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Le passage - Nouvelle

Nouvelle "Le passage" est une nouvelle mise en ligne par "Mégalac"..

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LE PASSAGE

Cela faisait trop longtemps que je vivais à côté de moi. Ma vie ressemblait à un combat pour tenir dans le temps en espérant un changement. Rien n’est venu, donc j’ai pris la décision de changer de cadre de vie, de façon de vivre, de rechercher le plus grand calme. Sans être dépressif j’ai réalisé que je perdais mon temps jour après jour. Dès sa mise en vente ma maison a attiré des futurs acquéreurs, il faut donc que je trouve mon paradis terrestre rapidement.  De vacances anciennes il me reste des souvenirs agréables du Morvan, du mont Beuvray et de son site archéologique sur l’ancienne ville fortifiée gauloise : Bibracte. Je me souviens de grandes forêts, de paysages vallonnés. Je loue vite en meublé une maisonnette à Saint Leger sous Beuvray pour faire de la prospection immobilière. Mon souhait serait d’avoir un grand terrain, et une maison assez spacieuse. Le tout un peu à l’écart de la ville et de son agitation.

Au bout de plusieurs semaines de recherches infructueuses et malgré l’aide de plusieurs agences immobilières, je suis toujours sans point de chute. Comme chaque midi je me retrouve au restaurant, bar, pmu, poste, centre des impôts, épicerie du coin, seul devant ma bière et le plat du jour.

Je suis abordé par un homme assez grand, sec, barbe de quelques semaines poivre et sel, le regard noir. Il me demande sans aucune formule de politesse si c’est moi qui cherche à acheter une « baraque » dans le coin. Comme il louche sur ma bière je lui propose de s’assoir et je lui commande à boire. Il s’exécute et m’explique en quelques mots qu’il vient d’hériter des biens de sa mère, qu’il est hors de question qu’il mette un pied dans cette propriété, qu’il souhaite s’en défaire à tout prix, et qu’il partira sans se retourner. Si je veux aller voir il me donne les trousseaux de clés pour visiter à mon gré. Il parle de terrain en hectares et de plusieurs bâtiments… Il me précise que c’est dans l’état, qu’il ne videra rien, et que si je suis intéressé mon prix sera le sien !!! Nous convenons de nous retrouver le lendemain au restaurant sur le coup de midi. Il avale sa bière d’un coup et disparait.

Ma curiosité est excitée. Je décide de visiter ce lieu qui semble idéalement situé. Mon repas vite avalé, je file vers cette propriété qui m’attire comme un clou par un aimant. Cela fait bien 50 ans qu’il n’y a pas eu de coup de peinture et de ménage de fait dans ces bâtiments. Le frigo est garni, le lit de la défunte défait, la vaisselle sale en attente et gagnée par la moisissure, quelques bijoux trainent sur une commode, un porte-monnaie bien rempli leur tient compagnie. Des tableaux qui ne m’inspirent pas trop un peu partout, des tapis usés jusqu’à la corde sont disposés sans ordre sur les parquets. La cave semble bien remplie. Le bâtit est sain, le terrain magnifique, des arbres centenaires, deux étangs, une forêt, le tout clos de murs. J’ai un immense coup de foudre.

Le lendemain je suis un peu en avance au rendez-vous. Il m’attend assit à la même table qu’hier. Je lui dis que je suis intéressé et lui fais une proposition financière très minimaliste. Avant que je lui serve mon boniment sur le cout de la remise en état il acquiesce sans discussion. Me donne rdv chez le notaire et disparait en me laissant les clés de ma future propriété.

Me voilà propriétaire d’une grande résidence pour un prix ridicule. Le notaire était visiblement troublé que cette vente se fasse de cette façon. Il a demandé deux fois si le prix de la transaction était clair pour tout le monde. Il fallait que mon vendeur et sa mère se détestent énormément pour en arriver à céder sans discuter le prix, une aussi belle propriété. Pour être honnête je ne m’en plains pas. Bien sur cette maison est dans son jus. Après un mois de va et vient à la déchèterie, j’ai une bonne vision des futurs travaux à effectuer. En premier lieu j’ai décidé de faire les plans du bâtiment principal pour pouvoir préparer les demandes de devis ou les achats de matériaux pour ce que je réaliserai moi-même.

Dès les premières mesures je réalise que si j’ajoute la longueur du salon, de l’entrée, du boudoir et de la chambre du rez-de-chaussée côté cour, et que je compare à la mesure de la façade il manque environ deux mètres. Je recommence ; toujours la même différence. C’est beaucoup plus que l’addition de toutes les épaisseurs des murs. Le boudoir à le mur mitoyen avec la chambre recouvert de boiserie. En tapotant les panneaux je découvre que celui du milieu sonne creux. Je suis super excité. Après un examen minutieux de celui-ci je découvre un petit morceau d’une moulure qui peut se tirer. Je dois utiliser toute ma force car cela semble être resté longtemps sans graissage. J’y arrive enfin. Cela déclenche un mécanisme qui entrouvre légèrement une porte dans la boiserie. Je me munis d’une lampe avec une grande rallonge et j’ouvre la porte en grand qui accepte dans un grand grincement. La première chose que je fais est de bloquer la porte avec un fauteuil. J’ai suffisamment lu et vu de polars pour éviter la faute des débutants. La lampe bien en main je découvre un escalier en pierres usées en leurs milieux et recouvertes d’une grosse couche de poussière. Je compte les marches. A huit il y a un petit palier et l’escalier repart en sens inverse. En tout 40 marches. Elles débouchent sur un petit espace surplombant une grotte monumentale sans aucune stalagmite ni trace d’eau. Même l’air semble très sec. Je suis en limite de ma rallonge électrique. Un dernier escalier d'une dizaine de marches en bois permet d’atteindre le sol. Je crois voir des rangées de très hauts meubles et à certains endroits il y a des murs de gros moellons. Malgré les dimensions de cette salle, on dirait bien un entrepôt. Ma lampe ne suffit pas à bien éclairer l’ensemble. Je remonte pour m’équiper en conséquence. Projecteurs allogènes, rallonges, et piles pour ma lampe torche. Remonté dans le boudoir je referme plusieurs fois la porte pour être sûr que le mécanisme fonctionne bien. Il faut que je me pose et la nuit portant conseil, je dine et me couche avec des rêves de trésors et de malédictions. Tintin a laissé des traces. Le lendemain matin, pas vraiment reposé J’essaie de faire un petit récapitulatif de ma découverte. Il est assez improbable que mon vendeur ait ignoré cette « cave » dans la maison ou il doit avoir passé son enfance. Donc il devait savoir et a préféré fuir… Pourquoi ? Ou personne n’a trouvé cet escalier. Ce qui serait assez incroyable. Mais la couche de poussière sur les marches laisserait penser que personne n’est descendu depuis très longtemps… Je file au magasin de bricolage, le plus prêt (une heure aller, une heure retour !!) et m’équipe pour illuminer ma découverte comme il se doit. D’abord un bon repas, une réserve d’eau et en route pour jouer les Indiana Jones. Tirer les câbles me prend la matinée. Mais j’y suis alors lumière !! Je reste saisi par ce que je découvre. Je suis dans une bibliothèque colossale, inimaginable dans ce lieu. Visiblement il n’y a pas de livres modernes. Une bonne partie est garnie de rouleaux de parchemins, et il me semble avoir vu des papyrus égyptiens car j‘ai reconnu des hiéroglyphes. D'autres semblent être écris en arabe. Moi qui souhaitais un retour à la nature et vivre tranquille et au calme c’est réussi !!! Les documents sont rangés en deux zones. Avant et après la découverte de l’imprimerie. Il y a des centaines d’incunables.  Je me rends à la jonction des deux époques, je me saisis d’un très gros volume, ou les feuillets sont cousus avec du crin ou du nerf séché. La couverture est en cuir qui semble être sans âge. Une indication en vieux français indique qu’il s’agit de la bible en deux tomes, et que je tiens dans mes mains le premier volume produit par Gutenberg. Si chaque livre, manuscrit est de ce niveau de rareté et de conservation, je suis devant la plus grande découverte de tous les temps. Je continu à parcourir les travées. Je ne connais quasiment aucun de ces ouvrages, mais mon instinct me dit qu’il s’agit d’un trésor immense, du fait de sa valeur et de son côté historique et culturel. Je tombe par hasard sur ce qu’on pourrait appeler un bureau recouvert de papiers. Certains sont à petits carreaux, donc de mon époque. Il y un carnet avec un message en français : « Pour vous qui découvrez ces lieux ». Je l’ouvre et découvre une lettre qui de fait m’est adressée.

 « Cher nouveau / elle propriétaire de mon lieu de vie soyez le/la bienvenue. Vous avez découvert la bibliothèque secrète. Elle existe depuis la guerre des gaules de Jules César, parait-il. Cléopâtre lui aurait donné des documents sauvés de la grande bibliothèque d’Alexandrie. Cela a été le déclencheur de cette accumulation. Au début c’est l’emplacement qui n’a qu’une seule entrée, cachée par les constructions successives et maintenant par la maison, et surtout l’atmosphère très sèche qui a motivé le stockage ici de la mémoire des hommes. Cette grotte serait une ancienne bulle de roche en fusion qui serait restée en l’état.  Pendant longtemps une société secrète en a géré l’existence. Je parle en siècles. Mais les grandes famines, la Révolution française, 14/18 et les nazis ont réduit à néant les effectifs qui assuraient l’entretien et la vie de cette incroyable collection. Mon grand-père et son épouse ont été les derniers véritables gardiens de ces lieux. Moi j’en suis la dépositaire et j’ai préféré attendre que quelqu’un d’autre se charge d’en révéler ou pas l’existence. Même mon fils ne connait pas ce lieu. Mes grands-parents m’ont expliqué qu’il y avait ici assez de documents pour remettre en cause beaucoup de nos certitudes, de nos mythes et de nos croyances. Cela m’a toujours fait peur. Alors à vous de voir ce que vous ferez de ces trésors. Bon courage, soyez fort. » 

Me voilà bien. Je range mes câbles, lampes, et autres matériels. Je referme la porte secrète, et pars me promener. Il me faut de l’air frais pour réfléchir à la suite à donner à ma découverte. Arrivé au village je fais une pose au café pour déguster une bière fraiche. Je suis apostrophé par le pochard du coin : » alors vous avez trouvez le trésor ? » Je trésaille intérieurement, me retourne calmement, et lui souris en lui répondant : » Hélas non, rien que des vieilleries ».

 

GG24

 

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Mégalac

12-10-2024

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Le passage appartient au recueil J'en étais sur !!!

 

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