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Jeanne Du Barry - Critique de Film, Théatre, série.

Critique de Film, Théatre, série. "Jeanne Du Barry" est une critique de film, Théatre, série mise en ligne par "Paulette Pairoy-Dupré"..

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Jeanne Du Barry

« Jeanne Du Barry » est un film réalisé par Maïwenn, présenté en ouverture du Festival de Cannes 2023 et à l’heure actuelle dans nos salles.

Jeanne Bécu dite Jeanne Gomard de Vaubernier fut la dernière favorite de Louis XV. Née d’une mère volage, couturière de son métier et d’un moine paillard, elle ne pouvait qu’être promise à une carrière de domestique. Elle entra au couvent mais en ressortit tout aussitôt car elle avait pour livre de chevet une littérature érotique.  Apprentie coiffeuse, puis demoiselle de magasin, ambitieuse et vénale, elle tomba rapidement sous l’emprise du Comte du Barry, qui devint son amant et s’enrichit grâce à ses galanteries. Avec le Duc de Richelieu, il décida de la présenter au Roi. Coup de foudre ! Si le Roi ne pouvait se passer d’elle car il avait retrouvé le goût de vivre après la mort de son épouse Marie Leszczynska et de sa maîtresse, Madame de Pompadour, toute la Cour lui était hostile, personne ne voulait d’une fille des rues rebaptisée « la créature » par Marie Antoinette. Jeanne Du Barry méprisait les us et coutumes, ce qui n’était pas sans plaire au Roi, un peu las des courbettes de ses courtisans, véritables pantins en perruques. Elle régna sur le cœur de Louis XV jusqu’à sa mort. Le Roi avait contracté la vérole et elle l’assista jusqu’à ses derniers jours.

 

Après une rapide évocation de l’enfance de Jeanne et de ses frasques libertines, Maïwenn nous emmène à la Cour pour une période de six ans, de 1768 à 1774, période à laquelle elle fut la favorite officielle de Louis XV.

 

N'allez pas chercher là une fresque historique réaliste. Ce n’est pas l’œuvre d’une historienne. Dans ce film point de politique ou si peu, tout se passe en chambre et antichambre. On est dans « Secrets d’alcôves » plutôt que dans « Secrets d’Histoire ». Certes sont évoquées les querelles de Choiseul et du Duc de Richelieu. Il n’est fait que très peu allusion au goût prononcé pour les arts, la volonté de soutenir et protéger les artistes qu’avaient Jeanne, amie de Voltaire. Il semblerait que l’Histoire ait été un peu bousculée, qu’il y ait quelques anachronismes et quelques inexactitudes : Adolphe Du Barry est mort quatre ans après Louis XV ; Zamor, capturé au Bengale et entré au service de la comtesse en tant que page ne fut pas si bien traité qu’on nous le laisse penser ici. Madame Du Barry était une des femmes les mieux habillées de son temps. Elle a fait évoluer la mode, introduit le naturel avec un peu d’extravagance mais toute provocatrice qu’elle fut, ne porta pas le pantalon et il y a peu de chances qu’elle monta à cheval autrement qu’en amazone. Enfin le film se termine avec la mort du Roi, occultant sa retraite à Louveciennes, la trahison de Zamor et son exécution en 1793.

Maïwenn s’est attachée aux amours passionnées des deux protagonistes. Elle présente une fresque sensuelle, en même temps qu’elle fustige la violence d’une époque, une cour divisée en factions ennemies vivant dans l’hypocrisie et le paraître, l’ambition, la malveillance, les moqueries, les commérages et les calomnies. Le personnage de La Borde, premier valet du Roi, chargé de l’éducation de la favorite, met en évidence tous les dangers de la Cour et la nécessité d’en décrypter les codes.

 

Certains ont perçu le film tel un conte de fées, l’ascension d’une pauvrette, mal aimée et délaissée par les siens mais que la nature a doté d’un beau minois et qui devient la favorite du Roi, une aventure pittoresque dans un monde hostile caricaturé en les personnes de Mesdames les filles du Roi qui nous font penser à Javotte et Anastasia, les deux pestes, demi-sœurs de Cendrillon.

D’autres y ont vu un autoportrait de la réalisatrice.

 

Un film en costumes et perruques au casting surprenant ! Qui eût imaginé Johnny Depp en Roi de France et Pierre Richard en Duc de Richelieu ? Mais les deux acteurs s’en sortent bien, d’autant que le côté taiseux solitaire de Louis XV a été accentué permettant ainsi de réduire les dialogues de la star américaine qui joue avec son visage et son regard. Quant à Pierre Richard, son jeu est sobre, loin du clown qu’il a pu être. On a reproché à la réalisatrice de s’être donnée le premier rôle   mais dans l’histoire du cinéma c’est loin d’être la première. Avec son charisme, Benjamin Lavernhe est exceptionnel dans le rôle du premier valet, toujours dans le ton juste, drôle, bienveillant et même émouvant. A leurs côtés, dans le rôle de Choiseul, Pascal Grégory, dans celui du Comte Du Barry, Melvil Poupaud. Quant à Maïwenn, le rôle de la favorite lui colle à la peau. Elle est sensuelle à souhait, légère, sulfureuse, impertinente, dérangeante et fascinante.

Aux sons de la musique de Stéphane Warbeck, la caméra nous promène à Versailles, dans le Grand Salon, la bibliothèque, la salle des Buffets, le Salon des Muses et les jardins, mais aussi à Vaux le Vicomte, au château de Champlâtreux et au cœur de la forêt de Montmorency. Les décors sont magnifiques et les costumes somptueux.

 

Certes le scénario n’est pas toujours fidèle, mais ce n’est pas une leçon d’Histoire. J’ai passé un agréable moment de cinéma qui m’a fait voyager dans le temps et dans des lieux emblématiques et incitée à relire l’Histoire. N’est ce pas là le but du cinéma ?

  Le film mérite bien l’ovation qu’il a reçu le 16 mai au Festival.

 

19 juin 2023,

CR/PPD

 

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Auteur

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Paulette Pairoy-Dupré

19-06-2023

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Jeanne Du Barry n'appartient à aucun recueil

 

Critique de Film, Théatre, série. terminée ! Merci à Paulette Pairoy-Dupré.

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