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Un jour de pluie - Texte

Texte "Un jour de pluie" est un texte mis en ligne par "Deogratias"..

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Un jour de pluie

 

Je venais de courir, à cause de la pluie, je voulais m’abriter. Les gouttes tombaient sur le sol dans un fracas sonore assourdissant. Et puis, je ne sais pas pourquoi ni comment, je me suis retrouvée sur le perron d’une église. La porte était ouverte.

 

J’y suis entrée. Je n’en sortirai plus jamais.

 

La nef de ce lieu sacré me cueillit comme une fleur, elle me prit tout entière. J’étais là, plus de pluie, plus de foule, plus de course, plus d’inquiétudes. Toute étonnée, j’écoutais le silence intense qui bruissait partout. Il m’avait saisie, là, au plus profond, j’en avais des frissons.

 

Tout d’un coup, plus d’agitations, plus de pensées, plus de murmures, plus rien d’autre que le souffle du silence qui venait me prendre pour me poser là. Toute seule. Au beau milieu de ce décor épuré.

J’avançais avec hésitation. Comme si la crainte me guidait, j’osais à peine. J’avais l’impression de marcher en ayant peur de réveiller quelqu’un. Chut ! Non, pas d’enfant endormi. Je devenais délicate, moi qui le suis si peu. Alors, pourquoi ces pas indécis ? "Avance, Avance" semblait me dire les statues juste à côté.

 

Je me suis assise, un peu au hasard. Je regardais tout autour, la hauteur des colonnes, les peintures sur les murs : des grands cercles colorés où trônaient des anges blancs aux ailes improbables, un Christ Royal qui surplombait par sa hauteur tous les autres portraits. Des sculptures de saints sans grande beauté, celle de Marie surtout environnée de quelques fleurs.

 

Que s’était-il passé ? J’étais là, depuis quelques minutes. Je venais à peine de quitter le monde et pourtant tout aussitôt j’étais plongée dans un univers de silence et d’immobilité, entourée de ces fresques émouvantes. Curieuse, un peu impressionnée, Je me surprenais à redouter que le bruit de ma respiration ne vienne à troubler les lieux.

 

Je pourrais décrire tout ce que mes yeux regardaient : Les objets de piété, les carnets de chants désuets, des murs blanchis abîmés, les traces de doigts laissés dessus. Ce n’était pas cela qui m’avait accaparé le cœur. Oui, j’étais subjuguée. Rien de moins. Pourtant, ce n’était pas la première fois que j’entrais dans une église. Alors pourquoi cette émotion ? Tout simplement parce que cette fois, je n’y étais pas venue par choix. C’était la météo capricieuse qui m’avait emmenée, sans l’avoir préparé, dans ce refuge improvisé. Voilà la différence. Cette fois, je n’avais rien anticipé. Je ne l’avais pas décidé par moi-même. Cette fois, c’était l’église qui s’était invitée, non pas l’inverse.

 

Entourée de ce silence plein de la présence de tous ceux représentés tout autour, je fermais les yeux. Je respirais de nouveau lentement, j’avais repris mon souffle très vite. Je rouvris les yeux. Ce qui me frappa le plus, c’était l’odeur. Celui des bancs cirés depuis peu, celle de l’encens aussi, et le bruit discret des flammes aux cierges allumés. L’odeur agréable conduisait mon âme vers les sentiers de la paix. J’avais l’impression qu’on me transfusait le silence dans les veines et le parfum de la dévotion tranquille partout dans mes membres. Je dégoulinais de l’intérieur.

 

Soulagée d’un poids dont j’ignorais l’existence avant de me retrouver là, je sentais mon cœur battre à un rythme de plus en plus lent. Mes jambes se détendaient, mes mains éprouvaient le besoin de se joindre. Je résolus de m’agenouiller sur l’un des prie-Dieu. Attitude corporelle pourtant peu commode pour moi, je m'y sentais comme obligée. 

 

Je regardais devant moi. Le soleil était revenu. Par les vitraux colorés, j’étais maintenant inondée de reflets rouges, verts, jaunes et bleus. La poussière des rayons venus du dehors distillait une atmosphère très singulière. Transportée sur une terre sacrée, elle semblait avoir tout prévu : mes réactions, mes soupirs, mes pas feutrés quand je marchais, mes regards attentifs, mon apaisement progressif. Rien n’était hasard.

 

Je fermais de nouveau les yeux. Mon corps tout entier se décrispait. Je n’entendais rien. Pas un son. Rien, ou plutôt si, je m’écoutais moi, le bruit de mon vertige intérieur, le cri sourd de mes pensées secrètes, la montée souterraine de mes émotions retenues. Soudain, le flot imprévisible d’un chagrin inexpliqué perlait au bord de mes yeux. Pourquoi je pleurais ? Je n’en avais aucune idée. Mais il le fallait. Les larmes coulaient sans impétuosité, sans digue non plus. Pourtant la tristesse n’en était pas à l’origine, plutôt l’amour, plutôt la joie. Quelque chose de l’ordre du divin était en train de me capturer, comme mue par une main puissante, je me laissai faire. Je n’avais nulle envie de résister à cette attraction qui augmentait minute après minute.

 

Je ne pourrai pas raconter, ce que je sais, c’est que c’était quelque chose d’unique, de rare. Je me dilatais. Comme le bitume tout à l’heure parsemé de flaques d’eau, je me sentais inondée de joie. Heureuse au milieu de mes larmes, une présence me propulsait hors de moi.  Dans cet enclos imbibé de lumière et de paix, toute écartée du mal et de la vilenie humaine, cette sacralité me rendait à moi-même et m’aidait à en sortir. Tout à la fois.

 

Je me mis à prier. Des paroles simples, venues du fond du cœur. J’étais unifiée, tout imprégnée par ce climat intérieur, totalement ensevelie dans la clarté lumineuse. Je me répandais , immergée dans le silence de l’Amour.

 

Il était là. Sûr. Il était là.

 

Ravi de ma présence, c’est Lui qui avait tout orchestré. Je n’aurai pu réussir une telle rencontre par moi-même. Mon souffle devenait ténu. Je ne faisais plus qu’un avec le coeur de cette église qui palpitait de tendresse. Oui, de quoi d'autre, pouvait-il s'agir ? Pas besoin d’être croyant pour le comprendre, j’avais été kidnappée par plus grand que moi et ce rapt d’amour me ravissait.

 

Mes cicatrices une à une se refermaient pendant cette prière. Avec me larmes dont je sentais le cheminement discret sur mes joues, je comprenais que quelqu’un prenait soin de me laver. En vérité, de me guérir. Il chérissait notre rencontre, cette belle inattendue dans l’agenda du jour.

        

Allez savoir comment, à un moment donné, celui de Dieu, je me suis levée, comme à regret. Je n’avais pas vu le temps passé, il avait été suspendu. J’avais quitté la temporalité de mon existence humaine. Percutée par l’appel de la Transcendance, l’Éternité m’avait bercée. Il était bon d’être sans montre, sans délai, sans vitesse. Uniquement là. Rien que là. Sans autre destinée, sans but, sans rendez-vous, hors du tumulte du monde.

 

Je restais encore un instant, à la fois fatiguée et régénérée de l’intérieur. Puis, lentement, après avoir regardé une dernière fois, par un mouvement de tête circulaire, ce lieu qui m'avait enveloppée,  je sortis. Je n'en revenais pas, tout me gifla :  Le brouhaha de la ville, les klaxons, les cris, les rires, les pas pressés. Tout reprenait son cours.

 

Ou plutôt non, rien n’avait cessé. C’est moi. Juste moi. J’avais été au ciel. Transportée par une liturgie secrète, j’avais tout oublié. Tout. Greffée à l’essentiel, tout le reste m’apparaissait brutalement secondaire. Pour ne pas dire inutile.

 

Comme il était difficile de revenir après un tel cœur à cœur ! Je le savais, je n’arrêtais pas de me le répéter depuis le début : Dans cette église, je suis entrée, et plus jamais, je n’en sortirai.

 

Cette présence invisible logée au fond de moi qui me supplie à chaque instant de la rejoindre…

 

Comme une petite église... Un jour de pluie.

 

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Deogratias

09-02-2023

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Un jour de pluie appartient au recueil Textes et poésies

 

Texte terminé ! Merci à Deogratias.

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