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Le coucou - Pause-Café

Pause-Café "Le coucou" est une pause-café mise en ligne par "Ancolies"..

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Le coucou

 

 

Vous ne le voyez ni ne l'entendez. Dommage pour vous les amis, car ce coucou-là est tendre et formidable. Rien à voir avec ses traditionnels collègues faits de bois triste et de cris stridents. Rien à voir avec ces vautours aigris qui se font un plaisir de vous rappeler à heure fixe que tout ça, vos chères montagnes, vos belles vallées, vos secrets sous des pierres, tout ça est pfttt ... compté. Nan, le coucou dont je vous cause crèche tranquille dans ma cuisine, dans une jolie niche jaune, verte, orange. A l'heure nouvelle, il en ouvre sans grincements les volets et salue d'un doux chant la compagnie, l'encourageant mélodieusement à s'enrichir d'aimer.

 

Est-ce ainsi que les promesses, les encouragements, les désirs meurent ? Le circuit électronique du coucou rend l'âme, et la cuisine est en deuil de ces volets éteints.

 

Incrédule, immobile, je les fixe des heures. Vont s'ouvrir ces foutus volets ?! Vont laisser l'amour chanter et sortir, oui ?! Mais non. Coucou est mort et bien mort. Ouais, ben pas moi.

 

Las ! Le magasin suédois où je me suis rien qu'avec du vulgaire argent procuré le vivant objet deux ans auparavant, le magasin pourtant coopératif n'assure ni suivi, ni réparation ni échange ni rien du tout vu qui z'ont arrêté l'article. C'est ça, z'ont alerté police-secours : Allô Brigadier, arrêtez l'article, vite vite, arrêtez l'amour ! Mais m'ont pas arrêté moi. Alors je cours partout et je fais cinquante horlogers classiques jusqu'en trouver un dont le fils connaît, ça tombe au poil, l'électronique.

 

Sauvé ! Faut voir ! Tricotent pas vite au magasin d'aiguilles détachées où je me rends chaque semaine plein d'espoir prendre des nouvelles de mon petit rossignol des îles. Tricotent même que dalle. Bref, à peine lassé, je récupère finalement coucou tel que je l'ai déposé huit mois plus tôt, couches de temps et de crasse en sus. Coucou le coucou ! L'est peut-être mort mais j'ai l'impression qu'il est quand même soulagé que je le sauve de la sinistre officine. Les larmes aux yeux je le rapatrie dans sa cuisine originelle dont il s'est depuis trop longtemps envolé. Je le pose mélancoliquement sur la table entre la sorbetière et le grille-pain. Je nettoie d'un chiffon ses ailes, tentant de faire disparaître les tristes traces que les sales coups de l'indifférence ont forcément laissées. Je découvre que les salopards du magasin ont même pas pris la peine de virer les piles, qui ont fondu et coulé partout. Quoi faire, quoi non ? Poubelle ? Ou alors espérer encore et raccrocher au clou toujours fiché au mur le coucou prodigue dont le cœur ne battra jamais plus ? Vous le fait pas dire, putain de dilemme.

Poubelle pas d'accord. L'amour se jette pas par les fenêtres. Alors je vire les piles fondues, gratte au couteau les gluants résidus coulés sur les circuits, fonce en ma réserve bricolage où je mets la main ô miracle sur les deux modèles de piles nécessaires, AA en haut, AAA en bas. J'insère les nouvelles batteries, commute le bouton On. Que dalle. Evidemment, tu croyais quoi mec ?

 

Essaie encore ! souffle de nouveau une voix inconnue. Entendu, mais essayer quoi ? Au pif : je vire les piles du haut et prend mon élan pour commuter à nouveau. Nan ! à l'instant ultime, je retiens mon geste et me ravise : je replace les piles du haut et vire celles du bas. Ouais, je le sens mieux comme ça. Et hop je commute.

Coucou ! fait le Coucou. Coucou ! je lui fais au coucou. Coucou ! fait la vie. La vie vachement surprise. La vie qui bat des ailes sans une seule pile AAA dans le bide.

 

C'est comme ça, des fois on renaît, et en général c'est pour tant mieux. Une histoire de don, de don du monde. Et aussi une histoire de mission. Ainsi Coucourageux chante chaque nouvelle heure durant une année entière, avant que son moulin miraculé ne finalement cale et s'éteigne. 24 fois 365, si je ne m'abuse Coucou chante encore 8760 fois, ceci d'un unique poumon et d'un demi-cœur kérosène. Moi je dis : hommes de peu de foi, prenons-en de la graine.

 

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Blog

Ancolies

22-09-2012

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Le coucou appartient au recueil Nouvelles d'une vie

 

Pause-Café terminée ! Merci à Ancolies.

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