"La poussière de l'ange" est un texte court mis en ligne par
"Ancolies"..
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La poussière de l'ange Je taillais la route. Et en à peine quelques jours, même pas trois, c'est la route qui me taillait. Les cuisses, les mollets, les poumons, mes cicatrices aux poignets. Je marchais imprudemment du mauvais côté de cette route. Parfois, rarement, peut-être une fois dans la matinée et une autre dans l'après-midi, une voiture arrivait à pleine vitesse à ma hauteur, me frôlait et continuait sa course, soulevant derrière elle des nuages de poussière. J'attrapais alors mon bandana dans la poche arrière droite de mon pantalon et me l'accrochais tel un masque sur le nez et la bouche. Mes yeux me piquaient. Il n'y avait pas un souffle d'air et la poussière mettait très longtemps avant de retomber à terre. Au crépuscule, je m'éloignais de la route et m'enfonçais de quelques centaines de mètres dans les terres arides qui la bordaient. Je trouvais un arbre, dépliais mon duvet, m'allongeais. Je ne mangeais pas. Il y avait maintenant plusieurs jours que je n'avais pas mangé. A l'aube, je buvais un peu d'eau dans ma gourde. A présent elle était presque vide. Puis je replongeais la route. Où allais-je ? Ici. Exactement là où j'étais instant après instant. Kilomètre 66, 67, 68... Le manque de nourriture me purifiait. Je n'étais plus un homme. D'autres hommes auraient été là, ils m'auraient pris pour un fantôme. Je n'étais pas un fantôme, j'étais pur esprit. Les pieds dans la poussière que ma marche soulevait, je flottais haut au-dessus de cette route, au-dessus de ces paysages si secs, faits de terre sauvage, d'arbustes, d'épineux, d'amarantes, de pierres brûlantes réverbérant la lumière jusque percer l'air. Je voyais très loin. Il n'y avait plus d'heures, les jours étaient sans fin. Parfois le vent pour quelques instants soufflait mais jamais les arbres n'avaient été aussi muets. Les sons avaient disparu. Qui étais-je ? Plus personne. Rien qu'un ange sans ailes au ventre vide et très bientôt déshydraté Combien de temps, combien de pas peut ainsi aller un ange ? Ce n'étais pas une question que je me posais. J'étais et j'allais ici, tant que mes jambes me porteraient. J'étais la seule destination. J'étais la poussière. Je taillais la route. La route taillait l'ange. L'ange de personne, je n'étais l'ange de personne. Ni du mal ni du bien. Une autre nuit j'ai déplié mon duvet encore une fois sous un arbre. Cette fois-là, à l'aube, je ne me suis plus relevé. J'y étais. J'avais atteint ici, le bout de ma route.
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La poussière de l'ange
appartient au recueil Les plages blanches
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Texte court terminé ! Merci à Ancolies. |
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