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Lettre musicale - Lettre Perdue

Lettre Perdue "Lettre musicale" est une lettre perdue mise en ligne par "Deogratias"..

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Chère Cruauté,

 

Pour te contrer, moi, petite rien du tout, j’ai mis dans mes oreilles un peu de musique grégorienne. J’écoute les vocalises des voix humaines qui s’envolent dans le ciel. Je pars avec elles dans la beauté qui séjourne bien au-delà de cette terre ignoble. Je monte un peu plus haut, toujours plus haut, loin de ta vilénie. Je grimpe sans effort, grâce aux choristes, vers l’Amour. Ceux-là ont de l’or dans la voix tout droit venu des cieux. Ceux-là sont beaux qui regardent, sans rien nier, vers le Haut. Je vais avec eux vers ce lieu dépourvu de toute laideur et de toute violence.

 

Je déambule dans la polyphonie sobre de leurs notes musicales. Au-milieu d’elles, j’oublie. Oui, J’oublie. C’est bon d’oublier. Quelques minutes.  C’est peu mais c’est mieux que rien. Je pleure avec St François qui s’écriait : « L’Amour n’est pas aimé ». Je pleure avec les anges dont les ailes ont cessé de voler sur la terre. Je pleure, c’est plus fort que moi.  

 

Mais, ô Bonheur, tu as perdu ta puissance là où maintenant je me trouve. Petit à petit, ton aiguillon ne m’atteint plus. Me voilà dans une autre sphère où j’aime à croire qu’un jour tous les hommes se retrouveront. Eux qui seront transfigurés dans la jouvence de cet Amour qui guérit.

 

Me voilà au milieu de la partition céleste. Je cueille les silences et les répétitions. Sur la cordée d’une note, je prolonge mon ascension. Elle est plus svelte que moi la croche qui s’élève. J’ai du mal à la suivre. Pourtant je ne la quitte pas du regard. Les blanches aux souffles plus longs me saisissent, les vertiges de la montée me prennent, me voilà emportée dans les hauts et les bas d’une mélodie experte. Je prends appui sur la pierre d’un dièse imprévu, mon pied a failli glisser. J’ai manqué de peu la chute.

 

Je lève les yeux, surtout ne plus regarder vers le bas. Les bémols à tire d’ailes angéliques me surprennent un peu. Comme un aigle à la vue perçante, je prends du recul. Me voilà, je ne sais comment, posée sur la ligne la plus haute de la portée. J’y découvre la paix bienheureuse dont j’ai tant manqué. Elle m’enveloppe de douceur. Les vols des chérubins ne manquent pas à l’appel. Ils m’arrachent de ma ligne bien tracée pour me débarquer sur le souffle d’une respiration. Elle se faufile sans prévenir comme un souffle d’air frais. La tristesse s’amenuise. La tête dans le vent, toute imprégnée de son parfum, voilà que je vole à nouveau, comme en zigzag entre les notes. J’avance sans plus m’arrêter. Me voilà tout sourire, comme un petit bateau je navigue entre les rochers sans me perdre. Je vogue dans les effluves de la musique inspirée. Elle me guide comme un phare au-delà de moi-même. Bien au-dessus de la terre.

 

Je nagerais bien si je ne craignais pas tant de me noyer de larmes. Alors, je glisse sans perdre courage. Légère soudaine. Je crois, sans en être bien sûre, que je suis maintenant fixée dans la lumière. Auréolée de clarté je suis dans la transparence d’un monde sans cruauté. Sans colère et soubresauts. Hors ceux d’une octave nécessaire à l’harmonie des lieux. Je peux dorénavant m’endormir à nouveau la tête posée sur une clef de sol. Je n’ai plus l’odeur de la mort dans les narines. Je n’ai plus le goût de sel à la bouche, celui du chagrin. Je suis environnée d’une quiétude sans limites. Je ressens les caresses des prodigieuses notes solistes qui s’éternisent. Ce concert m’étreint. Je n’ai plus peur.

 

Je peux quitter l’insomnie de cette nuit obscure et m’endormir de nouveau, bercée dans la beauté d’un chant grégorien. Les notes se sont transformées. Comme les oiseaux, sans retenue, j’ai pris les ailes musicales qui guident loin de toi.

 

Je n’arriverai plus à m’alarmer. Ton malheur n’a plus de prise sur moi. Je plongerai dorénavant, à chaque fois que tu te montreras, dans le nectar d’un chant spirituel aux sonorités voyageuses. Je m’évaderai loin de toi. Tu le sais, c’est ce qui te dérange, cette musique-là est prière. Son chant est le mien. C’est en lui que je me réfugie.  Nichée sur la partition d’une Espérance que tu ne peux éteindre, j’allumerai avec le petit Prince que nul ne peut tromper, les réverbères d’un monde meilleur.                                                                                     

 

Deogratias.

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Deogratias

10-10-2023

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Lettre musicale appartient au recueil Lettres

 

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