"Le cercueil de neige" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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Le cercueil de neige
« Help ! Ôôhhhôôh ! A l’aide, à l’aide ! ». J’ai l’air fin, j’ai l’air malin tiens à crier comme ça dans la nuit, allongé sans pouvoir bouger dans la neige à une cinquantaine de mètres des premiers chalets dont j’aperçois les lumières fluettes. En plus ces chalets me paraissent bien trop loin pour pouvoir m’entendre. Mais que puis-je faire d’autre à moins de renoncer ? Ah, à quoi en sommes-nous réduits sur cette basse terre tandis que chaque nouveau jour est un nouveau mensonge, à moins qu’il ne s’agisse tout simplement d’un épouvantable songe. Je crie donc Ohé ! A l’aide ! dans cette nuit glaciale. Il faut que je vous explique : je suis atteint de naissance d’une maladie orpheline de paralysie, plus souvent partielle, parfois totale, sauf à parler. Ce n’est pas quotidien mais pas loin. Et cette nuit c’est la paralysie totale, allongé au cœur de cette neige, emmitouflé dans ce grand pardessus blanc même si on n’y voit goutte. Je me suis réveillé ce matin à Paris les jambes faiblardes et flageolantes. Mon programme consistait à rejoindre une petite station des Alpes pour quelques jours de ski, station où nous avions loué avec un copain et une copine un petit studio. Je suis parti ce matin donc de Paris en voiture avec des amis qui descendaient dans le sud et m’ont laissé à Grenoble. Là j’ai pris, non sans difficulté à marcher, un train pour Gap. Et à Gap, en fin d’après-midi j’ai pris un car qui m’a laissé à quelques centaines de mètres de la petite station. La nuit était tombée et je ne pouvais presque plus marcher. J’ai fait ce que j’ai pu, je faiblissais encore, puis mes jambes ont dit pouce, halte, ne pouvant plus me porter. Alors j’ai rampé dans la neige. Et maintenant je ne peux même plus ramper. Je me sens ridicule, tel un comédien sommé de tourner une scène débile comme balayer à droite et à gauche son arme tenue à bout de bras dans l’exploration d’une pièce vide, mais je crie A l’aide vers ces chalets et pour cette fois encore le ridicule ne tuera pas. En effet, une fois de plus mon ange-gardien bosse : après 20 ou 25 bonnes minutes à m‘époumoner, j’aperçois la lueur d’une torche électrique avançant hésitante dans l’obscurité la plus totale. Par ici, je suis là ! l’enjoins-je de mes ultimes forces. Ce sont un homme et une femme qui tombent alors sur moi presque transformé en yéti. Ils me portent sous les aisselles, m’amènent ou plutôt me trainent à leur chalet, virent sans états d’âme un de leurs mômes de son plumard (il dormira dans la baignoire ?) pour m’y installer tandis que je leur explique ce qui m’arrive en leur disant que cela passe quelquefois avec le sommeil. Ils m’enjoignent donc de bien dormir mais le lendemain matin je suis toujours dans le même état. Mes miraculeux sauveteurs font alors venir le médecin de la station qui m’administre une maousse piqure de calcium à laquelle je ne réagis pas - je devrais transpirer à grosses gouttes suite à cette dose de cheval. Le médecin n’en revient pas et veut m’évacuer sur l’hôpital de Grenoble. Je refuse en lui expliquant que le problème n‘est pas là et qu’il faut me laisser un peu de temps. Et que mes 2 amis arrivent le lendemain et qu’ils me prendront en charge. Il accepte et je passe la journée et une nouvelle nuit chez mes bienfaiteurs. Le lendemain, mon providentiel sauveur retrouve mes 2 amis arrivés à bon port. Ils me récupèrent, me font en me soutenant, portant, encore trainant, rejoindre le studio loué où je leur demande de me faire faire des exercices, comme tenter de faire quelques pas tandis qu’ils me maintiennent debout ou encore à me maintenir les bras et les jambes en l’air pour que le sang circule. La mobilité met 2 jours à se rétablir. Plus tard lors du séjour j’apporterai un gâteau à ceux qui m’ont recueilli et accueilli et j’irai rassurer le médecin. Si vous n’étiez pas mort de froid dans la nuit, il aurait fallu probablement vous amputer des orteils et des doigts, m’informe-t’il. Je m’en doutais, c’est pour cela que j’ai appelé dans la nuit. On peut dire que j’ai eu chaud dans cette neige blanche glacée sous la voute d’un noir d’encre. Mais c’était encore un jour de chance, merci l’ange-gardien. Il sera souvent apparu à des instants critiques dans ma vie celui-là et j’ai un copain croyant qui m’assure depuis des années qu’il prie chaque jour pour lui, pour mon ange-gardien. Eh bien merci à toi-aussi l’ami. Une autre fois je vous raconterai comment j’ai une nouvelle fois été sauvé in extremis de la noyade encore en raison de ces fameuses crises de paralysie parfois subites par une providentielle chasseuse d’oursins, très probablement admiratrice de Milou et Tintin, défenseurs acharnés du paralysé, la veuve et l’orphelin.
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Le cercueil de neige
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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