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Bonnard Pierre et Marthe - Critique de Film, Théatre, série...

Critique de Film,  Théatre, série... "Bonnard Pierre et Marthe" est une critique de film, Théatre, série mise en ligne par "Paulette Pairoy-Dupré"..

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Bonnard Pierre et Marthe

 

« Bonnard Pierre et Marthe » est une réalisation de Martin Provost avec Cécile de France dans le rôle de Marthe et Vincent Macaigne dans celui de Pierre, un film qui retrace les cinq décennies de la passion fougueuse du peintre Pierre Bonnard pour sa compagne Maria Boursin alias Marthe de Méligny.

Pierre Bonnard (1867-1947) est reconnu comme un grand artiste postimpressionniste fondateur avec Édouard Vuillard, Félix Vallotton, Paul Sérusier et Paul Signac du mouvement Nabi (de l’hébreu nevi’im qui signifie visionnaire, prophète), un cénacle cherchant à renouveler l’art moderne. Disciples de Gauguin, ils étaient passionnés d’ésotérisme et de spiritualité et prônaient un retour à l’imaginaire et à la subjectivité. Pierre Bonnard laisse derrière lui une œuvre considérable dont plus d’un tiers lui fut inspiré par sa muse et épouse, quelques quatre cents peintures et près de mille dessins, essentiellement des nus ou des scènes du quotidien.

Le film commence le jour de leur rencontre à Montmartre en 1883 pour se terminer au Cannet, à la mort de Pierre. Davantage qu’un biopic c’est un film sur l’amour et l’amour de l’art. Il s’ouvre sur une page de peinture et se referme sur son dernier tableau « L’amandier en fleurs ».

Martin Provost revient sur les moments forts de la vie du couple : la rencontre, les mondanités parisiennes autour de la riche pianiste Misia Sert, mécène de nombreux peintres, poètes et musiciens avec son époux Thadée Natansson, collectionneur et critique d’art, le cercle de leurs amis peintres Nabi, leur fuite à la campagne du côté de Vernon, les déjeuners champêtres avec les Monet qui depuis Giverny venaient en barque, l’aventure de Pierre avec son modèle Renée Monchaty et leur fuite à Rome, la maladie de Marthe.

En un mot c’est le cheminement jusqu’à la vieillesse d’un couple au départ mal assorti car de milieux sociaux différents mais fusionnel, en parfaite osmose. Dans une interview Cécile de France dit que Marthe fut le déclencheur de la carrière de Pierre et lui son sauveur.

Mais le cinéaste se fait plus particulièrement le portraitiste d’une femme énigmatique, jalouse, une femme d’origine berrichonne, d’une famille fort modeste qui cacha pendant près de trente ans sa véritable identité, un mensonge qui l’étouffait tout comme ses crises d’asthme, une femme qui deviendra psychotique.

Rayonnante, Cécile de France l’incarne sous toutes ses facettes et à tous les âges.

Celui que l’on surnommait « le peintre des petits bonheurs » ou encore « le nabi japonard » en raison de son goût pour les estampes japonaises était solitaire, timide, rêveur, bienveillant, secret et travailleur, un rôle qui va comme un gant à Vincent Macaigne qui l’enfile avec brio.

Si le spectateur peut parfois regretter trop de scènes où Pierre toujours de dos s’applique à ses toiles, il n’en est pas moins ému de suivre le pinceau sur tous ces tableaux qui figent les hauts et les bas de la vie de ce couple étonnant.

Les décors intérieurs sont fort beaux, lumineux et colorés comme la peinture de Pierre où prédominent les jaunes et ocres.

Les images sont magnifiques et certaines évocatrices de tableaux de Claude Monet (« Les pêcheurs à la ligne »), Edouard Manet (« le déjeuner sur l’herbe ») voire René Magritte (« Golconde ») et bien sûr on baigne dans les tableaux du couple où la nature et surtout l’eau sont omniprésentes dans le film, eau de la Seine pour les bains et les jeux amoureux des deux protagonistes, baignoires où Marthe se détend pour soigner son asthme et où Renée se suicide, barque des Monet…

L’équipe de maquillage a fait un travail remarquable pour vieillir progressivement les deux protagonistes, les postures appartenant elles à la gestuelle de chacun et sans doute beaucoup travaillées.

Le film a été réalisé à la demande de la nièce de Marthe, Pierrette Vernon, qui souhaitait que sa tante soit reconnue à sa juste valeur dans le monde de l’art et non pas uniquement comme modèle et muse de Pierre et que le monde sache qui elle était vraiment et non ce que Misia lui lance à la figure : « Tout le monde se fiche de savoir qui vous êtes […] Vous vivez par le regard d’un peintre. C’est la seule chose qui compte. » Marthe s’était mise à la peinture sur le tard, pour sublimer sa douleur lorsque Pierre la quitta pour Renée. Elle a peint quelques années mais a surtout fait des pastels et a exposé une fois sous le nom de Marthe Solange en 1924.

Martin Provost avait déjà porté à l’écran le destin de femmes exceptionnelles restées dans l’ombre un certain temps, Séraphine de Senlis ou Violette Leduc. En mettant en avant le personnage de Marthe il ajoute un troisième volet au diptyque des femmes autodidactes qui grâce à leur ténacité dépassent leurs conditions modestes.

 

Un film à voir !

CR/PPD Février 2024

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Auteur

Blog

Paulette Pairoy-Dupré

02-02-2024

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Bonnard Pierre et Marthe n'appartient à aucun recueil

 

Critique de Film, Théatre, série... terminée ! Merci à Paulette Pairoy-Dupré.

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