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La craquette qui n'avait pas de ... - Tranche de Vie

Tranche de Vie "La craquette qui n'avait pas de prénom" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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La craquette qui n'avait pas de prénom

 

Je ne suis hélas pas un troubadour très courtois, voyez un peu crénom de non : je ne me souviens même pas de son prénom. C’était une craquante craquette. Vous ne savez ce qu’est une craquette ? Une très jolie jeune femme qui cherche à mettre le grappin sur un papa gâteau, un homme fortuné pour se maquer avec lui. Pour être toute sa vie à l’abri. Ces hommes sont en général largement plus âgés qu’elles mais qu’à cela ne tienne. J’en ai vu dans la pub des supers nénettes, jeunes, très belles, intelligentes, se vendre à des patrons d’agence. Par mesure de sécurité, ils leur demandaient de les épouser (deuxième ou troisième mariage en ce qui les concernait) et exigeaient qu’elles flanquent au panier toutes les relations qu’elles avaient avec leurs copains de leurs âges. Je les ai revues ces intelligentes craquettes 20 ou 30 ans plus tard, non elles ne semblaient pas, elles n’étaient pas heureuses. Elles étaient aux ordres : Roselyne, marché ; Roselyne, déjeuner ; Roselyne, sieste ; Roselyne, tennis ; Roselyne, piscine… Oui Bernard répondaient-elles l’air pas spécialement enchanté et même la voix plutôt sèche et dure. A l’âge que j’avais, vendre sa vie comme cela, je ne le comprenais pas. D’ailleurs je ne comprenais pas qu’on s’oublie voire qu’on se dénie pour de l’argent. Non, âgé ce n’était pas mon cas avec ma craquante craquette. Oui j’étais très jeune, et nullement aussi friqué que ces richissimes gentilshommes du business précités mais je gagnais quand même un max de blé en faisant valoir les talents créatifs dont les elfes irlandais m’avaient dotés à la naissance dans cet infâme cirque nauséabond qu’était et qu’est toujours la pub. J’ai des excuses, j’étais donc très jeune, je ne savais rien, et il m’aura fallu 10 ans pour comprendre la merde en barre qu’était ce métier et en claquer la porte pour ensuite tailler la route sur les chemins du rock’n’roll. Elle, celle dont j’ai oublié le prénom, je l’avais repérée dans un magasin de gadgets et autres chichis sis tout près de l’agence où j’officiais alors. Fasciné par sa beauté, j’étais rentré et nous avions plaisanté sur la taille du boxer que j’allais lui acheter. Je l’avais joué moi, c’est-à-dire mi Dutronc mi Souchon plutôt qu’Aldo Maccione ou Rocco Siffredi. L’aventure avait ainsi débuté. Il était d’emblée clair que je n’étais qu’un passager dans son parcours de vie, et elle une mini expérience amusante dans le mien. Cette fille ne pouvait pas passer devant un miroir ou un reflet de vitrine sans s’arrêter quelques secondes s’y mirer. Elle avait une adorable petite fille de 5 ou 6 ans, dont elle ne s’occupait que très peu, toute monopolisée à s’occuper d’elle-même. Je me souviens par contre du prénom de la bambine : Sarah. Père inconnu. Mère la craquette m’emmenait aux Puces pour m’acheter des jeans complétement troués, je faisais la moue, Quoi ! Tu ne veux pas que je t’habille ? Bof ! Un jour c’est moi qui l’ai emmené en vacances en Israël, à Eilat, station balnéaire au sud du pays. Déjà à l’arrivée à Tel-Aviv où nous avons dormis la première nuit, elle m’a désagréablement surpris en changeant les draps du lit de notre chambre d’hôtel pour les remplacer par une paire qu’elle avait elle-même apportée. Tout va bien, la confiance règne avec les pays du Proche-Orient me suis-je dit. Puis, dans la voiture de location que j’avais réservée, nous avons rejoint Eilat. Mes souvenirs sont un peu flous mais, pour une raison oubliée, elle a frénétiquement voulu changer d’hôtel pourtant bien étoilé également réservé. Elle a fait une vraie crise. J’ai refusé. Premier éclat. Après ça a été la grande lune de miel : elle passait toutes ses journées, le matin au bord de la piscine, l’après-midi à la plage, à se faire bronzer, tandis que moi au volant de la caisse j’explorais le désert, la Mer Morte, le Sinaï (égyptien à cette période et toujours aujourd’hui si je suis à l’heure) etc... Nous nous retrouvions pour dîner le soir dans un chicos resto ou un autre. Une fois un établissement prétendument français. La carte était bourrée de fautes d’orthographe. J’ai commandé des crevettes en sauce, je n’ai eu que la sauce. A l’instant de l’addition je l’ai dit au patron et suis parti nanti d’un sachet de crevettes. Une poire pour la soif on va dire. A elle je demandais ce à quoi elle pensait en se faisant dorer la pilule toute la sainte journée, sans se baigner, sans même un zagazine (parlons pas d’un bouquin). A rien. Ça me fascinait. J’aurais peut-être dû en prendre de la graine, moi le tourmenté. Il fallait également que je lui fasse la morale : « Respecte un peu les gens d’ici, ils n’ont pas la même culture que nous ». Il faut dire que ses maillots de bain n’étaient pas tout-à-fait des strings mais pas loin. J’ai également découvert à Eilat qu’elle était nymphomane. Ça je ne pouvais pas assurer. Un véritable séjour de communication et partage donc, oui la vraie lune de miel. Mais elle a repris du poil de la bête lors du voyage retour. Nous étions clairement le couple star de l’avion, jeunes, beaux, bronzés. Ça ça l’a super branché et de retour le matin à Paris, elle s’est pointée le soir même chez moi, dans mon coquet appart de bois lambrissé avec jardin en face du Bois de Boulogne, pointée avec une valise. Une valise ! Me squatter ? Pas question Léon. Eh oh, on n’a pas dû échanger 4 mots pendant le voyage, pas question que tu t‘installes ici. Elle l’a très mal pris, ça a duré des plombes, elle ne voulait pas partir. Je me suis maudit d’avoir dérogé à ma douteuse règle de n’avoir des aventures qu’avec des femmes mariées (souvent des femmes de mes patrons d’ailleurs) pour éviter ce genre de désagréments. Donc elle a discutaillé, discutaillé, tempêté sans succès. A bout d’arguments, elle m’a finalement sorti : Très bien, rends-moi ma chemise ! Elle m’avait en effet offert une jolie chemise verte foncée. Impossible, elle est avec mon linge sale chez la gardienne de l’immeuble, une très brave femme qui me faisait ménage et linge. Je n’en avais rien à foutre de la lui rendre sa chemise mais réveiller cette brave dame et son valeureux époux à 3 heures du mat, évidemment non. Mais elle ne voulait toujours pas décoller. Aussi, moi aussi au bout du bout d’arguments, j’ai pas trouvé d’autres solutions qu’être brutal : « Tu vois les étagères dans ton magasin ; je rentre, je les prends par les montants une par une et vlan. Et tu sais où va à l’école ta chère petite Sarah, eh bien moi-aussi ». Bref, à mon grand déplaisir je l’ai méchamment achevée et ne l’ai jamais revue qu’à travers la vitrine de sa boutique. Mais je ne suis qu’un sale ingrat, ne même pas me souvenir de son prénom, quand même. Ça la fout mal pour un humaniste. La tête sur le billot, je dirais Béatrice, mais la tête sur le billot j’inventerais sans doute n’importe quoi. Non, en fait, à l’instant de la guillotine je crois que je respecterais mon cher ami le silence. Je n’ai jamais eu d’autres aventures avec des craquettes, d’autant qu’en passant au rock’n’roll, je suis également passé à la galère et à la dèche. Et, si vous vous le demandez (bien entendu que non), pub ou rock’n’roll, je n’ai jamais eu besoin d’antisèches. J’ai tout inventé moi-même et j’ai souvent été un précurseur maintes fois copié (faire d’un nom commun un verbe, rajouter des syllabes à un mot ou encore en multiplier les consonnes ou les voyelles, décliner un jingle de 30 secondes en 45 tours de 3 minutes 30 et faire un tube, me faire piquer par Zazie un titre de chanson - Homme sweet homme…). Question résultats, j’ai remporté des tas de trophées publicitaires mais jamais un prix musical. Sans aucun conteste j’eus préféré l’inverse. Eh ouais, comme celle de bien des copains, ma vie est mal faite. Mais au moins j’ai bien fini. Pas dans la basse propagande mais dans la dignité, et même allons-y carrément la fierté. Les prix G20, qui dit moins ? A moins que vous ne préférassiez le non moins percutant Les prix G20 ! Mmmhhh…. J’ai déjà faim ! Allez salut Béat ou quel que soit ton nom. A c’ tte heure, t’as dû perdre tous tes beau pétales. Eh ouais, comme les copines on se fane tous. A la tienne, à Eilat, aux crevettes, à tes strings et à nos souvenirs !   

 

 

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Ancolies

07-03-2024

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La craquette qui n'avait pas de prénom appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

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