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Necropolis - Histoire Courte

Histoire Courte "Necropolis" est une histoire courte mise en ligne par "Donald Ghautier"..

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Necropolis

La gare centrale d’Amsterdam est bondée comme jamais auparavant. Il est déjà dix heures du matin. Des réfugiés venus de partout sortent hagards de trains surpeuplés. Je m’extrais de la foule puis me dirige vers le chef de gare visiblement dépassé par les événements.

-        Je dois vous parler d’urgence, lui dis-je en lui plantant mon badge sous le nez.

-        Je n’ai pas le temps. C’est la merde, ici, vous ne le voyez pas ?

-        Je suis là pour cette raison. Magnez-vous ou je demande aux flics de vous embarquer.

 

Je n’ai pas de temps à perdre avec un gratte-papier payé à compter les locomotives et paniqué à la première quinte de toux mais j’ai besoin de lui pour m’ouvrir l’accès au contrôle ferroviaire. Je lui explique mon raisonnement en chemin. Il faut isoler la ville. La police a déjà bloqué les routes tandis que la sécurité intérieure a verrouillé le trafic aérien. La Reine va annoncer la loi martiale ce soir, avec un déploiement de l’armée néerlandaise et le renfort de contingents étrangers, pour la plupart américains et britanniques.

-        C’est la guerre maintenant ?

 

Je dois lui expliquer que c’est le terme adéquat quand une partie de la population devient maboule et attaque ses voisins. L’Allemagne a déjà fermé ses frontières avec les pays du Benelux et la France, les zones les plus symptomatiques en termes de cas déclarés. Le pire, c’est qu’on ne sait pas grand-chose. Il n’y a pas de contamination entre humains, pas de zombies grisâtres qui mordraient de braves citoyens tout roses, juste des actes inexplicables de folie. En zone rurale, la police locale sait gérer ce bazar. Dans les grandes villes, une guérilla urbaine peut vite se déclencher.

 

Le fonctionnaire m’a finalement laissé les clés du trafic ferroviaire. Amsterdam est désormais bouclée. Je rejoins mon bureau improvisé à l’Hôtel Marriott de Leidseplein. Il se fait tard. Je dois débriefer avec mon agent de liaison. Que vais-je lui dire ? Il pense déjà que les Européens ne comprennent rien à la catastrophe qui se prépare, tout ça parce que chez nous, dans la belle Amérique sanctuarisée depuis quelques semaines, la situation est apparemment sous contrôle. Et vu que la Russie et la Chine ont également verrouillé leurs populations, il est naturellement américain de penser que l’heure n’est plus à la réflexion mais à l’action pure et dure : fermer les frontières, neutraliser les furieux et autopsier leurs corps pour se donner bonne conscience.

 

///

 

Cela fait déjà trois jours que je suis à Amsterdam. Mon commanditaire tergiverse pour de mauvaises raisons. Certes, les intérêts américains dans la région sont sécurisés et les seuls personnels restant sur place ne sont pas nés dans un des états de la bannière étoilée. Ils toucheront une prime doublée, histoire de se payer des obsèques en or massif. Nos ambassades et nos diverses représentations à Paris, Bruxelles et au Luxembourg sont déjà vides. Celles des Pays-Bas sont en cours d'évacuation. Je suis un des derniers Yankees sur place, le privilège des prestataires externes. Comme je l’ai signalé dans mon dernier mémo, la situation a gravement dégénéré. Le nombre de cas a augmenté de manière exponentielle mais leurs conséquences sont contenues dans les villes soumises à la loi martiale. Les dirigeants locaux voient ce statu quo comme une victoire de la stratégie de l’autruche sur la pandémie. Je ne suis pas d’accord avec eux. Mes préconisations vont dans un sens complètement différent de leur crédo. Heureusement, mon commanditaire a joué sur les deux tableaux, donnant des gages scientifiques aux gouvernements concernés tandis qu’il acheminait en douce le matériel de pointe requis pour lancer le plan B. C’est l’heure du briefing, avant de démarrer l’opération et de quitter ce maudit continent. Je discute avec les techniciens du « reboot », la technologie dont j’ai demandé la mise en œuvre pour régler ce problème.

-        Nous avons armé les dispositifs de résonance, selon vos prescriptions.

-        Quel est leur rayon d’action ?

-        De Dublin à Varsovie, de Helsinki à Lisbonne.

 

Le « reboot » consiste à envoyer une impulsion qui va remettre d’équerre les cerveaux malades, ceux des pauvres gars qui attaquent sans raison tangible leurs voisins. Les tests ont été conduits très rapidement, dans un protocole express lié à la gravité du moment. Les résultats ne laissent pas de place au doute. Il y aura un grand nombre de pertes collatérales, entre les cervelles qui ne supporteront pas l’impulsion et les effets à long terme sur les populations locales par le biais de leur descendance. Une estimation optimiste donne cinquante-six millions de morts. Avec un réglage moins fin mais plus sûr en termes d’efficacité, l’addition devient mécaniquement plus lourde, à hauteur de cent millions d’individus. C’est le prix à payer pour conserver les infrastructures européennes en état de marche. Je suppose que les gouvernants des pays concernés sauront quelque part délivrer le message adéquat aux survivants. Le Président les a probablement briefés avec les éléments de langage à utiliser dans un tel marasme. De toutes manières, il n’y a pas le choix car la quarantaine n’a servi à rien. Des cas se sont avérés dans des zones confinées puis leur progression a suivi la même pente exponentielle que dans les autres territoires.

 

///

 

Je suis tranquillement assis dans un hélicoptère de l'armée américaine, au-dessus de la Mer du Nord. Dans une heure, je serai à bord de l'USS Sarah Palin à siroter un bon vieux bourbon avec mon agent de liaison. Pendant ce temps, nos dispositifs conçus par de jeunes génies en neurobiologie enverront leur impulsion électromagnétique sur une vingtaine de nations de l’Ancien Monde. Des millions de boites crâniennes verront leurs petites cellules grises s’emballer durant quelques secondes avant de retomber dans le bleu du néant électrochimique. Du désordre actuel naîtra enfin l'ordre nouveau, libéré des pénibles scories d'une maladie inconnue mais finalement facile à soigner par la bonne vieille technique de l'électrochoc. Les survivants nous remercieront un jour, personne n’en doute de mon côté de l’Atlantique. « Dieu ne joue pas aux dés ! » disait Albert Einstein dans une célèbre conférence scientifique du vingtième siècle. Je ne sais pas s’il serait encore d’accord avec ce principe, depuis que nous, les Etats-Unis d’Amérique, avons pris la main sur le monde, ses valeurs incontournables et la meilleure façon de réparer les erreurs de la nature.

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Donald Ghautier

20-09-2026

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Necropolis appartient au recueil Dystopie & Science-Fiction

 

Histoire Courte terminée ! Merci à Donald Ghautier.

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