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L'arc du temps - Grande Nouvelle

Grande Nouvelle "L'arc du temps" est une grande nouvelle mise en ligne par "Jack Prince"..

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L'arc du temps

 

Après avoir passé des années à se confronter au dieu du temps Aaron, Jack Prince reprend les armes une dernière fois pour faire face à une menace sans précédent...

 Chapitre 1: Le temps dans le sang

Si les années de guerre opposant Derion à Valorian avaient engendrées de nombreux problèmes économiques dans tout le continent, il était un commerce, outre celui des armes, qui ne connaissait pas la crise : la restauration. Et les différentes tavernes et points de boisson de Keter ne faisaient pas exception. Leur clientèle était très largement composée de soldats et de mercenaires, qui aimaient festoyer après une dure bataille, mais aussi de marchands et de visiteurs en tout genre. La taverne était le carrefour social de la capitale, où toutes sortes de gens venaient boire, manger, rire et chanter. Si les autorités militaires avaient tout d'abord tenté d'interdire la fréquentation de ces établissements à leurs soldats, ils comprirent rapidement que c'était peine perdue. Non seulement les militaires désobéissaient nonchalamment aux ordres, mais toute tentative de punition des réfractaires aurait sans doute entraîné une émeute civile. Ainsi, seuls ceux qui étaient chargés de la surveillance de la cité avaient interdiction de boire ou de fréquenter la taverne, tout du moins pendant leur service. Une étude menée par Keroton, banquier principal de Keter, démontra qu'environ quarante pour cent du salaire d'un soldat finissait dans les caisses d'un de ces nombreux établissements. Loin d'être une ville d'ivrognes, Keter avait cependant un goût prononcé pour la fête et autres réjouissances du même types. Carnavals, défilés, journées de la musique, fêtes culturelles, le calendrier valoriannais en était bien garni.

Et c'est dans l'une de ces tavernes que quelques soldats, des habitués, trinquaient ce soir là à une raison vague et sans importance qu'ils avaient déjà oublié après avoir vidé leurs chopes. Il était de notoriété publique que tout breuvage était infiniment meilleur quand on le buvait au nom de quelque chose. Peu importe quoi d'ailleurs, pourvu qu'on le déclame avec force et conviction. Ce soir là, c'était tout simplement « au patron » que ces soldats buvaient, puisqu'il s'avéra que le propriétaire de l'auberge fêtait ses 64 ans. Des applaudissements avaient éclatés dans toute la salle tandis que les clients portaient un toast d'une seule et même voix en son honneur. Puis chacun était retourné à ses occupations : discussions, plaisanteries, rêveries. Dans le fond de la salle, adossé contre le mur, Jack Prince sirotait le contenu d'un gobelet en terre cuite. Lui qui auparavant prenait joyeusement part aux festivités restait désormais en retrait. Non pas pour se couper des autres, mais parce qu'il observait. Il contemplait les jeunes soldats qui festoyaient joyeusement, pleins de vigueur. Et il se sentait vieux et fatigué. Usé pour le terme exact. Des poils blancs éclaircissaient sa barbe, et certains de ses cheveux s'étaient aussi décolorés. Parfois, ses muscles le faisaient souffrir, comme pour protester d'avoir trop travaillé toute une vie durant. La morsure des vieilles blessures venait parfois s'ajouter à ça, si bien qu'il avait l'impression d'être centenaire. Mais pourtant, il n'était pas vieux, non. Quel âge avait-il ? Il n'en avait pas la moindre idée. Il se savait encore jeune, il se sentait déjà trop vieux, mais il était incapable de savoir combien d'années il avait vécu.

-Foutus voyages dans le temps, lâcha-t-il à mi-voix.

Dans sa vie de soldat, il avait en effet été exposé de nombreuses fois à des perturbations temporelles. Qu'il s'agisse d'occire des abominations venues du passé, ou de s'y rendre pour empêcher la fin du monde, les voyages dans le temps n'avaient plus de secret pour lui. Il avait passé une grande partie de sa carrière à courir après les rares mais précieux morceaux de Memphis, afin de sauver son royaume. Et plusieurs fois, il avait trouvé le Dieu Aaron sur sa route. Jeune et intrépide, il ne s'en était tout d'abord guère soucié. Et il n'avait compris que trop tard que l'exposition prolongée aux vortex temporels engendrait des séquelles sur son corps. Le temps avait fait son œuvre, puis l'avait défait et refait à nouveau. L'assassin pensait parfois à cette légende selon laquelle une reine, attendant le retour de son mari présumé mort au combat, calmait sa foule de prétendants en prétextant choisir l'un d'entre eux une fois qu'elle aurait fini de tisser le linceul de son époux. Et chaque nuit, elle défaisait l'ouvrage qu'elle avait accompli de jour. De même, le temps avait de nombreuses fois fait vieillir les os et les chairs de Jack Prince, avant de déconstruire ses actions par la suite. Et son anatomie en avait été bouleversé : son corps lui-même ne savait pas quel âge il devait avoir. Certains jours, il se sentait plein de vigueur et d'autres, las et faible. Si son corps avait souffert, ses sens étaient quand à eux restés intacts. Et il en remerciait tout le panthéon chaque soir avant de s'endormir, sauf bien entendu les soirs où il sombrait ivre mort dans des endroits improbables. Ses missions d'infiltration, de sabotage et d'assassinat exigeaient de sa part une vue, une ouïe et à défaut un odorat supérieurs à la norme. Et de part ses origines elfiques, du côté de sa mère, Jack n'avait jamais eu à se plaindre de cela. À ces incroyables facultés venait s'ajouter un sixième sens hors du commun, qu'il avait développé au cours de son entraînement militaire. Et cette fois-ci, la proximité avec les flux temporels lui avait été bénéfique. Sa perception des choses invisibles s'était considérablement améliorée avec le temps, ou plutôt au sein du temps. Il sentait le danger approcher avant ses camarades, et cet instinct aiguisé lui avait sauvé maintes fois la vie.

Jack Prince porta ses deux mains à hauteur de son visage et les contempla, pensif. Il pouvait sentir sa peau vivre et mourir à chaque seconde, ses cellules se désintégrant avant de se reconstruire. Des milliards de cycles de vie tronqués, inversés, pris dans un éternel recommencement, un enchevêtrement aléatoire d'évolutions et de destructions. Cette sensation n'était pas tout le temps présente, heureusement, mais ce soir là, elle était particulièrement vivace. L'assassin ferma les yeux et sentit son esprit bouillonner. Ou plutôt, pétiller. Les cellules de son cerveau n'échappaient pas à l'étrange phénomène et explosaient pour se régénérer l'instant d'après. C'était un véritable feu d'artifice qui se tenait dans sa boite crânienne. Sans qu'il sache pourquoi, il sentait que son cerveau fonctionnait plus rapidement qu'à l'accoutumée. Tout allait si vite qu'il craignait de perdre le fil de ses propres pensées. C'était un curieux phénomène, il aurait pu avoir dix coups d'avance sur tout le monde sans même sans rendre compte. Son cerveau et ses pensées semblaient ne plus lui appartenir, et agir de leur propre gré. Mais il trouvait cela amusant plus qu'inquiétant. Il sourit doucement et continua d'observer les explosions de couleurs dans sa tête, jusqu'à ce qu'une voix ne le ramène de nouveau dans la taverne.

-... va bien ? S'enquit le soldat qui s'était penché vers lui.

Jack n'avait pas entendu toute la phrase mais vu l'expression inquiète sur le visage de son camarade, il semblait évident qu'il se faisait du soucis pour lui. L'assassin élargit son sourire et répondit :

-Oui, ne t'inquiète pas, je suis juste un peu fatigué. Je vais rentrer me coucher.

Le soldat leva un sourcil, et le regarda encore un instant, puis céda devant le sourire de Jack. Il lui tapota l'épaule et hocha la tête, puis retourna discuter avec ses camarades. Jack se leva, encore dans un état second, et après avoir laissé quelques pièces sur la table, sorti de la taverne. Quand la porte se ferma, le brouhaha s'estompa brusquement et il se retrouva face au silence des rues kétériennes. Il inspira à plein poumons pour reprendre définitivement ses esprits, puis secoua la tête. Trop se concentrer sur les réactions microscopiques et indécelables de son corps exigeait beaucoup d'énergie et lui avait donné le tournis. Mais la fraîcheur du soir l'aida à aller de l'avant et lentement, il prit le chemin du retour. C'était la nouvelle lune, et à part quelques torches ça et là, la ville était plongée dans les ténèbres. Mais peu importait, il connaissait la route, pour l'avoir emprunté plus d'une fois. Il aurait pu se repérer les yeux fermés. Un vent froid faisait grincer les enseignes suspendues et sifflait dans les ruelles, cherchant partout un endroit ou s'engouffrer. Jack Prince frissonna et pressa un peu le pas. Il avait hâte d'arriver chez lui et de s'endormir bien au chaud. Alors qu'il allait arriver au district des soldats, son corps implosa. Cela dura une fraction de seconde, mais c'est son corps tout entier qui se détruisit en même temps, avant de se reconstruire. Le temps d'un battement de paupières, il avait disparu de la réalité avant d'y revenir. Ce phénomène fut si inattendu que les pensées de l'assassin mirent du temps à se remettre en place. Conscient d'avoir eu plus qu'une simple « absence », la panique gagna Jack Prince et il mit quelques instants de trop à retrouver ses facultés motrices. Son sixième sens perçu très rapidement le projectile qui fonçait dans sa direction, mais son corps restait paralysé, comme s'il n'était pas encore complètement revenu dans ce monde. Le soldat comprit alors qu'il ne pourrait pas éviter l'objet. Seuls ses yeux se tournèrent en direction de la menace, et se posèrent sur le projectile une seconde avant que celui ci ne l'atteigne en plein tête.  

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Blog

Jack Prince

29-05-2016

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L'arc du temps appartient au recueil L'histoire de CaptainPrince

 

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