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Il était une fois demain - Coup de gueule

Coup de gueule "Il était une fois demain" est un coup de gueule mis en ligne par "Ancolies"..

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Il était une fois demain

 

 

Il était une fois demain. Rien n’était moins sûr mais les êtres humains faisaient comme si de rien n’était. Pourtant les guerres atomiques et le suicide collectif n’avaient jamais été aussi proches et le réchauffement climatique s’était déjà bien installé autour de la longue table garnie de gaz à effet de serres et d’émissions carbone qu’on lui avait somptueusement préparé. Bien des scientifiques avaient alerté et tenté de réveiller l’opinion publique et politique depuis des et des années, rien n’avait changé. Il était une fois demain, c’est l’histoire que les parents consciencieux racontaient à leur marmaille sagement allongée dans leurs lits le soir au coucher. Demain tu seras professeur, avocat, médecin, journaliste, champion sportif… Forcément les enfants faisaient mine de gober ces âneries dans le louable objectif de ne pas affecter leurs géniteurs tandis qu’ils avaient fermement décidé de ne pas faire eux-mêmes d’enfants quand leur jour viendrait, doutant même que ce jour puisse advenir. Les enfants sont sagaces on le sait et voient tout. Ils vivaient donc le moins mal possible au jour le jour, en attendant à tout instant celui du dernier jugement. Qu’elle soit atomique ou climatique, ils tenaient leurs parents, et dans une moindre mesure leurs grands-parents, pour totalement responsables de la situation catastrophique qui leur avait été léguée. Ils ne leur en voulaient même pas car ils avaient très rapidement après leur naissance perdu toute foi en l’homme, l’homme cupide, avide, envieux, jaloux, corrompu, incapable… On ne la leur faisait pas, on ne la leur faisait plus. Pour eux les adultes étaient tout simplement aveugles, menteurs et bêtes. Plus encore que les véreux et les cyniques, ils considéraient avec compassion les babas cool qui leur parlaient encore d’Eden. Non, ils n’avaient guère perdu de temps depuis qu’ils avaient ouvert les yeux pour comprendre le concept du triangle Serpent, Eve et Adam. Il pouvait être équilatéral ou isocèle, le triangle restait le triangle, en son centre siège du mal. Certes quelques-uns avaient choisi de se mobiliser encore contre des moulins à vent mais la plupart des autres résignés se contentaient de juste faire ce qu’ils avaient à faire - leur devoir et leur talent inutiles sans plus d’espérance que de croyance - avant d’aller boire le coup avec leurs copains. Coup sans joie. Il leur fallait de plus supporter les prophètes et les moralisateurs : Vous ne comprenez pas les jeunes, on ne se marie pas parce que l’on s’aime, on se marie pour s’aimer. Oui, la plupart d’entre eux avaient choisi le silence et l’indifférence relativement à leurs aînés. Cela s’appelait une société clivée. Jusqu’ici les clivages avaient été plutôt religieux, politiques, voire extrémistes. Cela ne comptait plus. On n’en était plus là. Seuls des troupeaux d’irréductibles qui n’avaient rien suivi, qui n’avaient rien compris s’intéressaient encore aux ébats, aux enjeux hors sujets qu’agitaient encore d‘autres imbéciles sur les bancs des assemblées et parlements. A grands renforts de 4 par 3, de spots radio et télés, les grands distributeurs promettaient le pouvoir d’achat à tous les citoyens en étranglant à qui mieux mieux les petits et moyens producteurs, qui n’étaient eux-aussi que de simples citoyens. Le dinosaure qui s’appelait Justice ou Code Civil croyait réguler les choses à grand renfort de lois et amendements mais il avait perpétuellement une dizaine de trains de retard. Indigente et dégradante, papier peint des murs de la cité, bande visuelle et sonore des écrans informatiques ou traditionnels, la publicité asservissait tout, tandis que leurs responsables, sérieux comme des papes, se haussaient du col se prétendant grands défenseurs du greenwashing. Du diable si quelqu’un, à commencer par eux-mêmes y comprenait quelque chose et savait même ce que ce greenwashing pouvait bien signifier mais les choses fonctionnaient parfaitement correctement ainsi. Ce que ni les publicitaires, ni les politiques, ni les acteurs de la grande distribution ne comprenaient, c’est que les jeunes générations n’en avaient strictement rien à faire de leur foutu cirque. Pour dire la réalité tout-à-fait clairement, ce il était une fois demain concernait uniquement les plus nantis, faisant la course aux planètes qu’ils pourraient habiter et aux organes 3D leur assurant l’immortalité. Ils mettaient la pression permanente aux chercheurs et aux scientifiques afin qu’à l’heure dite, 7 milliards d’individus restent sur le carreau tandis qu’eux seraient sauvés dans leurs bateaux spatiaux climatisés. Encore une fois, les jeunes regardaient tout cela avec indifférence et pour peu qu’on le leur demande s’écriaient docilement et sans résistance Vive l’Europe, la Démocratie, le Néo-libéralisme et la France. Encore une fois, pour ce qu’ils en avaient à faire ! Ils avaient compris depuis belle lurette que ce joyeux il était une fois demain était un conte pour adultes attardés, un conte sans lendemains.       

  

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Ancolies

22-07-2022

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Il était une fois demain appartient au recueil Nouvelles du monde

 

Coup de gueule terminé ! Merci à Ancolies.

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