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La Trifouillade - Histoire

Histoire "La Trifouillade" est une histoire détente mise en ligne par "Guy Favregros"..

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La Trifouillade.

 

La France a peur !

Mesdames et Messieurs, aujourd'hui tout va mal et ce qui devait arriver, arriva : la guerre ! Et, en toute logique, quand une guerre éclate, la paix vole en éclats.

 

Celui qui se présente devant vous a été réquisitionné, car réserviste, et a dû se rendre manu militari – pour ne pas dire pede militari, sans connotation sexuelle, aucune – devant le sergent recruteur sans tambour ni trompette. Eh oui ! Fini le temps où l’on se faisait trucider couvert d'oriflammes dans la gaieté, la joie et la bonne humeur sous un air de Wagner. Maintenant tout est kaki et gris. C'est triste à mourir, même dans l’armée qui est la mieux placée pour cela, en vérité.

Donc, à ce sergent, je lui demandai si je pouvais faire valoir mon droit de réserve puisqu’après tout je ne suis que réserviste. Ce à quoi il me répondit très familièrement quelque chose comme :

– Tu te prends pour qui, toi le planqué ?

– Moi, planqué ? J'ai travaillé assidûment des années durant, dans les usines Moulinette. Vous connaissez peut-être ?

– Ch'te demande pas de me raconter ta vie de gros naze dans le civil. Et là, tu te crois où ? Hein ? En colonie de vacances ! Et puis, dans quelle arme étais-tu autrefois pendant ton service militaire ?

Il a raison de préciser autrefois car ce temps lointain que je croyais révolu me revenait de plein fouet dans la gueule à présent. Mais lui visiblement n’en avait cure de ma longue parenthèse dans le civil.

– Dans la marine !

– Et quel était ta spécialité ?

– Le canon.

– Sur un croiseur ?

– Non, au bar avec les autres marins pendant les escales.

– Ha ! Je vois que j'ai affaire à un rigolo ! Tu feras moins le malin au front !

– Au front ? Mais, que vais-je faire au front ?

– Je te laisse deviner, soldat.

– Euh... être mis en réserve ?

– Non ! Je t’ai réservé un traitement de faveur… Tu vas voir l’ennemi de près, de très près même. Tu vas au contact !

– Hou-là ! Je n'ai jamais fait ça, moi ! Et d’abord, comment vais-je reconnaître l'ennemi ?

– Pas compliqué : l’ennemi est en face.

– Oui, mais dans la confusion ?

– Tu devrais savoir que nous, nous sommes les bons et eux les méchants.

– Donc, je dois demander à mon vis-à-vis s'il est gentil ou méchant pour ensuite savoir si je dois lui tirer dessus ?

– Oui, mais attention ! L'ennemi est fourbe et vicieux ; il peut te faire croire qu'il est gentil.

– Ça ne va pas me faciliter la tâche... Y a-t-il un autre signe distinctif, un moyen infaillible ?

– L'ennemi n'est pas comme nous ; il agit et pense différemment.

– Ah, alors je dois lui poser des questions.

– Exact !

– Par exemple s'il mange de la Trifouillade...

– De la quoi ?

– De la Trifouillade. Tout le monde connaît et en mange dans ma région. Vous ne connaissez pas ?

– Ce n'est pas le genre de question qu'il faut poser.

– Ben quoi alors ?

– Ses papiers !

– Et il va me les donner ?

– Il doit obtempérer. S'il ne le fait pas, tu tires !

– Bon, ben c'est finalement très simple la guerre. Ça commence quand ?

– Mais je vais te me l'envoyer au front moi, fissa fissa !

 

Bon, je vous passe les détails des premiers jours d'incorporation. Un beau jour – façon de parler bien sûr, car beau n'est pas le qualificatif idéal dans ce genre de situation – un beau jour donc, je me suis retrouvé au front avec un binôme. Eh oui, on nous met par deux pour se surveiller mutuellement ou de peur de l’isolement ou de la tentation de décamper, au choix. Me voilà donc affublé d’un binôme qui, le pauvre, n’a certainement pas inventé l’eau tiède. Je ne sais même pas à quand remonte la dernière fois qu’il a vu de l’eau tout bêtement. Il émanait de lui certaines odeurs corporelles qui n’avaient rien de très Séphora. Tous les deux étions en première ligne à scruter l’horizon. Et tout d’un coup, v’la t-y pas – excusez mon langage qui s’est calqué sur le milieu ambiant –, v’la t-y pas donc, que nous tombons nez à nez sur Walter, mon pote Erasmus, avec qui j’ai fait les quatre cents coups à Bologne, à se mettre en quatre pour séduire Maria, la jeune et fougueuse italienne au sang de braise, plus goûteux que la sauce bolognaise. Mon binôme : « c’est moi qui l’ai vu le premier. Je le dégomme ! ».

– Eh ! Stop, Machin ! Ne vois-tu pas que c’est Walter ; ce n’est pas un ennemi !

– Walter ou pas, il est en face de nous !

J’ai dû batailler ferme pour éviter un drame. Ce qui, en temps de guerre, est un exploit.

Walter ne peut pas être un ennemi puisqu’il connaît la Trifouillade. Il en a mangé une fois chez moi et même que son estomac fort peu adapté à nos traditions culinaires doit s’en souvenir encore.

Son régime alimentaire trop pasteurisé et hypocalorique ne l’avait pas préparé à ce genre d’épreuve. Mes amis l’ont surnommé Walter Closet en rapport au lieu exigu où il dut séjourner un bon moment.

– Walter ! Que fais-tu ici ? (La question était con mais je n’ai pas pu m’empêcher de la poser.)

– La même chose que toi, je présume.

– Tu n’as pas de binôme, toi ? dis-je en donnant un petit coup de tête en direction de Machin-Chose.

– Ben, il n’a plus bonne mine depuis qu’il a sauté sur l’une des vôtres.

– Ah ! Je reconnais bien là ton sens de l’humour de quand on faisait des concours de pet, de contrepet et autres jeux subtils d’étudiant.

Tout d’un coup, une voix connue s’élève non loin de la ligne d’horizon.

– Hé ! Vous deux ! Qu’est-ce que vous faites ? Pourquoi ne tirez-vous pas sur l’ennemi ?

C’était la voix du Sergent.

– C’est Walter !

– Rien à foutre !

Le sergent épaula son arme.

– Nooonnnn !

Le sergent visa Walter et tira…

 

Là, je dois faire une petite parenthèse. Vous vous rappelez que je travaillais dans les usines Moulinette. L’ambiance était correcte voire même cordiale jusqu’au jour où la direction voulut augmenter la cadence. Graphiques à l'appui on nous soutenait que la production pouvait croître de 50 %. Bref, on nous signifiait qu'on bullait, quoi. Mes collègues et moi avions essayé de suivre le rythme imposé sans réellement y parvenir. Nous avions fait tout notre possible mais, malheureusement, nous ne pouvions absolument pas maintenir cette monstrueuse cadence. Le mieux était de faire comme si de rien n'était car nos contremaîtres faisaient la sourde oreille. La conséquence de tout ça est qu’il y avait de temps en temps quelques défaillances dans la chaîne et des défauts dans notre production. Nous ne pouvions absolument pas l'éviter ! Et, en ce temps-là, dans les usines Moulinette, il se trouvait qu’on fabriquait… des fusils ! Exactement le modèle que le sergent avait entre ses mains. Et lui, qui n’avait rien à battre de ma précédente expérience, eût été mieux avisé s'il eut été plus curieux.

 

Le sergent tira ! Son fusil lui explosa dans la tronche.

– Tu crois qu’il est mort ? Me dit Trucmuche.

– Ben, il vaudrait mieux pour lui.

– Dans le doute, je l’achève ?

– Je sais bien qu’il ne connaît pas la Trifouillade, mais tout de même ce n’est pas une raison suffisante !

– Qu’attendez-vous pour tirer ? Lança le sergent dans un sursaut.

– Le doute est levé. Dis-je à Bidule. Tu as ma bénédiction.

Il s'approcha du sergent puis tira. Il eut plus de chance que le sergent qui lui du coup en avait deux fois moins puisque l’arme pointée sur lui fonctionna cette fois dans le bon sens. Vous me suivez ?

Débarrassé du sergent, il ne me restait plus qu’à trouver une ruse pour nous défaire de Machin. Walter et moi n’avions pas du tout l’intention de finir en cible d’un stand de tir sans limite. À peine nous sommes nous posé la question, qu’un obus vînt solutionner notre problème en explosant pile poil sur celui qui fut mon binôme et... le sergent. La malchance s’est vraiment acharnée sur ce dernier. A part sa voix tonitruante qui résonnait encore dans ma tête, il était écrit que rien ne devait subsister du sergent si présent auparavant par sa promptitude à hurler des ordres et des quolibets.

– Est-ce que tu m'accompagnes ? Me demanda Walter.

– Où vas-tu ?

– Je pars déserter. Je vais rejoindre Maria. Elle m'attend dans le désert. C'est le meilleur endroit pour déserter, non ?

– Non. Désolé. Un ménage à trois comme dans « Jules et Jim ». Très peu pour moi. En plus ça finit mal. Non, je vais construire des usines.

– Des usines ? Pour faire quoi ?

– Des usines pour produire de la Trifouillade. Le monde entier enfin mangera de la Trifouillade et ce sera la paix universelle grâce à ma recette ancestrale.

 

Voici donc mon histoire, Mesdames et Messieurs. Exactement telle que je vous l'ai racontée.

Pour deux boîtes achetées la troisième vous est offerte.

 

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Blog

Guy Favregros

03-10-2017

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La Trifouillade appartient au recueil La Trifouillade

 

Histoire terminée ! Merci à Guy Favregros.

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