"Big Brother est âgé" est un texte mis en ligne par
"Ancolies"..
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Non content d’être con, Big Brother est âgé
Le Pays des Lumières était depuis un bon moment déjà plongé dans la plus stricte Obscurité. Ce phénomène était apparu avec l’apparition de l’Industrie qui avait tué la véritable poésie et s’était accéléré à vitesse centuple avec le développement de la technologie. La peau de chagrin qu’était devenue la démocratie et ce que l’on faisait mine d’appeler encore la société civile étaient dans un état catastrophique. Un survivant avait écrit aux autres survivants « Suicidez-vous, le peuple est mort ». Et maintenant, aujourd’hui comme hier, seuls les ânes bornés et les illuminés croyaient à la révolution. Révolution piège à cons chantait un autre rescapé que personne n’écoutait. Parce que la révolution débouchait une nouvelle fois sur une piteuse bataille d’ego, évidemment mal placés. L’homme à la pipe, la moustache et la guitare l’avait pourtant bien dit : « Le pluriel ne vaut rien à l’homme et sitôt qu’on, est plus de 4 on est une bande de cons ». Raison pour laquelle cet homme-là ne s’exprimait qu’en trio. Révolution ? Liberté, égalité, fraternité, c’était bien beau mais cela n’était rien qu’un concept creux, une coquille vide. L’égalité n’existait pas. Tous égaux, non, tous ego, oui. Quelle était la solution ? Le jeu c’était la Playstation, l’enjeu c’était l’imagination. Utiliser un peu plus des 10% de notre cerveau pour découvrir un modèle politique qui amenuiserait les dégâts à défaut de les régler. Certains diront que mais mon gars peut-être qu’on se retrouvera après les dégâts, que mais mon gars peut-être que tout le monde sera là, après après après les dégâts. C’est encore bien beau mais je n‘y crois pas. Juste Apocalypse now qui traîne un peu des pieds. Oui ça traînait, le Seigneur nous accordait un sursis. Kennedy Senior avait dépensé des millions de dollars pour faire buter ses 2 fistons, Kennedy Senior qui était un roublard et un escroc de première auquel on avait offert l’équivalent du poste de Ministre des Finances puisqu’il était le roi de toutes les magouilles, cependant qu’Edgar J. Hoover, le paranoïaque frustré qui ne baisait pas assez voire pas du tout, accumulait des milliers de dossiers sur les tendances sexuelles et politiques des célébrités et des citoyens. 1950, 1850, 1450… : Big Brother était déjà à pied d’œuvre. Jean Moulin, Jeanne d’Arc, Youri Margarine, Ignace de Loyola, Raymond Radiguet, John McEnroe, Berthe aux grands pieds, le Cardinal de Richelieu, Lafayette nous voilà, tous y passaient. T’étais pas né bien sûr. Pas né come un bâtonnet de poisson ou une escalope. « Dessine-moi un bâtonnet de poisson » demandait le Petit Prince à ChatGPT, comme le lisait Depardieu l’ogre indécent à l’enterrement de son fils qu’il avait lui-même bien participé à massacrer. Depardieu était naturellement dans les dossiers d’Edgar J. Le dossier était épais comme vous le pensez bien. Mais Gérard riait au nez d‘Edgar. Je t’emmerde, j’ai une grande gueule, je fais ce que je veux. L’Hexagone entier était choqué (il sexualise une petite fille ! perroquaient les médias) mais Gérard emmerdait aussi l’Hexagone. L’Hexagone était de la merde, il eût pu être rond ou carré c’était pareil. L’Hexagone était un pays archi-vieux comme tous ses voisins européens, 50 ou je ne sais combien siècles d’inconscient collectif, ça rendait étroit, étouffant, archi prévisible, sans aucune imagination. Pour déjouer sa routine de ne s’enfiler que des bouquins ricains, le narrateur s’était tapé 2 Zola et 2 sœurs Brontë. Les 2 Zola, Thérèse Raquin et La bête humaine, c’était horrible. Petit, encore étroit, étriqué et étouffant, de plus faisant la part la plus belle à nos instincts les plus vils et les plus bas. Et de surcroit le narrateur avait découvert dans une postface étalant la correspondance entre Zola et un critique qui le descendait que l’écrivain était assoiffé de notoriété. C’était déplaisant et le narrateur s’était même demandé si ce n’était pour cette raison que l’auteur des Rougon-Macquart avait écrit, par opportunisme, son fameux J’accuse. Quant à Jane Eyre et Les hauts de hurlevent, pareil c’était absolument également étouffant et la lande ne disposait d’aucun espace, d’aucun souffle, d’aucun vent portant loin la pluie, pas une phrase épique ou lyrique là-dedans. Putain, des amours romanesques écrits par des vielles filles ! Ça des classiques ! s’était-il dit estomaqué, c’est moi qui déconne ou c’est le monde ? Retour vite fait à Cormac Mc Carthy, James Lee Burke, James Crumley, Peter Dexter, James Welch, Rick Bass, Dan Chaon, Jay McInerney. Non, pas Jim Harrison ou Thomas Mc Guane, trop bourgeois. Pourtant le narrateur ne s’exilait pas, continuant de résider en France. Le lien avec son fils était trop fort pour partir à l’autre bout, n‘importe lequel, du monde. De toute façon Big Brother aurait tôt fait de le localiser. L’intéressé n’en avait rien à foutre, rien à cacher, rien à prouver. Libertaire intelligent, il traversait dans les clous pour ne pas être emmerdé ; ainsi il faisait ce qu’il voulait au nez et à la barbe d’Edgar. Et il transgressait allègrement le politiquement correct des réseaux sociaux et des chansons bien écrites. Il était libre, Big Brother ne pouvait rien contre lui. Big Brother était bien trop big, trop raide et trop pataud, n’avait aucune souplesse ni imagination. Le narrateur emmerdait autant Big Brother que les trackers. Qu’ils me suivent, qu’ils dressent mon profil ! Il ne couvrait pas de post-it l’œil de la caméra de son ordi et racontait ce qu’il voulait à qui il voulait. Certains avaient la trouille. Bande de carottes ratées et de ratatatouilles pensait-il. "Mais s'ils te tuent ?" lui demandait un ami inquiet. Et alors ! répondait-il. "Mais s'ils te torturent ?". Rien à foutre, je m'emballe dans ma bulle.
De toutes les dynasties, de tous les continents, de tout ce fatras qu’était le monde, le seul à sauver était peut-être le roi Louis XI. Nan j'enjolive : quoique ennemi des fastes, bon point pour lui, ce sournois avait ses espions partout. |
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Big Brother est âgé
appartient au recueil Nouvelles du monde
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Texte terminé ! Merci à Ancolies. |
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