"Déchirures’ blues" est une tranche de vie mise en ligne par
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Déchirures’ blues
Il était un jeune garçon sage et bien élevé (à coups de cravache), les cheveux bien coupés, derrière les oreilles bien dégagés, en résumé un garçonnet bien propre sur lui. Il s’effaçait volontairement, sa diablesse de mère prenant de toute façon toutes les décisions pour lui, pourquoi parler alors ? Sa mère d’ailleurs lui était une parfaite étrangère, ceci même au-delà de sa mort (à elle, ce qui ne lui provoqua pas la plus minime émotion). Il allait bien entendu dans un collège catho privé où là également on le formatait bien comme il faut. Naturellement, chez lui, chez ses parents plutôt, dans leur milieu bourgeois aristo, l’éducation musicale allait bon train : piano dès l’âge de 6 ans et second instrument à partir de la classe de sixième, flûte traversière pour lui. Musique classique évidemment. Avec des profs idiots. Qui faisaient apprendre les morceaux par cœur plutôt qu’apprendre à lire une partition. Il avait un frère et 3 sœurs nourris à ce même régime. Seconds instruments pour les autres : violon, violoncelle, guitare hautbois… 3 pianos à la maison, 1 heure de pratique par jour, trois quarts d’heures du second instrument. Même durant les vacances. Et lorsque la sérénade en ré bémol mineur se terminait enfin, France Musique pleins pots sur la radio. Vous comprenez aisément pourquoi il détestait et déteste toujours la musique classique, l’opéra, l’opérette… La déchirure survint lorsqu’il atteignit ses 13 ans et entendit par hasard ses premiers trois accords de blues. Ça y est, la rébellion était en marche et il fit sa propre révolution en quittant le domicile familial et les études et les conneries qui allaient en foule avec. Jeune homme, il commença à très bien gagner sa vie et devint un collectionneur acharné de vinyles de blues. Il écumait les officines d’imports de disques américains et remontait aux sources, Delta blues, Mississipi blues, Chicago blues… Il écoutait également du rythm’n’blues, père du rock sous toutes ses formes qu’il découvrait aussi Il adorait faire des compils de ses morceaux préférés, par genre ou par artiste. Puis le temps passa, la vie avec ses hauts et ses bas. Vint une époque où il se vit dans l’obligation de remiser sa très importante collec de vinyles dans des cartons, dans des garages ou des caves humides chez des amis, habitant désormais des logements trop petits. Il finit par vendre sa collec qui allait forcément se détériorant. Un jour il acheta une voiture dotée d’un lecteur de k7, et il retrouva la malle où étaient rangées ses dizaines de k7 de compils. Il en choisit une, de blues, se réjouissant à l’avance de renouer avec ses premières amours, sources de tant de bonheur. L’instant fatidique arriva lors de son trajet automobile suivant : sclack ! il introduisit la k7, la guitare débuta et il pensa au bout de 3 secondes : Mais le blues c’est chiant ! Patatras ! Toute une partie de son âme vola en morceaux, en mille éclats. Tout en ce quoi il avait cru, s’était consacré, avait partagé avec d’autres passionnés ne valait donc que du vent ? Sa vie elle-même ne valait-elle que du vent ? Bon, il était grand, il pouvait encaisser. La vie lui avait appris la patience, il laissa quelques années s’écouler et fit un jour une nouvelle tentative (il avait copié tous ses vinyles sur son ordi avant que de les vendre), réécoutant du blues, du rock progressif anglais, du rock psychédélique américain, du rock flamenco du pays de Franco, de la chanson à textes de l’Hexagone, et même de la bossa mâtinée de jazz... Bon, cela n’était plus si nul et chiant qu’il l’avait ressenti quelques années auparavant mais sans casser 3 pattes au célèbre canard pour autant et maintenant et à jamais, ce n’était plus la même magie, plus la même chose. Dorénavant dans sa vie, même s’il connaissait depuis des décennies la citation de Nietzsche « Sans la musique la vie serait une erreur », la dite musique lui apparaissait bien mineure. Et plus curieusement également injuste. Pour ce dernier point, il avait ses raisons, qui avaient fini par avoir justement raison de son cœur. |
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Déchirures’ blues
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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