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Je parie que vous ne les avez pa... - Critique de Film, Théatre, série.

Critique de Film, Théatre, série. "Je parie que vous ne les avez pas vus - II -" est une critique de film, Théatre, série mise en ligne par "Andarioch"..

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Je parie que vous ne les avez pas vus 

- II -

Precious de Lee Daniels est une success story à l’américaine. Je dis ça et, forcement, vous courrez dans l’autre sens.

Avec raison.

Sauf que…

Precious de Lee Daniels n’est pas une success story à la sauce hollywoodienne, loin s’en faut.

D’abord le genre est d’ordinaire plus sobre, binaire. L’illettré apprend à lire, la moche devient belle, le plouc de l’Arkansas devient un cador de Wall Street, l’acteur de séries B minables fini président des States. J’en passe et des pires.

Claireece « Precious » Jones part de très, très loin. Elle n’a que seize ans et collectionne les tares: black, obèse, analphabète, forcement pauvre, battue, sidaïque et mère de deux enfants dont un atteint du syndrome de Down (trisomie 21, mongolien si vous préférez). J’en oublie, volontairement.

Ah oui, femme aussi, ce qui n’est pas un problème en soi mais n’arrange pas, mais alors pas du tout, sa situation.

Malgré une inculture qui ferait passer Nicolas Sarkozy pour François Busnel, la machine pédagogique américaine décèle en elle suffisamment de capacités inexploitées pour la pousser à suivre un programme de réinsertion par le savoir. On commence doucement, apprendre à lire, avec d’autres parias du même âge, petits délinquants et autres exclus du système.

Precious a du mal à aller en cours, sa mère, droguée ou alcoolique, je ne sais plus trop, les deux sans doute, mettant tout en œuvre pour que sa fille ait une vie aussi merdique que la sienne.

Bon! Devant ce résumé vous avez du forcer le pas et vous éloigner encore plus. Je ne peux pas vous en vouloir.

Mais revenez, faites moi confiance, vous ne le regretterez pas.

Par je ne sais trop quel tour de passe-passe, Lee Daniels, tout en enfonçant le clou, parvient étrangement à ne pas faire dans l’excès de misérabilisme.

Claireece accumule les handicaps, certes, mais c’est un roc. Elle s’en ai pris tellement que plus rien ne semble l’atteindre. D’abord résignée mais sans haine particulière de l’autre, presque apathique, elle se dit pourquoi pas!, essayons, on verra bien. Et là encore le réalisateur prend le contre-pied du genre.

Elle ne devient pas belle, mince et diplômée de Stanford en dix minutes.

Sans rien dévoiler, je peux au moins lâcher que la fin est en demi-teinte.

Pas de remise de diplôme sur la musique de Rocky, pas de feu d’artifice mais une lueur d’espoir, faiblarde et pâlichonne, mais néanmoins bien là.

Une œuvre sensible, parfois éprouvante tant la violence sociale est finalement plus abrasive pour le spectateur que des coups de marteau explosant des rotules (tu m’entends Ben Wheatley. Bouffon!) Un film malheureusement réaliste mais qui jamais ne se vautre dans la dénonciation bien pensante ni la propagande.

En prime, apparition sous-payé (deux cheeses et un cherry coke sans sucre dans un boui-boui de Hell Kitchen) de Mariah Carey et Lenny Kravitz, l’un comme l’autre méconnaissables sans paillettes.

La bataille de Brest-Litovsk est un film (de 2010)

sur la seconde guerre mondiale dans la plus pure tradition hollywoodienne, mais russe, Biélorusse pour être tout à fait précis. Il relate la farouche mais inutile résistance des types du bled-titre face à un envahisseur allemand méchamment outillé et totalement dénué de sens de l’humour. Fresque à gros moyens (les russes ne manquent jamais de figurants et ni de bâtiment à détruire), le parti pris graphique se rapproche un peu de la série Band of brothers, avec plus de couleurs saturées. On y voit les habituels personnages qui ont fait la réputation du genre, du dur à cuire qui bombe le torse sous la mitraille au couple qui se cherche pendant tout le film, mais russes, et ça change pas mal de choses. La notion de l’héroïsme y est tellement slave que j’ai parfois eu du mal à m’identifier (c’est le moins que je puisse dire).

Je revois cette scène, à mi film, sublime: une poignée de soldats (grosse la poignée, les russes, c’est leur nombre qui fait la différence) est retranchée dans un fort à moitié détruit. Les schleus arrivent. Le chef demande aux hommes de faire silence et de se mettre en position. Les cocos s’allongent, œil dans le viseur de leur fusil et s’arrête de respirer. Les allemands, bizarrement peu intrigués par cette énorme et martiale bâtisse, passent devant en se racontant des histoires de cul. Quand ils sont tous en rang d’oignons, près à se faire dégommer comme à la parade, le chef des russes, accompagné par une musique qui pourrait être wagnérienne si ce n’était pas aussi connoté, se lève, tire en l’air avec son flingue et crie « chargez! ». Et les p’tit gars de Staline quittent leur position fortifiée en courant pour aller défourailler au hasard en beuglant comme des veaux et se faire dégommer les uns après les autres, le tout magnifié par une mise en scène mettant l’accent sur l’extrême courage, l’ardeur, la violence du sentiment patriotique qui durci le regard azur de ces fiers combattants, appuyé par des cuivres puissants et des violons en transe.

Par contre, rien sur l’immense connerie tactique dont on vient d’être l’impuissant spectateur.

Je suis allé me coucher.

 

Connaissez vous Roger Avary? 

Co-scénariste de true romance et de pulp fiction, mais non crédité au générique (ce qui peux expliquer la fin de sa collaboration avec Tarantino, un poil égoïste sur ce coup là), il fit à Paris à cette époque le très rock’n'roll Killing Zoe avec Eric Stoltz et un Jean-Hugues Anglade totalement ravagé.

En 2003, je sais, ça nous rajeuni pas, il écrit et met en scène le film d’ado (américain) ultime, petit bijou de perversité qui met à jour les travers d’une société capable d’être ultra religieuse et d’enfanter ça.

Malgré de rares scènes peut-être trop guignolesque, le film nous prend par les cheveux pour nous obliger à ressentir le malaise de presque adultes atrocement dépourvus de repères, sombrant dans la déprime, le malheur et la détestation de soi en évoluant dans un milieu (ici la fac) où tout est spectacle et obligation de s’amuser. Car c’est là, dans son aspect volontairement sex and fun, que les lois de l’attraction réussi à surprendre. On croirait la classique série, avec confrérie beta, blondes sexy, aryens musculeux, la future élite de la nation s’éclatant une dernière fois avant de virer fourmi. L’argent coule à flot, tout le monde en profite, il faut faire la fête. Mais est-ce ce dont ils ont besoin?

Sans apporter d’alternative, Avary répond non et démontre que le rire est de façade, l’alcool triste et le sexe bassement bestial, pour ne pas dire imposé.

Les Lois de l'attraction est une œuvre, tirée d’un roman de Bret Easton Ellis, qui laisse un goût amer.

Richard Ellef Ayoade est un acteur réalisateur scénariste anglais qui œuvre essentiellement pour la télévision mais s’est aussi fait remarquer pour sa mise en image d’un concert des Artics Monkeys. L’année dernière il a pondu Submarine, d’après un roman de Joe Dunthorne, vrai bonne surprise sollicitée à la fois par la critique et par le public, le film ayant rapporté plus de 2 millions de livres pour un budget moitié moindre (amusant de voir que le box office français se calcule en nombre d’entrées alors que les anglo-saxons compte les sous). Bizarrement co-produit par Ben Stiller (très acteur, très américain, très juif, très new-yorkais bref, très aux antipodes), submarine suit les affres adolescentes d’Oliver Tate, ado de 15 ans de Swansea, au physique plus proche de Droopy que de Channing Tatum (la faute en incombe essentiellement à son coiffeur dont les exubérances capillaires sont au bon goût ce que Rohmer est au film de sabre japonais). Oliver a deux soucis. Sa mère s’entiche d’un pseudo gourou prétentieux au possible, délaissant un mari au demeurant sympathique mais doté du système nerveux d’un poulpe. Et il y a Jordana. Jordana est un peu ronde, un brin courte sur patte, mais son regard est taquin et son sourire lumineux. Et Oliver coucherais bien avec Jordana.

Deux thèmes principaux, donc. l’opposition ado mature / parents régressifs, certes classique pour ne pas dire ressassé est ici joyeusement mené sans excès de caricature. Et la love story, touchante sans être mièvre, réaliste, maladroite, dépourvue d’artifices inutiles (violons, coucher de soleil,…). C’est tout mignon, réaliste, malin, volontiers empathique. Ça serait dommage de s’en priver.

Labirent aurait été une poursuite de terroristes on ne peut plus classique s’il n’avait été turc. Et là, ça bouleverse un peu le truc. Déjà, pour un occidental peu coutumier des disparités moyen-orientale, on voit des « arabes » courir après des « arabes ». Ça change ! Pour un œil plus acéré, voir plus curieux, c’est la dimension « au croisement de deux mondes » de la Turquie qui frappe. Ainsi qu’un certain parti pris idéologique. En effet, j’y ai surtout vu une Turquie européenne moderne et féministe courir après une Turquie orientale réactionnaire et  extrémiste. Le principal rôle de femme, discret au début, prend de l’ampleur au fur et à mesure. De second couteau servant le héros, Reyhan (c’est son nom) fait montre en deux trois actions d’une personnalité affirmée, elle évolue, existe d’abord comme flic, puis comme femme, et enfin par elle-même. Sans vraiment être une étude sociologique, Labirent nous informe d’une certaine réalité qui a tendance à nous échapper, tout en étant une charge politique peu en phase avec l’actuel gouvernement et, ne l’oublions pas, un action movie efficace et prenant.

Ooops !

127 heures est l’histoire, vrai mais on s’en fout, d’un gars parti faire le zouave dans les canyons du Colorado, sans prévenir personne, et qui se retrouve coincé dans une très sale situation.

Ça aurait pu être un film de plus sur l’incroyable courage de l’homme face à l’adversité, mais c’est fait par Danny Boyle (trainspotting, slumdog millionnaire), du coup c’est surtout incroyablement bien réalisé, avec un fond sonore truffé de pop anglaise bien barrée.

L’inconscient est interprété par le très jamesdeanien James Franco (Harry Osborn dans les Spiderman, mais aussi le copain d’Harvey Milk ou le héros de l’ultime (et excellente) version de la planète des singes), très convaincant dans un rôle à priori à contre-emploi de zinzin des cimes shooté aux Red Hot. Et il vaut mieux, les deux tiers du film reposant sur lui et son interaction avec un caillou, une gourde et une caméra numérique. Acteur et réalisateur se sortent très bien de cet exercice casse-gueule au possible. Le film passe tout seul, sans temps mort, avec même, bien que la situation s’y prête assez peu, un brin d’humour (voir le titre). Petit plus, des décors somptueux, et une ambiance pré-drame des plus fun, propice au rêve, sauf peut-être pour les citadins acharnés.

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Andarioch

02-04-2026

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Je parie que vous ne les avez pas vus - II - appartient au recueil critiques ciné rares

 

Critique de Film, Théatre, série. terminée ! Merci à Andarioch.

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