"Le Pont de la Rivière Pleure" est une tranche de vie mise en ligne par
"Ancolies".. Venez publier une tranche de vie ! / Protéger une tranche de vie |
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Du temps où, à Paris, j’avais mon groupe rock, improbablement - mais probablement génialement - baptisé Le Pont de la Rivière Pleure, j’étais habité. Je me souviens, juste une heure avant notre premier concert, je marchais dans la rue avec ma compagne non loin du club, le Blues du Nord, où nous devions jouer lorsque 2 jeunes d’une vingtaine d’années nous ont arrêtes. Qu’est-ce qui t’arrives mec, t’as un drôle d’air ? Je devais avoir une sorte d’halo, une aura, je dégageais quelque chose, je rayonnais, j’irradiais, j’étais nourri de mon sujet. Venez au concert je leur ai dit. Il y avait la tension nerveuse avant les dits concerts, je ne sais pas si c’est cela le trac, mais aussitôt sur scène, aussitôt le micro en main, je me sentais extraordinairement bien. Ne restait plus qu’à balancer ces chansons que je jugeais importantes, qui faisaient partie de moi, qui étaient part de moi. Je n’avais jamais écrit que du sincère. Ces chansons n’étaient pas de la fiction, elles étaient intégrées à ma vie. Sur scène j’étais pareil, sincère. Nul artifice, nul rôle, nulle comédie, j’étais moi, comme je le suis dans la vie. Moments d’extase. On nous dit qu’il faut gérer la descente après ça. Cela ne m’arrivait pas. Je ne me sentais pas déprimé après un concert, après avoir tout donné, je me sentais bien. Je faisais ce que j’avais choisi de faire, ce que j’aimais, peut-être ce pour quoi j’étais fait. A un concert dans une grande salle, j’avais un invité pour le final, le bluesman black de Chicago Luther Allison, qui obtenait l’année suivante le Grammy Award pour son œuvre (juste avant de mourir). Il me disait « You get something man ! ». Merci Luther. A ce même concert, après cette première fausse fin avec Luther, j’avais un second invité, Patrick Coutin. Coutin l’indien comme je l’appelais en raison de sa peau burinée. Il était venu avec son frère, Coutin junior qui jouait aussi de la gratte électrique, et Luther était toujours là, ce qui fait que nous étions une douzaine sur scène. C'est à ce concert-là que ma mère est venue me voir. La seule et unique fois où je l’ai invitée (la seule et unique fois où elle serait venue, elle n'allait quand même pas remettre "ça"). Cela a dû lui faire un drôle d’effet de me voir en rock star, elle qui m’avait effacé toutes les années de mon enfance. Elle n’a pas tenu les 2 heures et demi du concert. Quand après le black, l’indien est arrivé, cela a fait trop pour elle et elle est partie. Elle a raté une version de 12 minutes du tube de Coutin, J’aime regarder les filles (qui marchent sur la plage). Le Pont de la Rivière Pleure, un projet génial qui a capoté en raison des problèmes d’ego (pléonasme ?) des uns et des autres, le batteur tirant la bourre au clavier tirant la bourre au guitariste rythmique tirant la bourre aux choristes, et le dit batteur passant son temps à faire la gueule parce qu’il ne tirait pas son suffisamment son coup…, bref ils m’ont tellement cassé les burnes que j’ai décidé de tout arrêter, personne entière que je suis. Et d’autant plus qu’ils jouaient certes excellemment bien mais super fort et que je devais hurler pour me faire entendre. D’ailleurs, avant notre dernier concert je leur ai dit Si vous jouez pas moins fort je quitte la scène. Ça a marché 10 minutes, c’était plus le même groupe, avant que le naturel ne revienne au galop. Il faut dire que le bassiste avait tellement joué de rock depuis l’âge de 14 ans qu’il en était devenu à moitié sourd (ce qu’il refusait d’admettre), et jouait donc à fond les ballons, le batteur et le guitariste suivant le mouvement. Cela me contrariait d’autant plus qu’il était fondamental pour moi que le public comprenne mes textes, ce qui était compliqué au milieu de cette décaphonie et je n’ai pas la voix de Johnny. C’est vraiment dommage d’avoir dû dissoudre ce groupe, d’autant qu’après les 3 ans d’énorme travail effectué on était vraiment bons et qu’une maison de disques aurait sûrement fini par nous signer s’ils avaient daigné se déranger pour nous entendre jouer. Mais voilà, j’ai dissous, après y avoir laissé toutes mes plumes, tous les ponts d’or que j’avais gagnés en bossant précédemment dans l’enfer de la pub. Ouais on était vraiment bons, les morceaux, les enchaînements qu’on mettait au point pour faire se succéder 3 ou 4 titres grâce à d’habiles et musicales transitions. Au programme des concerts, dans l’ordre : intro le début de Royal Air Foutre, enchaîné avec Grande surface et C’est ma sœur, puis Be’bop’a’loubard enchaîné avec Keskellle a la vida, puis triple enchaînement Pas là pour perdre, Au hasard Bernard, C’est Bashung qu’on se tire ; entracte ; reprise : Homme de pierre, Who is qui, Sdf, La bière, Papa est veuf enchaîné à Couscous Shalom, Mille neuf cent quatre-vingt con enchaîné à Himalaya et enfin Déclipse, avant les invités et les rappels. Ai-je des regrets d’avoir dissous ce groupe ? Peut-être bien. Nous étions vraiment bons vous dis-je et souvent il fallait jouer 2 soirs de suite au même endroit, des tas de gens n‘ayant pu entrer le 1er soir tant la sale était bondée. Cela a été le cas dès notre premier concert. D’ailleurs, mes 4 frère et sœurs y sont venus, de leur chicos banlieue ouest ou leur non moins chicos quartier de Paris dans un bouge au fond de Barbès et ils sont tous revenus le second soir. Nous étions cultes. Une fois, après un concert, une fille m’a dit - pas une groupie, je ne m’intéressai pas aux groupies -, donc une fille m’a dit « Heureusement que des gens comme toi existent ». Merci, mais cela ne me faisait pas gonfler les chevilles, j’’avais la tête dans le boulot, l’amélioration les titres du répertoire, l’impatience de l’intégration de nouveaux titres - j’en avais à la pelle, il y en a 322 sur mon site musical -, leur transformation des versions studio en versions live… Être sur scène avec mon groupe de rock a sûrement été les instants les plus forts de ma vie. J’avais du charisme, je le sais et nous emportions la salle. A la fin des concerts c’était 1 rappel, 2 rappels, 3 rappels… Notre record de spectateurs ça a été à la Fête de l’Huma, des milliers de personnes, et devant la scène ça pogotait ça pogotait… Après, après le groupe j’ai continué en solo. J’ai fait pas mal de concerts, seul avec ma gratte ou en petite formation à 4 - sans batterie et sa pulsion, formation que j’avais baptisée Loreal de Madrid (parce que nous le valions bien). Mais cela ne valait pas le groupe. Le Pont de la Rivière Pleure, mon premier fils. Juste après avoir dissous, j’ai fait Hugo. Hugo, mon garçon, mon orphelin, ma maison. Ça aussi ça a été et c’est toujours quelque chose. Ma graduation dans la vie aujourd’hui c’est 1 mon fils, 2 ma création. Le reste, bof le reste.
En bonus, le morceau live avec Luther :
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Le Pont de la Rivière Pleure
appartient au recueil Le Pont de la Rivière Pleure
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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