"L’étrange destinée du nommé Paul Naref" est un texte mis en ligne par
"Ancolies"..
|
|
|
|
|
|
L’étrange destinée de Paul Naref
Il s’appelait Paul. Paul Naref. Paul aurait préféré Michel mais on ne choisit pourtant ni son prénom ni son nom n’est-ce pas ! Ni sa famille ni de naître à Marseille ou Manille bien que certains adeptes du wokisme prétendent le contraire. Oui, Michel Dépêchetoit par exemple aurait mieux sonné à l’oreille de Paul. Bref c’était un petit coiffeur de province et sa vie manquait singulièrement de relief entre permanentes et brushings. Cependant il adorait son métier, tout singulier que cela puisse sembler. Il avait découvert sa vocation très tôt, frisant et défrisant à loisir les cheveux dorés de sa petite sœur Amélie alors qu’il n’était pas plus haut que trois pommes. Paul Pouce le surnommait ses parents aimants lorsqu’il n’était encore qu’un gamin et continuaient de le faire maintenant qu’il était adulte et exerçait une profession. Hélas son métier imposait qu’il reste debout toute la sainte journée pour biquer et rebiquer les mèches des plus ou moins vieilles pimbêches. S’ensuivit qu’il attrapa assez jeune un épouvantable mal de dos et qu’il lui devint presqu’impossible de continuer à pratiquer sa profession. Lors il fit appel à une jolie kiné nommée Chloé qui lui fit travailler ses muscles dorsaux avec des résultats mieux que satisfaisants qui lui permettèrent de poursuivre son activité de façon à peu près normale. Il ne gagnait guère bien sa vie mais n’avait pas à se plaindre, ayant suffisamment pour se loger, se vêtir et se nourrir. Humaniste dans l’âme et profondément croyant, il en remerciait le Seigneur chaque jour que ce dernier faisait. Un de ces jours justement il commit une horrible erreur, utilisant par inattention une teinture orange pour l’une de ses habituées qui lui avait réclamé du bleu pâle comme à l’accoutumée. La cliente déclencha alors un véritable scandale et la réputation de Paul se vit en quelques brèves heures grillée comme une vulgaire merguez brûlée sur un barbecue oublié et il se vit contraint de fermer son salon dans lequel plus personne dans cette ville de taille moyenne n’avait désormais plus confiance. Ses maigres économies se virent réduites en cendres en à peine quelques semaines et il se vit obligé de se reconvertir dans l’immobilier, employé d’une grosse agence ayant thé aux pigeons sur rue. L’opportunité d’intégrer cette agence lui parût dans un premier temps un signe divin mais ses sentiments les plus profonds criaient à l’injustice. Fermer son salon chéri pour une première et maladroite erreur, et de surcroit s’adonner à un métier qu’il n’aimait pas, cela le rendit rancunier. Et pour également la première fois de sa vie il se mit à douter. De la bienveillance du Très-Haut. Allons, ce qui ne te tue pas te rend plus fort, lui glissaient à l’oreille les rares amis qui avaient accepté de le rester. La rancœur prit alors le pardessus, il envoya Dieu au diable et commença à s’encanailler. Il surcotait les logements à la vente et trichait sur ses commissions. L’argent sale commença à affluer sur son compte en banque et il se prit d’angoisse d’un toujours possible contrôle fiscal. Il affina alors sa technique et se fit verser des pots de vin en liquide pour attribuer un appartement à tel particulier plutôt qu’à un autre qui offrait pourtant les mêmes garanties et avait réservé le logement le premier. Le Très-Haut se vit profondément navré de ce changement radical tandis que son rival que dans Sa bonté et par souci d’équité Il avait Lui-même créé, le Prince des Ténèbres, se frottait ses mains toujours moites. Paul avait dorénavant perdu toute retenue et se permettait tout. Il fréquentait désormais l’une des deux boîtes de nuit de la bourgade et se gargarisait de cocktails alcoolisés et de jeunes et jolies femmes attirées par son pécule toujours croissant. Le nez dans ses verres aux liqueurs ocres ou vertes ou ses yeux plongés dans le décolleté de ces dames, il ne s’intéressait guère à la musique diffusée et ne dansait jamais. Pourtant un jour un étrange phénomène se produisit. Un morceau à la fois disco et sirupeux passât sur les platines et ce dit morceau le troubla infiniment. Il alla voir le programmateur et se renseigna sur ce qu’était ce titre et se précipita pour acheter le disque qu’il écouta en boucle. Il se rendit alors à l’évidence : à sa propre surprise, il aimait profondément la musique et en devinait par instinct les secrets, les arcanes. Il était doué, c’était indéniable et il se mit à composer en sifflotant dans un premier temps des mélodies qu’il enregistrait sur son smartphone. Il sifflotait, sifflotait spontanément et les jolies mélodies sans efforts s’enchaînaient. Enchanté de cette découverte qui bouleversait son existence, il décida de passer au stade supérieur et se procura un synthétiseur. Enhardi par ce nouvel enthousiasme, il affina et enregistra les airs de son cru. Là encore c’était indéniable, c’était vraiment très agréable à l’oreille. Il s’enhardit encore, se livrât à des recherches sur le net et commença à prospecter et proposer à des éditeurs de musique ses compositions. Et là, bingo, les éditeurs dirent banco et l’orientèrent vers des paroliers connus. Ainsi naquirent nombre de chansons auxquelles il fallait bien maintenant trouver des interprètes. Paul Naref fit alors des maquettes en exécutant lui-même des voix témoins. Mais vous allez chanter vous-même, dirent alors les éditeurs. Moi chanter ? s’exclama-t’il, mais je suis agent immobilier. Tarartata, rétorquèrent ses interlocuteurs qui voyaient cash et loin, vous allez chanter vos compositions. Etreint d’une appréhension qu’il n’avait jamais jusqu’ici ressentie, Paul se retrouva face à un micro en studio, sous l’œil expert de plusieurs professionnels. Repensant alors à ses activités d’escroc, il rassembla alors tout son culot et se mit à brailler de sa voix aigüe de tout son cœur. Excellent, excellent ! s’enthousiasmèrent à leur tour ces professionnels de la profession. Qui décidèrent immédiatement de produire un disque, lequel fut mis sur le marché quelques semaines simplement après son enregistrement. Succès ! Un, puis deux, puis trois morceaux commencèrent alors à être diffusés en boucle sur les radios grandes ondes comme sur la bande fm. Et les droits d’auteur commencèrent d’affluer. Paul Naref largua alors l’immobilier dont les bénéfices désormais lui paraissaient bien maigres et dérisoires relativement à sa nouvelle profession de compositeur-chanteur. C’était un peu compter sans les impôts s’élevant scandaleusement à pas moins de 80% mais Paul vit cependant son magot grimper de façon exponentielle, d’autant que ses chansons étaient diffusées maintenant dans plusieurs pays européens. Grâce à quelques affiches de promotion bien senties, sa notoriété s’accrût et il attira encore plus de monde vers lui, ses tubes devenant planétaires. Il songea alors que pour conserver son niveau oral et ses cordes vocales, il fallait rester à niveau physiquement et se mit à pratiquer le culturisme de façon appuyée. Désormais propriétaire de deux villas l’une en région parisienne, l’autre sur la côte d’Azur, et même d’un chalet à Avoriaz, Paul vivait sur un large et cotonneux nuage doré, enchanté de sa musculature qui n’avait aujourd’hui plus rien à envier à sa musicalité. Béni des dieux, je suis béni des dieux, se disait-il ravi, oubliant par là-même toutes les mauvaises actions et les malversations qu’il avait dans sa vie commises. Devenu monstre sacré, il perdit tout sens de la nuance et commença à s’afficher avec des personnalités troubles - la jeunesse dit chelous - notamment politiques. Et c’est ainsi qu’un jour, alors qu’il se rendait conduit par son chauffeur dans sa luxueuse limousine sur le chemin du Hamas, sur la route surgit tout-à-coup un grand éclair blanc. Aveuglé le chauffeur s’arrêta en une embardée et Paul effrayé tomba maladroitement de la limousine, se retrouvant baigné dans une lumière à la fois dorée et argentée. C’est là que telle une très ancienne bergère à Domrémy - département des Vosges -, il entendit La Voix. Va et repens-toi, disait-elle. Foin des aubades et des salades, repens-toi et reviens-moi. Autant ébahi qu’effaré, notre héros jura d’exécuter fissa tout ce que lui demandait La Voix. Il ordonna à son chauffeur de faire demi-tour pour le ramener illico à la maison où, à peine arrivé, il signa aussi rapidement qu’il le pût chèque sur chèque à des associations caritatives jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus rien, juste les euros nécessaires à l’achat d’une robe de bure et des sandales. Ainsi paré, débarrassé de tous ses biens terrestres, il erra désormais sur les routes prêchant les enseignements de La Voix. Vivez nus ! répétait-il à l’envie aux foules qu’il irrésistiblement attirait. Tout là-haut le Très-Haut à son tour se frotta les mains et décrocha son bigophone pour appeler son vieil ennemi le Prince des Ténèbres. Un zéro, crétin, lui dit-Il. Le Prince des Ténèbres le prît fort mal, furibard de voir qu’un de ses plus doués disciples venait de changer de camp. Pourquoi m’as-Tu créé si c’est pour me trahir ? demanda-t’il à son rival et qu’il le veuille ou non patron. Tel est pris qui croyait prendre, lui fût-il répondu. Ainsi avais-je écrit le destin de ce dénommé Paul Naref que tu as de façon éhontée tenté d’écarter du droit et béni chemin. Si cela ne t’agrée pas, va donc cueillir des nèfles. De toute façon tu n’es bon qu’à ça. C’est ce que nous allons voir lui répondit le Prince des Ténèbres qui s’arrangea alors avec quelques anges corrompus pour que Paul fut soudain atteint de boulimie. Et cela fonctionna. Paul abandonna ses prêches pour s’adonner sans limites aucunes aux grossiers plaisirs de la table et à la goinfrerie. Enfer et putréfaction ! s’exclama le Très-Haut, oui on va voir ce qu’on va voir, la compote de poires ! Pour commencer, terminée la production terrestre de sucreries, fromages et autres charcuteries, et tant pis pour le taux de chômage. Na ! Pris entre ces deux feux, le malheureux Paul ne savait plus à quel sein se vouer ni où il en était. De sculpturalement musclé il était devenu d’abord ascèse puis obèse et voilà qu’il se transformait maintenant en une chose molle et flasque. Lors il se rebiffât : Je suis Paul Naref, que diantre, c’est moi qui en aie tant fait voir à mes fans et mes contemporains. Qui sont-ils ces deux-là, pour qui se prennent-ils à se mêler de la sorte de mon destin ? N’appartiens jamais à personne, a chanté l’un de mes collègues, un certain Nanard Branquevilliers. Je vais m’en remettre, oui, à mes anciens fans. Son retour sur scène fut un véritable triomphe, personne n’ayant rien compris à son parcours mais tous tout heureux de le retrouver, lui et ses mélodies aigues et sucrées. La raison de Paul Naref est toujours la meilleure en conclut l’intéressé. Ni Dieu ni maître autre que soi-même, tels furent ses derniers mots avant que le Très-Haut, furibard à son tour, ne le clouât au pilori de la disparition expresse en plein concert, au beau milieu de son interprétation de son grand tube Lettre à France Gall. C’est pas du jeu protesta son rival. Qui qu’a créé le monde, toi et les humains ? répondit celui à la longue et sage barbe blonde. Je fais ce que je veux de mes ouailles et si cela ne te siéd pas, chante avec Moi tchao bye bye. De sa baguette divine Il fit fondre toutes les galettes existantes du dénommé Paul Naref et celui-ci vit sa mémoire sombrer aux oubliettes. La morale de cette histoire tout-à-fait charismatique est que les anarchistes qui se prennent pour eux-mêmes s’en prennent en fin de compte un bien belle et définitive de beigne. On se rappelle bien du fidèle et intrépide Youri Margarine, on ne connaît que trop bien l’épouvantail Poutine, on boit toujours du chocolat au café Pouchkine, on ne peut oublier de faire rimer Staline, Racine, et j’ai crié Aline, Lénine et Raspoutine mais qui se souvient de Bakounine ? Et, effacé des tablettes, Paul Naref n’est plus rien. Ainsi va sans jamais revenir la Justice divine. |
|
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
L’étrange destinée du nommé Paul Naref
appartient au recueil Nouvelles du monde
Lire/Ecrire Commentaires
|
|
  | |
|
Texte terminé ! Merci à Ancolies. |
|
Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.