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Te souviens-tu - Pause-Mélancolie

Pause-Mélancolie "Te souviens-tu" est une pause-mélancolie mise en ligne par "Ancolies"..

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Te souviens-tu

 

Te souviens-tu lorsque l’on n’était pas comme ça ? Quand on ne se contentait pas de réponses toutes faites, quand nous voulions absolument aller au fond des choses, quand notre avenir n’était pas seulement notre avenir mais quelque chose de plus grand ? Oui te souviens-tu du temps où l’on rêvait que notre avenir à tous soit quelque chose de bien plus grand et plus beau ? Regarde-nous, que sommes-nous devenus : de fidèles affiliés à l’imperturbable pointeuse placée à tous les étages, de véritables salopards activistes du capitalisme, ce cancer qui gangrène, qui ronge les cerveaux et les cœurs de la plupart d’entre nous ? Où nous sommes-nous perdus sur le chemin, ce chemin qui ne mène à rien, à rien d’autre que notre propre destruction ainsi qu’à celle d’une foultitude d’autres qui n’ont jamais demandé qu’à vivre en bonne entente, en harmonie, en paix. Qui nous a fait passer de l’innocence de l’enfance à la perversion et la corruption de l’âge adulte ? Le Temps ? Celui qui ne nous laisse pas le choix, celui qui inexorable passe, grêle nos âmes, nous contamine et nous détruit ? Non. Bien trop facile comme réponse. C’est notre paresse, notre cupidité, notre manque de rectitude, notre auto-complaisance qui ont accompli ce mirifique miracle. Nous ne sommes pas conscients de nos changements, ce sont nos actes qui montrent qui l’on devient. D’enfants de Dieu nous sommes passés à renégats, fils et filles de Satan. Maudits soyons-nous, tous tant que nous sommes ! Tous ? Il y en a quelques-uns à sauver mais ils ont été impuissants, ou alors, si leur action atteignait la lumière du jour, purement et simplement étouffés.

Nous nous sommes trahis, nous avons trahi notre jeunesse en avançant en âge et en compromis. Parfois, parfois seulement nous nous retrouvons quelque peu en vieillissant mais il est bien tard, nos branches ployant sous le poids de la neige, nos bras paralysés par le froid de l’hiver. Il nous reste nos bouches blessées pour parler, raconter, partager, mais qui écoute, qui veut entendre ce qu’elles ont à raconter ? L’autre est impitoyable, l’autre est occupé à passer un chiffon doux sur le cuir rouge et crème de sa zone de confort, sa zone de conforme. L’environnement l’a acheté, il ne s’appartient plus, il appartient à l’environnement.

Regarde ces photos où nos cheveux tombaient devant nos yeux. De quoi te parlent-elles ? D’espérance émeraude si vite et inexorablement dissipée en volutes d’illusion ? Regarde ces nuages, ils dérivent immuables entre les satellites, les météorites, souillés par les fumées s’élevant toujours plus haut des cheminées de nos hauts-fourneaux. Regarde ces vieux mages, transformés chaque nouvelle année en promotion de pâte frangipane. Regarde ces rock stars vieillissantes qui viennent chanter en costards cravates les hymnes révolutionnaires de leur jeunesse devant un parterre bien mis, et le crétin de chanteur de service crie dix fois de suite son « Fight back », tendant dix fois de suite son micro à ces invités triés sur le volet pour qu’ils le répètent après lui, le lui renvoient. Toute la limite, toute la vanité, toute la vacuité sont là ce soir sur la scène réunies. Et que le parterre bien mis renvoie dix fois le Fight back et applaudit à tout rompre. Oui, toute la limite, la vanité, la vacuité sont également là, chez les select invités (10.000 dollars le couvert). Tandis que, las et lasses, les os ou les cendres de Lennon et Joplin ne se retournent même plus dans leurs tombes ou leurs urnes en entendant leurs chansons de révolte et de combat diffusées dans des hypermarchés et des pubs pour des parfums falsifiés.

Te souviens-tu ? Depuis quand ne croyons-nous plus en rien si ce n’est au pouvoir pourtant si illusoire de l’argent, de la notoriété ? Ce capitalisme est un abattoir, une véritable et gigantesque auge à ciel ouvert. De quoi désormais sommes-nous ? Rien que de fange, boueuse, gluante, puante. Dis, quand reviendras-tu ? Lorsque nous auront tous disparus ?        

 

 

 

 

 

 

 

 

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Ancolies

19-01-2026

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Te souviens-tu appartient au recueil Ancolies

 

Pause-Mélancolie terminée ! Merci à Ancolies.

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