"La fournée de marguerite" est une histoire courte mise en ligne par
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LA FOURNEE de MARGUERITE
Marguerite est presque une vieille femme comme elle aime à le répéter depuis pas mal d’années. Elle habite depuis son enfance dans l’ancienne boulangerie dite « du haut ». Comprendre les hauteurs du village. C’est sa maison natale, l’ancienne boulangerie et le fournil. Le vieux quartier des hauteurs composé de quatre maisons, d’un four à bois, d’un puit et de granges, a été abandonné par ses habitants, car difficile d’accès. Elle est la dernière à y habiter. Sa maison a quelques fuites qui entretiennent l’humidité qui donne froid, mais pour rien au monde elle ne changerait. Les trois autres maisons vides lui appartiennent également. Elles étaient à sa famille et elle en a hérité. Avec quelques travaux au moins huit familles pourraient y habiter, car elles sont grandes. Sans le sou et malgré tout propriétaire de quatre maisons et autres bâtiments. Les collines qui entourent le village blotti au fond de la vallée sont aussi à elle car les terres lui viennent de son défunt mari qui en était propriétaire. Les quelques argents des héritages et leurs économies ont permis de payer les frais de succession, et divers impôts. La nature a repris possession de la totalité des collines depuis longtemps. Il reste les vestiges des chemins qui permettaient de traverser la région. Seuls les quelques amateurs de châtaignes et champignons les parcourent encore quelques fois. Il n’y a plus de chasseur car le dernier étant trop vieux pour continuer ses promenades avec son fusil et son chien. Depuis le gibier est à la fête car Marguerite ne veut pas autoriser des extérieurs à venir faire la guerre aux animaux dans ses terres. Elle est la fille d’un boulanger et cela lui a laissé des souvenirs d’odeurs de levures, de pain chaud, de lever a pas d’heure, de joie brute. Faire du pain la démange de plus en plus, car la boulangerie du village est fermée et il faut aller à la supérette d’à côté pour avoir du pain qui n’en est pas selon ses critères. Au milieu des maisons abandonnées trône l’ancien four banal. Comprendre : communal, donc que chacun pouvait utiliser. Il la nargue quand elle passe devant pour la corvée de bois de chauffage. Elle le connait bien car elle l’entretien comme elle peut. Ici les ronces ne gagnent pas. Elle maintien la bâtisse à l’écart des herbes folles et a réussit à maintenir son toit en un état correct. Mais ses forces n’étant plus au rendez-vous elle désespère de voir la décrépitude ronger doucement son univers. Elle a conservé quelques amitiés dans le village. Gérard ancien ouvrier agricole, Monique qui travaillait à la mairie, et Antonio toujours plus ou moins maçon et homme à tout faire. Marguerite sait que ses amis sont le dernier bloc de granit qui lui insuffle la force pour tenir. Et Antonio et elle, ont de beaux souvenirs communs. Ils se retrouvent tous les trois dans l’ancien bistrot une fois par semaine pour boire un ou deux kirs à la liqueur de châtaignes en jouant au rami et aux dominos. Antonio est le propriétaire des murs du « café de la mairie ». Etablissement fermé depuis longtemps. Cela leur permet de se croire à la belle époque. Aujourd’hui après deux kirs et trois ramis secs, Margueritte se sent d’attaque pour exposer à ses amis son projet. Elle se lève, tape sur la table avec sa main droite et leur déclare : « Les amis j’ai une proposition à vous faire, tout ce qui a de plus sérieux : il y a des sous en jeux ». Un grand silence s’installe d’un coup. Voilà je supporte plus le pain de la supérette, alors si vous êtes d’accord, on va remettre le fournil de papa en route, allumer le four banal une fois par semaine et faire notre pain. Stupeur générale. - Mais pour faire du pain, faut de la farine murmure Gérard, et pas qu’un peu. Il ne s’agit pas de faire une simple tarte. Monique acquiesce d’un mouvement de tête. Gérard fixe Marguerite un long moment les yeux dans le vague. - Faudrait que je me rencarde avec mes anciens copains cultivateurs déclare-t-il. Certains étaient en bascule vers le bio ou le raisonné dans le blé ancien quand j’ai pris ma retraite. J’en connais au moins un qui fait son blé, a un moulin et transforme la farine en pâtes sèches qu’il vend assez bien sur les marchés et sur place. Antonio éclate de rire. -Alors enfin on a un projet, Marguerite tu es géniale. Mais tu as les diplômes et droits pour faire du pain ? -Mon père m’a obligé à passer mon CAP de boulange, alors oui je peux exercer ce travail. Le fournil sera à remettre aux normes, c’est pourquoi si on veut réussir ce projet va falloir investir un peu. Et comment dire, j’aurais bien besoin de votre aide, car j’ai plus autant la pèche qu’avant, je suis bien obligée de l’avouer. Et faites pas les étonnées hein !!! -Et pourquoi pas en vendre sur le marché une fois par semaine s’exclame Antonio ? -Tu vois Antonio, une chose est certaine : Jamais je ne ferais de pain pour ceux d’en bas. Ils m’ont laissé seule. Pas un trou de bouché sur le chemin, pas une visite de la mairie. La dernière fois qu’un arbre est tombé en travers du chemin, c’est moi qui ai dû le couper pour passer. Alors œil pour œil dent pour dent. Mais en vendre aux autres villages c’est une bonne idée. Ce que je vous propose c’est de venir habiter dans les maisons du haut qui sont libres et encore habitables. Comme vous savez c’est moi la proprio, alors je vous loge gratis et en contre partie vous chauffez, entretenez les bâtiments et vous participez à la coopérative qu’il faudra créer pour le cadre juridique de notre affaire. Pour les barraques, je les mettrais dans un truc de notaire qui assurera vos arrières, je me comprends. Alors mes loulou on fait du pain ? Vous en pensez quoi les amis ? -Moi je connais des propriétaires qui vont faire une drôle de tête si on leur annonce que nous déménageons pour venir habiter gratuit en haut, dit Antonio. Monique réclame le silence en faisant tinter son verre. -Je suis partante pour cette aventure. Cela fait des années que mon propriétaire repousse les travaux d’assainissement qu’il est sensé faire chez moi. Alors tant pis pour lui. -Je pourrais faire du potager dans le terrain et mettre des ruches demanda Gérard ? -Oui tu as mon autorisation mais tu n’es plus tout jeune alors va s’y doucement. -Pas de soucis. L’esclavage paysan j’ai déjà donné. Mais je vais y réfléchir. Et c’est un peu plus que 100 M2 à cultiver pour nous quatre. En plus j’ai toujours eu envie d’avoir des ruches. Je ne sais pas si on s’en sortira mais si on se lance faudra s’entraider et l’idée de la coopérative me plais bien. Cahin-caha l’affaire a bien avancé. La farine vient d’être livrée, le fournil est en état pour que du pain soit à nouveau pétrit, et façonné. Le four à bois est prêt car il a été chauffé depuis deux jours. Marguerite avait donné rendez-vous vers 16h00 au fournil à ses amis. Elle leur a ouvert le fournil sans un mot, mais avec un grand sourire. Elle leur explique pour la dixième fois comment travailler avec le pétrin, l’importance du pointage : durée d’attente pour laisser les aromes se former grâce à la levure, et l’apprêt qui précède l’enfournement. Elle est inarrêtable et ses amis l’écoute sans dire un mot. -Le pain ça doit être bon et joli, n’oubliez jamais, hein !!! Les pâtons terminés rendez-vous est pris le lendemain à l’aube. Antonio, Gérard et Monique marchent en silence sur le chemin du retour. Antonio marche la tête baissée en reniflant. Monique l’arrête et lui soulève la tête doucement. Ils voient que Antonio pleure en silence. Sans un mot les trois amis se regroupent et se serrent dans les bras pendant de longues minutes et rentrent chez eux. Ils sont un peu en avance ce matin-là. Les trois compères ont revêtu les habits de fête : la grande robe de lin brodée pour Monique, Antonio et Gerard le pantalon en velours marron, la chemise blanche, les chapeaux de paille et le tablier bleu en tissus de Nîmes. Ils se mettent à la tache en silence comme leur a expliqué Marguerite, ce sera la plus belle fournée produite sur les hauts. Ils savent que Marguerite ne viendra pas, qu’elle les surveille du très haut, car elle leur a expliqué la veille qu’elle ne se lèvera plus, et que le temps était venu pour elle de retrouver sa famille. Elle savait comment si prendre.
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La fournée de marguerite
appartient au recueil Les autres
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Histoire Courte terminée ! Merci à Mégalac. |
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