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Le départ pour Nezak - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "Le départ pour Nezak" est une grande nouvelle mise en ligne par "Jack Prince"..

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 Le départ pour Nezak

Chapitre 1

 Les nuages masquèrent le soleil, assombrissant le paysage dévasté de Kokuma. Les crocodiles quittèrent les îlots de terre noire et plongèrent sous l'eau. Le vent se leva et fit craquer les branches des arbres morts. Le vieux soldat suça le bout de son index sale et leva le doigt humide en l'air. Le souffle venait du large. Faisant quelques pas, il entra dans l'enceinte du château d'Horizon et à travers l'ouverture de la baie portuaire, observa le large. Au loin les nuages étaient noir charbon, et semblaient se rapprocher chaque minute un peu plus. La tempête arrivait. Le vieux soldat revint à la porte et s'adressa à son camarade.

-Préviens les autres que nous allons fermer la porte. On rentre tous s'abriter au château.

-On quitte notre poste à cause des intempéries? s'étonna l'autre garde, plus jeune.

-Crois moi mon garçon, reprit son ainé, même le plus courageux des soldats ne saurait rester de garde quand cette tempête balaiera la côte.

Le jeune blêmit et ne discuta pas. S'emparant de la corne qui pendait à sa ceinture, il souffla deux fois dans l'instrument. Le son grave résonna dans l'air lourd. Puis le silence revint, parfois interrompu par les sifflements du vent. Enfin, depuis l'autre extrémité du château, un mugissement semblable s'éleva, deux fois. Les gardes de l'autre porte envoyaient leur réponse.

-Fermez la porte! Ordonna le vieux garde.

Aussitôt deux soldats coururent jusqu'aux larges manivelles et entreprirent de faire descendre la lourde herse. Le vétéran observa les jeunes gens s'activer. Un léger bruit sur son casque retint son attention. Puis un deuxième. Et encore un autre. Il leva la tête vers le ciel et une goutte d'eau s'écrasa sur sa joue. L'averse commençait, la tempête ne devait plus être loin.

-Dépêchez vous les gars, ou nous allons être trempés jusqu'aux os! ordonna le vieux soldat.

Les deux hommes redoublèrent l'allure. Dans un grincement sinistre, la grille continua sa lente descente vers le sol. Elle avait parcourut les trois quarts du chemin lorsque le jeune garde de la porte s'écria:

-Attendez! Attendez ne fermez pas!

Le vieux soldat lui jeta un regard interrogateur, ce à quoi son camarade répondit en pointant son doigt vers la route. Un épais brouillard s'était installé et le vétéran dut plisser les yeux pour voir la silhouette d'un cavalier se dessiner sur le chemin. D'un geste de la main, il ordonna aux deux soldats de retenir la herse. Les hommes s'exécutèrent. Le vieux garde s'avança vers l'entrée, une main posée sur la garde de son épée, prêt à réagir en cas d'attaque. Il se détendit lorsque le cavalier sortit d'un rideau de brume et qu'il reconnut sur lui les couleurs de Valorian. L'homme semblait tout aussi éreinté que sa monture, et devait être heureux d'arriver à bon port avant que le temps ne se gâte d'avantage. Il stoppa son cheval à quelques mètres du vieux garde et après avoir mit pied à terre, s'approcha en tirant l'animal par la bride. Il se pencha vers le vieux soldat et dit:

-J'ai une missive urgente pour le capitaine Prince! Où puis-je le trouver?

-Il doit être sur son bateau, je vous y conduit, répondit le vétéran.

-Sur son bateau? répéta le messager, étonné.

-Oui, il a racheté un navire à la compagnie marchande de Kokuma, et y a élu domicile. Lorsqu'il n'est pas à Keter, c'est ici qu'il vient vivre. Le bâtiment est toujours à quai, suivez-moi.

Le cavalier confia sa monture à un des soldats et suivi le vieux garde. Celui si se dirigea au pas de course vers le quai et s'engagea sur un ponton de bois. Il lança par dessus son épaule, à l'adresse du messager:

-Faites attention, les planches sont glissantes!

Celui-ci malgré les recommandations, failli tomber et se rétablit de justesse. Il n'avait guère envie de faire un plongeon dans l'eau du port. Il suivit le vieux soldat jusqu'au bout du ponton. Là, le vétéran lui désigna une passerelle, menant à un navire à moitié caché dans le brouillard. Le messager s'y engagea tandis que le vieux garde lui criait, tentant de couvrir les rugissements du vent:

-Dépêchez-vous, on n'y verra bientôt plus à cinq mètres! Nous devons nous réfugier dans le donjon!

Le messager acquiesça et traversa prestement la passerelle. Il prit pied sur le pont du bateau et s'engagea vers la poupe, où se situait la cabine du capitaine. À n'en pas douter, l'homme qu'il cherchait devait s'y trouver. Il toqua à la porte et attendit. Aucune réponse ne lui parvint de l'intérieur. Il frappa à nouveau et tendit l'oreille. Rien. Il tenta d'actionner la poignée mais la porte était fermée à clé. Il revint vers la passerelle et cria au vieux soldat:

-Il n'est pas là!

-Il fait parfois la sieste en haut d'un des mat, répondit le vétéran, mais avec cette purée de pois impossible de voir...

Joignant le geste à la parole, il plaça sa main en visière et scruta la mature du bâtiment, mais les hauts troncs se perdaient dans le brouillard. Le messager crut avoir mal comprit. Il pointa le doit vers le ciel et cria:

-Vous êtes en train de me dire que par ce temps, il pourrait être là-haut?!

Une violente bourrasque fit soudain trembler le navire. Le messager dû s'agripper à la rambarde de toutes ses forces afin de ne pas chuter. Tout le bateau vibra sous le choc. Les deux hommes entendirent un long cri et une silhouette sombre perça le brouillard au dessus d'eux puis tomba dans la mer houleuse. Le vieux garde soupira, puis lâcha:

-Oui, on dirait bien...

***

Transit de froid, Jack Prince grelottait, emmitouflé dans une couverture. Il serrait dans ses mains tremblantes une tasse fumante. Assit près de l'immense cheminée, sa peau retrouvait peu à peu une couleur normale. À quelques pas de là, le vieux garde et le messager étaient assis à une table, buvant la boisson chaude que les servantes du château leur avaient apporté. Ils avaient tant bien que mal réussi à sortir le capitaine de l'eau glacée, et à rentrer dans le château. Même dans cette chaude pièce, les grondements de l'orage et le hurlement du vent leur parvenaient et les faisaient frisonner. Après avoir fini son bol, le messager se tourna vers l'assassin et maugréa:

-Mais que diable faisiez-vous perché là haut?

-Je vous l'ai déjà dit, je dormais, répondit-il en grelottant.

-Vous dormiez? répéta le messager. Avec ce début de tempête, vous dormiez?

-Il a le sommeil lourd, expliqua le vieux garde pour l'excuser.

-Quand bien même, il dormait en haut d'un mat!

-Il observe souvent l'horizon pendant des heures là-haut, fit le vétéran à mi-voix, il lui arrive parfois de s'endormir.

Le messager observa cet homme qui frissonnait sous sa couverture. Il lui semblait maladroit, incapable, bref, loin de l'image que l'on pouvait se faire d'un membre de l'armée valorianne. Il ne portait même pas son armure ni ses armes, il était habillé en civil. Le cavalier avait du mal à croire que c'était lui le soldat qu'il était venu rencontrer. Comme s'il avait lu dans ses pensées, l'homme se retourna et lui demanda:

-Au fait, il paraît que vous me cherchez?

-Oui, fit le messager après un temps, j'ai reçu pour ordre de vous faire parvenir cette missive de la part de notre bon roi Neba....

-Faites voir... le coupa Prince, sans enthousiasme.

Offusqué par le comportement du soldat, le messager lui donna la lettre d'un geste brusque. De ses doigts encore tremblants de froid, le capitaine ôta le cachet de cire et déplia le papier. Il éternua, se moucha, puis entama la lecture du document. Tandis que le messager regardait ailleurs, ne voulant plus se préoccuper de ce malpoli personnage, le vieux soldat observa le capitaine. Au fur et à mesure que ses yeux défilaient sur le papier, son visage s'assombrissait. Ses sourcils se froncèrent lorsqu'il arriva aux dernières lignes. Il releva la tête et contempla le feu qui crépitait dans l'antre de la cheminée.

-Le monde devient fou, murmura-t-il.

-Que se passe-t-il, capitaine? demanda le vieux garde.

Il ne répondit pas tout de suite et regarda encore les flammes. Puis il se retourna vers le vétéran et avec un sourire triste lui dit:

-Rien de bien grave, je vais seulement devoir écourter mon séjour ici.

Joignant le geste à la parole il se leva, posa la couverture sur la table et se dirigea d'un pas assuré vers la sortie. Le vieux garde se leva et le suivit.

-Où allez-vous comme ça?

-Je retourne au bateau prendre mes armes et je rentre à Keter.

-Par ce temps? Mais vous n'y pensez pas!

-Ne vous inquiétez pas, mon talisman de téléportation d'urgence est à nouveau opérationnel.

Joignant le geste à la parole, il lui montra le collier qu'il avait accroché à sa ceinture. Au bout de la chaine, une petite amulette en bronze était attachée, et en son centre était incrustée une pierre rouge, qui dégageait une douce lumière.

-Ce...ce scintillement signifie donc que...

-Que son pouvoir est rechargé oui, fit Prince en souriant. Je n'ai donc qu'à retourner au bateau, je pourrai ensuite me téléporter de là bas jusqu'à la capitale.

-Vous partez donc pour une mission... fit le vétéran.

Le capitaine se retourna. Sous ses airs bourrus, ce vieux soldat dissimulait un cœur en or. Toutes ses années à servir l'armée l'avaient endurci, mais ses tempes grisonnantes et ses yeux fatigués trahissaient une certaine lassitude vis à vis de la guerre. Ce pauvre homme avait vu tomber beaucoup de compagnons, et cela l'avait meurtri à vie. Aujourd'hui, il considérait tous les soldats du régiment de Kokuma comme ses propres fils, et il craignait d'en perdre un sur le champ de bataille. Prince posa ses mains sur les épaule du vétéran et lui adressant un large sourire, lui dit:

-Ne t'inquiète pas papy, je reviendrai.

-Papy?! Tu me vieillis mon garçon! Je suis dans la force de l'âge, et je peux parfaitement te botter le derrière!

-Il me faudra donc t'affronter à mon retour, fit l'assassin en riant.

-C'est ça, je t'attends de pied ferme, petit malappris!

Prince sourit et tourna des talons. Sans se retourner, il leva la main en signe d'au revoir et ouvrant la porte du donjon, disparu sous les rideaux de pluie.

***

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Auteur

Blog

Jack Prince

26-08-2013

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Le départ pour Nezak appartient au recueil L'histoire de CaptainPrince

 

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