"La ouate" est une histoire courte mise en ligne par
"Mégalac".. Venez publier une histoire courte ! / Protéger une histoire courte |
|
|
|
|
|
LA OUATE
Je ne sais plus ce qui a été précurseur : le bruit, la lumière, la sensation de gravité, de peser… J’ai la volonté de bouger, mais rien ne se passe. La ouate dans laquelle je flottais devient plus dure, plus inconfortable. Elle s’échappe. J’ai froid. Une odeur indéfinissable m’agresse. Il y a des lumières derrière mes paupières. Il faut que j’ouvre les yeux. Je m’y emploie du plus fort que je peux sans beaucoup de résultats. J’ai peur et je tressaille. Le bruit augmente en un instant. Bip, bip, bip…suraigu. J’entrouvre un œil. Tout est flou, une silhouette est penchée au-dessus de moi. Je sens qu’elle me tient la main. -Si vous comprenez mes mots serrez mes doigts me demande-elle. Je ne suis pas idiot quand même, je comprends ce qu’on me dit. Je serre ses doigts. Je n’aurais pas dû. Je suis dans un hôpital. Le lit, ses montants métalliques, le mur à ma tête avec toutes ses prises et ses câbles innombrables. Je viens de comprendre. Mon univers nuageux insondable et cosy, se transforme en une agora bruyante, tendue, inquiétante, et assez dérangeante. -Monsieur Jean si vous m’entendez Clignez des yeux. Je suis votre médecin, je m’appelle Claude. Je cligne, mais mon médecin c’est le Dr Durand, je n’ai pas souvenir d’en avoir changé. J’ai toujours froid. Je suis quasiment nu dans mon lit. J’essaye de ramener les drap sur moi. Avec tous ses inconnus autour de moi, cela me gêne terriblement. Une femme en rose m’aide et me dit en souriant : -Tout va bien vous êtes à l’hôpital, votre famille est prévenue. Votre fille Emilie est sur la route. Elle sera là ce soir. Ça y est, j’ai les deux yeux bien ouverts. Je distingue assez bien mon entourage. Il y a au moins quatre personnes en blouse autour de moi. Le Claude discute avec deux plus jeunes et ils l’écoutent sans l’interrompre. La femme en rose note des choses sur un écran qu’elle tient à la main. Je n’avais jamais vu ce genre d’appareil auparavant. Je respire un grand coup et je me lance : -Il faudrait que je m’habille un peu pour la recevoir. Le son de ma voix me surprend. Je ne me reconnais pas. Il me faut quelques minutes pour me calmer et un peu d’eau que « rose » m’aide à ingurgiter, pour pouvoir faire une autre phrase. -J’ai faim, et virez moi tous ses tubes, je ne veux pas qu’elle me voit comme ça. En une heure, me semble-t-il, j’ai passé une robe de chambre, mangé une compote, et bu un verre d’eau. Je suis assis dans un fauteuil perdu dans mes pensées qui ont du mal à s’organiser. Mais que m’est-il arrivé pour que je me retrouve à l’hôpital ? Je n’ai rien dit mais comment ma petite Emilie va faire pour venir me voir ? Pourquoi ne pas m’avoir dit : Votre épouse et vos enfants vont venir vous voir ce soir ? Cela est très perturbant, et m’inquiète beaucoup. Les soignants sont plus calmes et font tous un truc bizarre : Ils ont un petit écran dans la main et semblent activer des touches ou autre chose avec une certaine frénésie. Après m’avoir pris la tensions, un jeune homme me demande si je peux me souvenir d’un évènement important. -Bah Xynthia bien sûr !! - Xynthia qui ? Me demande-t-il ? … Devant mon air effaré il me fixe et me dit : Ah oui, la tempête… Mais d’où il sort celui-là ? J’aurai pu également citer les bleus à la coupe du monde de foot qui ont osé faire grève, et puis ce volcan avec un nom imprononçable, et le tremblement de terre en Haïti qui a fait des milliers et des milliers de morts, et puis Deepwater horizon et sa nappe de pétrole grande comme la Belgique… On toque à la porte, le personnel soignant s’éclipse rapidement et une femme encore jeune s’approche de moi, elle pleure, s’assoie sur le bord de mon lit et me dit : -Bonjour papa, c’est moi Emilie. Je la fixe intensément sans un geste. An bout d’un long moment je reprend ma respiration sans quitter son visage des yeux. Sa phrase tourne en boucle sans que j’arrive à en comprendre le sens. « bonjour papa, c’est moi Emilie ». -Pardon madame mais Il doit y avoir une erreur de chambre car ma Emilie elle a 16 ans. - Papa c’est bien moi ta fille ainée, Emilie. Tu es resté 15 ans dans le coma. Je ressens comme un gouffre qui s’ouvre dans mon corps, je me recroqueville, je sens des larmes couler sur mes joues. 15 ans en légumes ce n’est pas possible. J’ai loupé 15 ans de la vie de ma famille, du monde, de tout. Et brusquement je me souviens. La pluie qui transformait la route en torrent, la musique à fond, brown suggar des Stones qui n’empêchait pas le sommeil de me piquer les yeux, un grand bruit, une douleur incommensurable à la tête, plus rien et : Bonjour papa, c’est moi Emilie. -pourquoi tu es venue seule ? Ta mère, ton frère et ta sœur ils vont venir quand ? -Papa il faut que tu te reposes, ils sont prévenus, ils viendront dès qu’ils pourront, j’en suis sûre. Je parle de Nicolas et d’Aurélie, pour notre mère je ne sais pas. Un an après ton accident elle nous a quitté pour refaire sa vie avec Patrick ton « meilleur ami ». Désolée mais je préfère ne pas te mentir. Et puis je dois y aller. J’ai deux enfants qui m’attendent. Je les élève seule car leur père est mort dans des attentats survenus à Paris. Je t’expliquerai et je repasse dès que je peux. Repose-toi bien, tu vas avoir besoin de force pour reprendre et reconstruire ta vie. Une chose est sûre c’est bien ma fille, la délicatesse elle ne connaissait pas. Visiblement elle n’a toujours pas appris. A peine est-elle sortie que les médecins font irruption dans ma chambre car mes appareils de suivi bipent dans toutes les notes de la gamme. Le dénommé Claude me dit : - Je vais vous donner un sédatif pour vous faire dormir, il faut vous reposer. Ça fait 15 ans que je dors, et la seule chose qu’il trouve à me dire c’est qu’il faut que je me repose !!! J’ai l’impression d’être comme dans le film ou un prisonnier est remis en liberté dans un monde qui n’est plus le sien. La famille que je connaissais n’existe plus. Mon épouse qui vit maintenant avec mon ex meilleur ami. Je n’arrive pas à intégrer. Je ne suis même pas triste, je n’en ai pas la force. Aucune nouvelle de mes deux autres enfants. Comment vont-ils ? Les larmes reviennent, alors oui vite, vite me rendormir. j’approuve les sédatifs. Vite, vite que je retrouve ma ouate que je n’aurais jamais dû quitter. Si j’avais pu savoir…Ne jamais serrer la main d’un médecin.
GG24 |
|
|
"Soyez un lecteur actif et participatif en commentant les textes que vous aimez. À chaque commentaire laissé, votre logo s’affiche et votre profil peut-être visité et lu."
La ouate
appartient au recueil Mausade
Lire/Ecrire Commentaires
|
|
  | |
|
Histoire Courte terminée ! Merci à Mégalac. |
|
Tous les Textes publiés sur DPP : http://www.de-plume-en-plume.fr/ sont la propriété exclusive de leurs Auteurs. Aucune copie n’est autorisée sans leur consentement écrit. Toute personne qui reconnaitrait l’un de ses écrits est priée de contacter l’administration du site. Les publications sont archivées et datées avec l’identifiant de chaque membre.