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J’ai dormi - Journal intime

Journal intime "J’ai dormi" est un journal intime mis en ligne par "Ancolies"..

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J’ai dormi

 

Sans un brin de tissu de laine qui aurait de près ou de loin ressemblé à une couverture, sans sac de couchage, j’ai dormi 3 heures une nuit au bord de l’autoroute. Je me suis bien pelé. Je tentais de rejoindre la France sans me faire arrêter à la frontière par les autorités allemandes. Ils m’avaient chopé dans un bar, menotté, perquisitionné, emmené au commissariat, toute une nuit interrogé. Ils m’avaient libéré mais je n’avais pas le droit de quitter le territoire avant mon procès. C’était bien joli mais j’avais des choses à faire. Du stop par exemple, passant de communautés babas en communautés babas et en lsd pour rejoindre l’Hexagone en passant par l’Autriche. A l’aube, me relevant de mon bord d’autoroute, un gentil  couple de papy/mammy m’a pris dans sa vieille ami 8 et nous sommes passés sans être vérifiés. J’ai donc pu rentrer mais un mois plus tard le quai des Orfèvres s’est pointé et une année durant moi aussi j’ai dû y aller pointer. Pffttt… et alors ! J’ai juste redoublé de délinquance et errances. Et pris des pieds meurtriers, immenses, là, du boulevard de l’hôpital jusque la rue de Paradis.

J’ai dormi. Pendant des années assommé de médocs, tranquillisants, régulateurs d’humeur, antidépresseurs, naturellement somnifères… Dormi, bien grands mot ! Ces somnifères, ces innocents psychotropes, me faisaient me relever dans un état de totale inconscience au milieu de la nuit, attraper ma voiture ou ma moto et partir me livrer à des aventures également totales déglinguées. Au petit matin, par une sorte de miracle par définition inexpliqué, je me réveillais bien tranquille dans mon lit, ne sachant même pas que j‘avais une fois de plus fait des miennes durant la nuit. Comment les choses se rétablissaient-elles si j’ose dire ? Bon, d’abord elles ne se rétablissaient jamais vraiment, je demeurais avec ce trou noir, mais comment m’apercevais-je que je m’étais une nouvelle fois livré à d’inénarrables et dangereuses pitreries durant ce supposé sommeil ? J‘en ai déjà parlé donc inutile de revenir dessus, vous n’avez qu’à lire l’intégrale de mes passionnantes mémoires. 

J’ai dormi. Durant les 13 ou 14 premières années de mon existence où mes parents ont fait (presque) ce qu’ils voulaient de moi. Je dois dire que, pour moi un tout petit peu mais surtout pour eux mon réveil a été particulièrement brutal. Ils ne s’en sont jamais remis, quelle importance, je n’étais plus là. Il y a longtemps qu’eux maintenant ne sont plus là mais s’il existe un endroit duquel ils me voient, ils doivent être profondément dubitatifs. Moi un peu aussi. .   

J’ai dormi. Sur une grand place en centre-ville, cerné par la liesse populaire je t’ai rencontrée. Nous avons parlé. Puis tu as dit Je dois partir, et je t’ai laissée partir. 5 minutes j’ai dormi avant d’en sursaut me réveiller, enfin me lever, te courir après et te rattraper, et entamer une relation qui dure depuis 30 ans.

J’ai dormi. Hébété par la dépression dans laquelle tu m’as violemment entraînée, j’ai laissé quelques années cruciales à sa construction mon fils se démener seul.

J’ai dormi. Mais cependant très très tôt je me suis aperçu que nous vivions en absurdie. Et aussitôt que j’ai atteint l’âge de raison, l’âge de l’expression, je me suis élevé contre. Et j’y suis encore. Cela n’a naturellement strictement rien changé au monde mais en ce qui concerne mon parcours ici-bas cela a tout changé.

Depuis plus de 50 années j’ai très peu dormi, ayant été essentiellement de veille, de quart dit-on, sur mon voilier aujourd'hui fatigué; dont les haubans sont quelque peu usés, à tenter de faire le tour du monde de la liberté. Le savez-vous : voiliers, nous sommes tous voiliers .J’aime bien naviguer en laissant le bateau courir, mourir sur son erre. Quoi de plus calme, de plus juste. Est-ce que j’aime que nous faisions de même, mourir sur notre erre ? Tout dépend de ce qui l’a précédé. De cette vie qui nous a été unilatéralement octroyée, qu’avons-nous fait ? De la merde ? Crevons alors comme de la merde ou même dans de beaux bras de soie achetés au marché de la corruption mais de merde sera notre paradis. Le Seigneur essuie tout ? Bien. Qu’il commence par bien racler ses croquenots sur mon paillasson afin de ne pas foutre de gadoue partout. Nous sommes simples mortels, cela n’empêche que nous ayons également des priorités. Tante Mamadou vient déjeuner demain, je préfèrerais l’accueillir mes guenilles propres bien que dépenaillées. Aujourd’hui, demain, hier, pour moi il sera brut le nouveau jour, il sera pur. Les demi-mesures retiennent bien moins qu’une moitié de mon attention et de mes déchirures.   

 

 

 

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Ancolies

29-01-2026

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J’ai dormi appartient au recueil Ancolies

 

Journal intime terminé ! Merci à Ancolies.

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