"Le lézard" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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Le lézard
Il y a un lézard qui crèche sur ma terrasse. Non je ne vais pas le déloger, pourquoi ferais-je une chose pareille ? Tranquille il va sa vie comme tranquille je vais la mienne. Comme je laisse également tranquille le petit papillon de nuit qui, attiré par la lampe, souvent volète au-dessus de mon écran. Non, guère il ne me nuit. Il y a également un lézard qui crèche dans ma tête. Depuis longtemps, bien longtemps. Celui-là non plus je ne vais pas le déloger, ce serait signer aussitôt mon propre déluge. Que raconte-t’il ce lézard dans ma tête ? Eh bien entre autre que pour nombre d’entre nous ou vous c’est d’art de vivre dont il s’agit tandis que j’en suis moi encore et toujours au bizarre de vivre. Mais on s’y fait extrêmement bien avec le lent et patient passage du temps, même si celui-ci a rencontré quelques barrières de passages à niveau tout au long de sa route. Et alors ? Le sport à voile, la caravane passe et enfin les barrières se relèvent, laissant sur les rails parallèles et infinis le train du temps reprendre son chemin. Bizarre de vivre ? Peut-être trouvez-vous cela bizarre. Peut-être même rare. Que non, je suis persuadé du contraire, que de multiples personnes sûrement de toutes les cultures éprouvent ce sentiment. Pour commencer, bizarre de vivre ou pas, nous partageons tous le mystère de la création. Nombre s’y adaptent sans autres questions, d’autres persistent à s’en poser. Mais au-delà de cet acte de naissance, qu’il s’agisse de celui du monde ou celui de l’individu propre que chacun nous sommes, nombre j’en suis certain, des milliers, des millions s’en frottent les yeux chaque jour de ce spectacle ici sur terre : comment les sociétés fonctionnent, comment les gens fonctionnent, comment soi-même fonctionne. Je pourrais tout aussi bien écrire dysfonctionne. Je suis une fois encore persuadé que nous sommes oui des milliers, des millions de permanents éberlués : nos qualités nos défauts, nos vérités nos mensonges, nos plus nos moins, notre générosité et nos manques, notre empathie et notre indifférence… Tous les échiquiers de la terre ne sont pas tous faits du même bois mais nous sommes tous de la même matière, de la même chair, du même sang. Après appartient à chacun ce qu’il décide d’en faire. A l’origine nous sommes tous du même cœur, fait de bonté et de mal. Bien entendu notre environnement familial et social intervient mais nous sommes doués de libre-arbitre et vient un temps où l’on fait ses propres choix d’être, un bienveillant, un actif bienfaisant, un indifférent, un complaisant, un méchant, un pervers voire un salopard de première… Nombre font des choix que nombre d’autres ne comprennent pas mais doivent cependant accepter, c’est ainsi que fonctionne et dysfonctionne cette chose étrange qu’on appelle la vie. Certains disent la chienne de vie. Lézard de vivre ? Ô celui du balcon a rejoint il y a quelques minutes à peine son repaire de pierre, aussitôt que le soleil est descendu par-dessous les toits des immeubles d’en face, ceux qui sont de l’autre côté du jardin sur lequel donne ma grande terrasse. Et moi, mon lézard besogneux dans ma tête ? Eh bien bientôt, c’est ainsi en octobre, il me faudra allumer ma lampe de bureau pour continuer mon boulot. Un boulot sans fin, un boulot qui ne prendra fin qu’avec la mienne. Ce n’est aucunement un problème, je fais ce que j’aime, j’aime ce que je fais. C’est un choix de vie qu’il y a 40 ans j’ai fait, qui m’a coûté très cher mais j’ai été remboursé au centuple. Naturellement de véreux hommes d’affaires, de sans scrupules traders, d’innombrables menteurs, et non je ne vais pas reparler encore et encore des affreux publicitaires, bref ils sont multiples ceux qui peuvent dire et claironner Je fais ce que j’aime, j’aime ce que je fais. Sauf que pour nombre d’entre eux, ce qu’ils font n’est que de la merde. Il va de soi que dans cette catégorie Je fais ce que j'aime, j'aime ce que je fais, je ne parle pas du modeste ébéniste, du talentueux et anonyme violoniste, de la femme à laquelle on n’a laissé que son foyer pour s’exprimer mais qui remplit parfaitement son rôle d’aimer etc… Avec ces derniers, nous sommes du même côté. Mais tous les autres-là, ceux qui écrasent sans états d’âme leur prochain pour s’enrichir à ses dépens, pour en avoir encore et toujours plus, pour déplier leurs grandes tables de porcelaine afin d’éclabousser leurs faux amis et véritables rivaux de l’éclat de la monstrueuse taille XXL de leur bas de laine, de leurs arts de la table, de leur art de vivre, sans envie aucune je le leur laisse. De loin, de très très loin, de beaucoup beaucoup et encore beaucoup plus loin, je préfère mon bizarre de vivre. Et si demain à Dieu ne plaise le soleil ne se lasse, je jouerai sous sa vive lumière à la marelle avec le lézard de ma terrasse. Lui, moi, aucun ne perdra et chacun gagnera, cette partie de marelle c’est ainsi que je la vois. |
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Le lézard
appartient au recueil Ancolies
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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