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Les mystères d'Outer Banks - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Les mystères d'Outer Banks" est une grande nouvelle mise en ligne par "Rémy Picchiarelli"..

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Par Rémy Picchiarelli

Science-Fiction 

Les mystères d'Outer Banks

             

Cet été là, en 1982, il s’est passé quelque chose en Caroline du Nord. Quelque chose que Bradley Sullivan n’a jamais oublié. La main invisible qui avait pris naissance au-dessus de l’océan menait le bal ; les mystères d’Outer Banks étaient en train de refaire surface…

Chapitre 1

Ça a commencé avec un murmure, presqu’imperceptible ; le simple souffle du vent. Lorsque je me suis réveillé cette nuit là, en plein mois de juillet (nous étions le 12 juillet 1982), la fenêtre de ma chambre était grande ouverte. Les volets en bois claquaient de façon continue contre la façade, juste à côté du chéneau dans lequel je pouvais entendre l’écoulement des eaux de pluie pendant certains soirs d’orage, lorsque les nuages déversaient toute l’humidité qu’ils avaient absorbée.

 

Une fois de plus, je songeais à Ashley, la fille avec qui j’étais sorti durant le premier semestre de l’année 1982. Ashley Watts… comment l’oublier. Je n’y parvenais pas. Après notre rupture j’aurais pu faire tout mon possible pour la persuader de revenir vers moi. Mais il y a des événements qu’on ne peut pas contrôler… Je l’ai compris bien plus tard.

 

À vingt et un ans, j’étais jeune, insouciant et peut-être encore naïf. Je vivais avec mon père à Outer Banks, en Caroline du Nord. Ma mère nous avait quittés presque trois ans auparavant. Elle était décédée des suites d’un mal incurable ; un crabe aux pinces acérées qui l’avait rongée de l’intérieur. Le sien avait pris naissance au niveau des ovaires. Et après une première opération lui garantissant une rémission, le cancer était revenu, plus fort et plus tenace, se répandant dans tout son corps. À la suite de son décès, mon père l’avait pleurée pendant des mois. Bien sûr, il se contenait devant moi, mais je l’avais surpris à plusieurs reprises en train d’étouffer des sanglots, certains soirs dans le salon, alors que le téléviseur accompagnait ses lamentations. Pour moi non plus ça n’avait pas été facile. Plus d’une fois, je m’étais réfugié dans ma chambre pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Et croyez-le ou non, le temps a beau passer, la blessure ne se referme jamais complètement.

 

La maison que nous habitions était située à quelques kilomètres du bord de la mer. Et parfois la nuit, je croyais entendre le bercement des vagues s’échouant sur le rivage, le ressac laissant son écume blanche au pied des rochers, et le pétillement de l’eau se retirant lentement sur le sable fin. C’était en de pareilles circonstances que je repensais à maman, ou à mon ex petite amie, oubliant parfois ma propre existence, me réfugiant derrière une détresse fondée sur les souvenirs d’une relation éphémère. Mais j’y reviendrai peut-être plus tard… Ce qu’il faut savoir, c’est que les événements qui se sont déroulés durant l’été 1982 ont réussi à détourner mon attention… Ashley est alors devenue une lointaine réminiscence, s’effaçant en même temps que les vagues mangeaient le bord de la plage lors des marées montantes.  

 

Allongé sur mon lit, je contemplais le vide en songeant à mon année scolaire, que j’avais passée en Floride. Je venais tout juste d’obtenir mon diplôme de troisième cycle universitaire et j’avais réussi à dégoter un job d’été à Outer Banks, au Blue Beach Coffee, histoire de mettre un peu d’argent de côté en attendant la prochaine rentrée, pour la suite de mes études. À midi on servait en moyenne une quarantaine de repas. Le soir, c’était un peu plus : environ cinquante. Les weekends il y avait beaucoup d’affluence et quelques coups de bourre. Danny Morgano, le responsable, me rappelait souvent en extra. Je n’avais pas à me plaindre, dans l’ensemble. Le travail était physique, parfois ingrat, mais pour un emploi saisonnier j’étais plutôt bien payé. Je n’avais pas eu le droit à la bourse, étant donné la situation confortable de mon père. Et malgré le fait qu’il avait décidé de financer une grande partie de mes études, j’avais décidé de mettre la main à la pâte et d’économiser un peu d’argent.

 

Mon père travaillait comme chercheur pour le compte de l’armée américaine. La plupart du temps il réalisait ses études à Outer Banks, mais il était amené à se rendre sur le site de Fort Bragg plusieurs fois dans le mois. Quand il partait, il n’était pas de retour avant plusieurs jours. En général ses absences ne duraient pas moins d’une semaine. Quant à moi, j’avais décidé d’obtenir mon diplôme d’ingénieur et se suivre les traces de mon paternel. Non pas par fierté, mais parce que depuis tout petit j’étais passionné par la recherche, la technologie et les inventions modernes.

 

Mon père parlait très peu des projets sur lesquels il travaillait. J’ai toujours pensé que, vu la place qu’il occupait, son travail regorgeait de secrets et que toute sa profession devait être soumise au silence. Normal, pour un chercheur de l’armée. Mais un jour ou l’autre, la plupart des événements énigmatiques finissent par faire surface, et l’été de l’année 1982, fut celui des révélations. Pour ma part, c’est comme cela que je l’ai perçu lorsque les choses ont commencé à devenir étranges.  

 

Au fait, je ne vous l’ai pas encore précisé, je m’appelle Bradley Sullivan. Mais en général tout le monde me surnomme Brad. Un diminutif dont je me suis accommodé au fil du temps. Et si j’ai entamé ces quelques lignes d’écriture, ce n’est pas plus une libération qu’une confession. Non, c’est autre chose… Voyez plutôt cela comme une expérience personnelle ; des événements d’une rare complexité qui se sont imbriqués les uns aux autres et m’ont conduit au-delà d’une frontière que je n’aurais jamais imaginé pouvoir franchir.

 

Comme je l’ai précisé en amont, tout a débuté la nuit du 12 juillet… Enfin peut-être… Car je suis parfois convaincu que certains faits survenus les jours précédent la mi-juillet on échappé à mon attention.

 

Cette nuit là, alors que les rafales de vent faisaient claquer les volets de ma chambre, j’avais la maison pour moi tout seul. Mon père était en mission à Fort Bragg.

 

Allongé sur mon lit, étendu sur le dos, les bras croisés derrière ma nuque, sur l’oreiller, alors qu’Ashley Watts quittait tout juste mes pensées, j’ai ressenti un vent soudain s’engouffrer par la fenêtre et venir m’ébouriffer les cheveux. Je me suis redressé et j’ai aperçu d’étranges lueurs transpercer les nuages de part en part, dans le lointain, juste au-dessus du bord de mer. Je me souviens avoir cligné des paupières, puis avoir jeté un rapide coup d’œil vers le radio réveil posé sur ma table de chevet. L’horloge digitale indiquait 02 : 07 dans un halo bleuté qui traversait l’obscurité de la pièce.

 

J’ai attendu quelques secondes, la tête redressée et le regard tourné en direction du paysage nocturne. Alors que je scrutais l’horizon depuis la fenêtre du premier étage, une nouvelle rafale de vent vint me fouetter le visage. Elle me fit l’effet d’une gifle glaciale. Bizarre, lorsque la température extérieure avoisine les vingt-cinq degrés.

 

Il y avait eu des périodes de ma vie au cours desquelles j’avais déjà reçu des « coups de poignard » dans le dos. Le décès de ma mère en était un exemple. Ma rupture avec Ashley en était un autre. Mais lorsque le battant de la fenêtre heurta brusquement le mur au-dessus de mon bureau et que ce froid s’empara de moi, j’eus la nette sensation de recevoir une claque en pleine figure. Cette première impression me scotcha littéralement à mon matelas. Puis je me décidai à me lever. Lentement, les plantes de mes pieds entrèrent en contact avec le plancher. Je me redressai et m’avançai en direction de la fenêtre à présent grande ouverte. Cette brise, aussi soudaine qu’irréaliste, avait éveillé toute ma curiosité. Je décidai de scruter l’horizon. Mon regard était dirigé vers le lointain, en direction du bord de mer. Les lumières de la ville me rappelèrent que je n’avais pas à me sentir seul ; la vie continuait à Outer Banks, et sur le monde qui m’entourait. Pourtant, j’avais cette impression d’être terriblement isolé du reste de la Terre. Je ne parvenais pas à me l’expliquer. La gifle que je venais de recevoir m’avait-elle perturbé à ce point ? Était-ce la détresse que je ressentais en éprouvant le désir de serrer Ashley Watts tout contre moi ?

 

Au loin, je distinguai l’ombre des sillons dessinés par les chemins de sable, la route principale et les quelques véhicules qui l’empruntaient en pleine nuit.

 

Je m’interrompis dans mes pensées lorsqu’une nouvelle lueur déchira le ciel, au-dessus de la plage. Cette fois, je pus discerner d’étranges couleurs vertes et bleues, très phosphorescentes, entourées d’un halo doré, se fondre parmi les quelques nuages présents au-dessus de la Caroline du Nord.

 

Je me souviens avoir pensé : Bon sang, mais qu’est-ce que… et m’être interrompu lorsqu’un bourdonnement, suivi d’une petite déflagration, m’écorchèrent les oreilles. Aussitôt, j’eus un mouvement de recul et m’éloignai de la fenêtre, sans pour autant quitter des yeux l’horizon. J’étais pourtant persuadé que la météo n’annonçait aucun orage. Et de toute façon, les lueurs que je venais d’observer n’avaient rien de comparable à des éclairs de chaleur. Le ciel était dégagé, seuls quelques nuages s’étaient dessinés au-dessus de la mer. D’autres flottaient au-dessus de la ville, mais rien ne laissait présager que la foudre allait s’abattre. Que se passait-il alors ? Quelque chose d’autre avait échappé à mon attention… Mais quoi ?

 

Cette nuit-là, je me souviens être resté encore environ trois quart d’heures, accoudé à la fenêtre de ma chambre, le regard tourné en direction des cieux, à attendre que le phénomène se reproduise. En vain.

 

Je crois qu’ensuite la fatigue a dû s’emparer de moi. Ce dont je me rappelle, c’est de m’être réveillé en sursaut à six heures trente du matin, lorsque le radio réveil s’est mis en marche, dans un lit en bataille, les idées confuses.

 

* * *

 

Il était presque sept heures trente lorsque j’attachai ma bicyclette au porte vélo devant le Blue Beach Coffee, situé non loin du bord de mer. L’heure à laquelle je prenais mon service. Sur le moment, je n’y ai pas prêté attention, j’étais bien trop occupé à me précipiter vers la porte d’entrée réservée au personnel du restaurant, mais en y songeant par la suite, je me suis souvenu qu’une forte odeur (mélange de soufre et d’ammoniaque) s’était frayée un passage jusqu’à mes narines lorsque j’étais passé devant le bord de mer. Je me suis dit, par la suite, qu’il y avait peut-être un rapport entre cette puanteur et les événements de la nuit passée. Mais je ne pouvais pas en être persuadé.

 

— Tout juste à l’heure, Brad, me lança Dany Morgano lorsque je fis mon entrée dans les vestiaires.   

 

J’encaissai la remarque et je dis simplement bonjour à mon boss. Après quoi, je m’empressai d’enfiler ma tenue de travail (pantalon bleu, toque et veste blanche ornée d’un écusson « Blue Beach Coffee ») et de filer près des réfrigérateurs, là où les livreurs du matin avaient déposé les palettes de nourriture à décharger.

 

Vers onze heures, j’avais terminé de ranger la dernière commande. Ensuite, le service débuta. Nous fîmes pas loin de quarante-cinq couverts.

 

À quinze heures, j’entreposai la dernière série d’assiettes sur les étagères en inox et je quittai la salle réservée à la plonge, pour aller dans le réfectoire où se retrouvaient les employés lors de leurs pauses. Pour ma part, j’avais fini ma journée. Je décidai d’aller boire un cappuccino.

 

Lorsque j’appliquai mon badge sur l’aimant situé sur la façade de la machine à café, Dany vint me chercher :

 

— Brad, téléphone pour toi … C’est ton père.

— J’arrive, monsieur, dis-je en même temps que j’appuyai sur les boutons de l’automate.

 

J’ai récupéré le gobelet de café chaud lorsque la machine a émis son « bip » sonore et je suis allé dans la pièce réservée à la direction. En entrant, j’ai contourné le bureau de Morgano et j’ai pris le combiné du téléphone :

 

— Allô, papa…

— Salut fiston, a fait la voix de mon paternel à l’autre bout de la ligne. Comment se passe ta semaine ?

— Plutôt bien, ai-je répondu. Et toi ?

— Très bien, oui, je devrais être de retour dans cinq jours maximum. Mais, tu es certain que tout se passe…

 

Peut-être qu’il avait décelé quelque chose d’inattendu dans ma voix. Une tonalité inhabituelle. Après tout, ces deux dernières semaines je n’avais cessé de repenser à Ashley, et les souvenirs de notre relation flottaient toujours dans mon esprit. Je l’ai coupé, presqu’instinctivement :

 

— Oui, je te dis que ça va, papa.

— Je ne sais pas, on dirait que tu… Bradley, tu ne vas pas te remettre à penser à cette fille…? Tu sais que c’est de l’histoire ancienne… Il faut que tu ailles de l’avant maintenant !

 

Sa phrase avait résonné comme un reproche, dans le combiné du téléphone. Et c’était rare que mon père prononce mon prénom de cette façon. D’habitude c’était toujours « fiston » ou « Brad ». Il avait deviné mon état de fatigue, et mes lamentations. Mais il avait raison, je devais cesser de ruminer à ce point. La page devait être tournée. J’ai attendu un instant, j’ai pris une gorgée de cappuccino et j’ai reposé le gobelet sur le bureau de Dany. Ensuite j’ai repris :

 

— Oui, tu as sans doute raison. Mais ça m’aide de bosser chez Dany Morgano. Au moins, je vois autre chose, du monde, et je m’occupe l’esprit.

— C’est très bien, ça, Brad. De toute façon tu n’as pas d’autre choix que celui d’avancer, n’est-ce pas ?

— Exact…

— Tu as fini ton service ?

— Oui, et j’ai terminé ma journée aussi. Je ne suis pas sensé travailler ce soir. Et Dany ne m’a rien signalé, ce qui signifie que je ne viendrai probablement pas en extra… J’ai donc ma soirée de libre.

— Ok, c’est super. Et que vas-tu faire ?

— Je ne sais pas encore, je vais peut-être appeler des amis… Ou aller sur la plage, qui sait…

 

J’ai encore échangé deux ou trois phrases avec mon père, puis nous avons tous les deux raccroché.

 

Il ne fut pas loin de quinze heures, lorsque je regagnai le vestiaire pour me changer, tout en songeant à ce que j’avais dit : appeler des amis… Sauf que la réalité m’a soudainement rattrapé : Johnny Miles, mon meilleur copain, était en vacances dans la famille de sa mère en Floride, Danny Parker était lui aussi parti, et ne serait pas de retour avant trois semaines. Quand à Martin Evans, il bossait de nuit pendant tout le mois de juillet. J’aurais pu téléphoner à des copains de longue date et m’assurer qu’ils étaient disponibles pour disputer une partie de poker autour de quelques bières bien fraîches, mais l’envie n’était finalement pas au rendez-vous.

 

En arrivant à la maison, je rangeai mon vélo dans le garage et montai prendre une douche. Après quoi, je décidai de m’allonger sur mon lit. Finalement, la fatigue me gagna peu à peu. Je fermai les yeux et me laissai aller, sombrant dans un sommeil que rien ne vint perturber.

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Blog

Rémy Picchiarelli

28-02-2016

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Les mystères d'Outer Banks n'appartient à aucun recueil

 

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