Fiston aux 2 entraînements hebdomadaires de son équipe ainsi qu’aux tournois ou championnats des week-ends. La plupart des parents se contentaient de déposer puis venir rechercher leurs rejetons au club tandis que nous étions un groupe de 4 ou 5 adultes qui restions aux entrainements, voiturions les enfants les week-ends dans les lieux où se déroulaient ces tournois ou championnats et passions les 2 jours avec eux. Ma présence permanente me fit même nommer dirigeant de ce club alors que je n’y connaissais rien. De ce fait ils m’ont même de leur poche payé une licence chaque année.  

J’ai dit que l’on n’était pas là pour rigoler. Si, lors des dîners régulièrement organisés au club-house, dîners réunissant le président, les officiels et les dirigeants, une vingtaine voire une bonne trentaine de personnes en comptant les femmes qui accompagnaient leurs importants époux lors de ces cérémoniales retrouvailles. Tout le monde se bourrait plus ou moins la gueule et systématiquement le diner se soldait par une grande bataille d’eau. Cela commençait par un verre jeté à la figure de l’un, qui répliquait de même, puis nous passions à la carafe avant que d’en venir aux choses sérieuses, casseroles et baquets qu’on remplissait à la cuisine et déversions sur nos adversaires dans la grande salle, laquelle se transformait à la vitesse du torrent dévalant la montagne en véritable piscine.

Parfois hystérisées, les épouses étaient de la folle fête tandis que moi le rabat-joie ne participai pas à ces jeux d’enfants. Un soir tard, alors que la bagarre battait son plein et que j’étais écarté de quelques mètres du lieu des hostilités et discutais le dos tourné au pugilat avec un autre gars, je reçois soudain le contenu d’un plein baquet dans mon dit dos. Je me retourne et vois au centre de la pièce mon bon pote Pascal me regardant hilare après sa bonne blague. J’avais un verre de vin à la main, ni une ni deux je le lui balance. Résultat : en une nanoseconde le grand blanc. Le silence qui tombe subitement et brutalement comme un rideau de plomb sur la salle tandis que l’ensemble des participants s’immobilise en pleins mouvements. Trois secondes plus tard l’un articule péniblement « Non… pas le vin… quand même ! », alors que Pascal, sa chemise trempé d’un rouge sombre, semble sur le point d’éclater en sanglots. Bande de mauvais joueurs, ai-je simplement pensé, vous voulez jouer, ok je joue. D’un simple geste j’avais mis fin aux folles réjouissances et la fête était ainsi brutalement terminée. C’était le temps des serpillières pour éponger les dégâts.  Quant à Pascal il a filé aussitôt. La soirée s’est achevée par des conversations individuelles ou en petits groupes dehors, dans la douce nuit de printemps. Les âmes bien élevées pourraient penser que je me sois à mon tour barré ou alors que j’ai passé le reste de cette amusante soirée à me glisser de groupe en groupe pour me justifier. Non. J’ai simplement demandé le téléphone de Pascal à quelqu’un pour l’appeler le lendemain et lui offrir le teinturier pour remettre sa chemise à neuf et j’ai discutaillé encore une heure de choses et d’autres avec les uns et les autres.

Une autre fois, bien chaud après l’apéro au jaune et le diner au rouge, j’ai ensuite avalé un plein verre de pur whisky. Puis, sortant mon harmonica de ma poche, je suis monté sur la table où j’ai fait le show en chantant et dansant le woogie-boogie-blues durant une heure. Le lendemain après-midi, arrivant au club, j’ai vu tous ces groupes de 4 ou 5 personnes qui regardaient estomaquées ma performance de la veille qui avait naturellement été filmée par 20 téléphones bien intentionnés. Je ne me suis pas intéressé à la question.

Encore une autre fois, nous étions en Espagne avec les petits qui y disputaient un championnat. On nous avait prêté une maison avec piscine et nous avions dressé nos tentes dans le grand jardin. Le samedi vers 18 heures, les matchs du jour étaient terminés et nous avons rejoint notre camp de base. Les enfants et quelques adultes ont profité de la piscine. Quant à moi, j’étais sur la terrasse, occupé à aider  à préparer l’apéro et le diner quand soudain je reçois une grande giclée d’eau - encore - dans le dos. Je me retourne, c’était - encore - Pascal debout dans la piscine qui me dit une nouvelle fois hilare « Ça ne te rappelle rien ? ». Sans réfléchir, je vide mes poches sur la table, téléphone, clés, cigarettes, m’approche de la piscine, lève la tête, contemple le ciel bleu accueillant avant que de plonger, naturellement tout habillé. Lorsque j’ai ressurgi ma tête de l’eau, à voir les sourires jusqu’aux oreilles sur les figures des enfants comme des parents, je n‘aurais rien pu inventer qui leur fasse plus plaisir. Répétée et répétée, cette anecdote est passée dans les (petites) annales du (grand) club, comme une chose exceptionnelle tandis qu’à mes yeux elle ne relève que de l’ordre du tout-à-fait anodin et banal.

Quand Fiston a eu 11 ans, j’ai décidé de le laisser prendre son autonomie, qu’il s’endurcisse un peu, le privant de la protection permanente de son cher papa. Je le lui ai annoncé lors d’un déjeuner, en même temps que je l’affranchissais sur les dangers de la pédophilie, sujet que malheureusement pour moi je ne connaissais que trop bien. Fiston était beau comme un ange et de surcroît je trouvais qu’un entraîneur chelou officiait au club. Je lui ai donc expliqué qu’il existait des adultes pervers et que personne, absolument personne, n’avait le droit de le toucher. « Ce que tu me dis me dégoûte, m’a-t’il répondu repoussant son assiette. C’est mon rôle de père de t’apprendre ces choses, si désagréables soient-elles ». A ma connaissance, qui est complète, il est passé entre les gouttes et n’a jamais eu que ce soit dans ce club de foot ou plus tard à son adolescence des problèmes de ce type. Si cela lui était arrivé, je n’aurais pas réagi comme mon propre père l’a fait à mon endroit, me considérer comme coupable de ce qui m’était arrivé. Non, j’aurais été foutre par terre toutes les étagères et plus encore chez le gars en question et j’aurais graffité à la bombe sur le devant de sa maison ou son immeuble « Ici habite un gros salopard de pédophile », l’obligeant à déménager et partir commettre ses forfaits dans une autre commune loin d’ici. C’est d’ailleurs ce que de mon temps j’ai fait quelques années après les actes vis-à-vis d’un de mes tortionnaires, le faisant virer de son boulot et l’obligeant à déménager précipitamment de chez lui après lui avoir téléphoné et prévenu J’arrive.

Enfin, ces souvenirs de ballon rond avec Fiston font partie de mon album cérébral et émotionnel de photos et sont tout simplement merveilleux. D’ailleurs, tout-à-fait indépendamment de ce club, j’avais en permanence un ballon dans le coffre de ma voiture et aussitôt que je le sortais en un lieu ou un autre pour nous détendre de quelques passes, foule de gamins rappliquait et j’organisais les équipes, me réservant vus mon grand âge et mon pied cassé le rôle de gardien de but, rôle dans lequel j’éclatais d’incapacité. Cependant mes piètres performances, l’important était que Fiston était aux anges.

 

 

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Ancolies

02-03-2025

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Le club de foot, Fiston et moi appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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