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Le lotus rouge - Tranche de Vie

Tranche de Vie "Le lotus rouge" est une tranche de vie mise en ligne par "Ancolies"..

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Le lotus rouge

 

Fin des années 80. Cherchant la réponse dans le vent outre-Atlantique, je traîne mes guêtres décontractées en Floride depuis 10 jours pour tourner d’ineptes films de pub Contrex. Le contrat minceur le contrat Contrex, une idée de mon boss qu’il a dû trouver dans sa baignoire ou son boudoir et qu’il juge géniale, et il a absolument voulu que j’en fasse quelque chose de cohérent. Comme si la cohérence et la pub avaient ne serait-ce qu'un seul point commun ! Sous un soleil éclatant et un ciel d'un bleu merveilleux, on a tourné la plupart des plans à Miami et on est descendus dans les Keys pour en réaliser d’autres. La prod est venue me chercher en limousine à mon arrivée à l’aéroport et ma chambre d’hôtel, à Miami comme dans les Keys coûte 1500 balles la nuit. Le temps passé à Miami, tous les soirs on va diner dans le même resto japonais. C’est le souhait du réalisateur. Ça me va très bien, les sushis et moi on est amis-amis. On va diner, on c’est le réalisateur donc, le producteur des films, l’actrice principale (la femme du tennisman Mats Wilander), également Madame Contrex à laquelle je tiens la main avec pour mission de la rassurer et moi, le concepteur, le scénariste de la brillante affaire. Je m’attarde jamais au restaurant. Une fois mes sushis avalés, je plante les convives là et me casse pour rentrer à pieds à l’hôtel, traversant pour ce faire le ghetto cubain enclavé entre des quartiers bien friqués. Dingue : une rue t’es chez les richards, la suivante sans transition t'es immédiatement dans le ghetto. Là les baraques sont de planches et de tôle ondulée, les mecs en marcel fument leur roulée ou leur ganja assis devant leurs dites baraques avec un carré d’herbe et de terre pourraves devant eux. Le temps qu’ils réalisent ahuris qu’un hurluberlu inconscient traverse leur zone interdite et se lèvent pour le courser, je suis déjà 200 mètres devant.

Voilà, maintenant le tournage est achevé et je dis à la production que je ne veux pas rentrer à Paris immédiatement mais transiter quelques jours par New-York. En m'y rendant en caisse. Ils me disent que je suis barje, Miami New-York en caisse c‘est 3 jours minimum. Là-bas, dans les je crois 50 états, tu dépasses la limite de vitesse d'un demi-mile, t’as le sheriff immédiatement aux fesses. Ok, changez mes billets d’avion je leur dis en leur confiant aussi mon sac de voyage à rapatrier, ne gardant qu’un petit sac à dos où j’ai fourré 3 calebards et t-shirts, une brosse à dents et 3 ou 4 bouquins. On est sur la plage de Miami un après-midi à faire des photos pour le dossier de presse des films quand la limousine se repointe pour m’emmener à l’aéroport. Les premières classes de Pan-Am n’ont rien à voir avec celles d’Air France, beaucoup plus luxueuses. Moi en bermuda et avec mon petit sac, on est entouré de jeunes loups du marketing qui bossent en costards sur leurs dossiers tablette dépliée. On arrive à New-York en fin d’après-midi. Je suis total à l’aveuglette - ça me plaît - mais demande quand même à la descente de l’avion à l’un de ces jeunes loups si l’aéroport est loin de la ville. Il me rancarde et me dit de me méfier des chauffeurs de taxis qui vont évidemment chercher à m’arnaquer. Sans problème j’en trouve un, de taxi, négocie 150 dollars pour qu’il m’emmène en ville. On roule un bon petit moment et je vois apparaître un panneau New-York. Je dis au gars que je descends là. Il me réclame 300 dollars, 150 pour le voyage retour à l’aéroport. Que dalle, on a dit 150 je lui file 150. Il dégage en m’insultant et je marche au hasard.

C’est le printemps et la nuit est douce. Je marche, je marche, j’ai 30 ans et pas encore d’arthrose. Je marche et je mate. Je traverse Central-Park, je traverse Harlem, pas un accroc. A 3 plombes du mat je tombe sur un YAMC. Je prends une couchette dans une piaule pour 4 et tente de dormir. Quel raffut là-dedans ! Dans les autres chambres les nénettes et les mecs font de la zic, de la cuisine, du ramdam…. Au bout d’une demi-heure je me casse pour replonger sur le trottoir et je remarche. Toujours au hasard. La nuit est toujours douce et je mate toujours la grosse pomme déserte. A l’aube, sur une étoite avenue je tombe sur un vieux petit hôtel qui m’a l’air sympa. Je prends une chambre. En fait, hasard ou karma, c’est le Chesea Hôtel, là où tous les poètes beat sont passés dans les années 60. Et j’occupe la chambre où 20 ans plus tard Sid Vicious, le bassiste des Sex Pistols pour qui l’ignorerait, s’est suicidé après avoir trucidé sa copine. Il a gravé son nom au couteau sur la table de bois de la chambre.

Pendant 5 jours je marche, prends le métro, avale des Cherry-Coke, du plus raide quand le soir je vais dans des clubs de blues et de jazz... En fouinant de bacs en bacs à Greenwich Village, j’achète des cds du Velvet, des pirates des Flaming Groovies, de l’Airplane, de Country Joe, du Dead… et même des t-shirts dans une boutique gay où je me fais siffler. 5 jours c’est vite passé, déjà faut repartir, le boulot m’attend à Paris. J’atterris à Orly, prends la navette pour rejoindre Roissy où j’ai laissé ma caisse avant de prendre le vol aller il y a presque 3 semaines. L’addition du parking est salée mais je m’en fous j’ai du blé. Puis je rejoins l’agence de pub où j’officie et les locaux de la boîte de prod où je suis attendu pour monter ces ineptes films Contrex. Egalement je rentre aux studios d’enregistrement du Palais des Congrès pour faire faire les voix par Agnès Soral des ineptes spots radio relatifs que j’ai écrits. Agnès Soral, l’héroïne de Tchao Pantin, celle qui joue la copine de Coluche qui là, entre sa pompe à pétrole et sa flaque de rhum ne rigole plus. Elle est moins belle que ce que je croyais mais s’en tire très bien, de ces enregistrements à la con. Chouette souvenir de l’ensemble du périple.

Je ne suis pas retourné aux Etats-Unis, au pays du second amendement depuis. En fait je n’ai pas tellement voyagé hors Europe depuis ces film Contrex, les derniers dont je me suis occupé avant de claquer la porte de la pub pour m’adonner à cet autre cirque qu’est le rock’n’roll. Mais un de ces 4 si Notre Père me prête vie j’irai en Asie, promis. Je ne peux presque plus marcher alors je prendrai un pousse-pousse rouge, comme Tintin dans Le lotus bleu. Peut-être que j'y rencontrerai l'affreux Mitsuhirato, auquel cas je lui ferai avaler un râteau pour le punir de son affreux poison qui rend fou et dont je n'ai pas un besoin crucial. 

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Ancolies

19-06-2024

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Le lotus rouge appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies.

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