"L'Entre-Deux" est un texte court mis en ligne par
"Deogratias"..
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L’Entre-Deux
Je regarde la nuit qui tombe. Voilà un moment que je ne regarde plus le ciel à la tombée du jour pour toutes sortes de raisons, à commencer par la fatigue. Au moment même où j’écris, je commence à percevoir quelques points lumineux alors que la nuit n’est pas encore tout à fait là. C’est étrange comme cet instant est magique : la nuit n’est pas encore arrivée et le jour commence à partir. Un entre-deux. Comment pourrait-on appeler cet instant précis ? Je l’ignore. Crépuscule ? Non, un crépuscule ne ressemble pas à cela. J’imagine celui-ci plutôt comme un coucher de soleil qu’on regarde assise sur la dune, face à la mer. Là, même si, de fait, il doit s’agir du crépuscule, je voudrais l’appeler autrement. Pourquoi ? Parce que je ne suis ni sur le sable, ni face à l’océan. Par quel mot le définir ? Un « entre-deux » ? Peut-être. Un « entre-deux » de jours, « entre-deux » d’amours, entre le ciel et la terre. La fin du bleu, le début du noir. La fin du vert, le début des ombres. La fin d’hier, le début de demain. La fin du bruit, le début du silence. Oui, cet « entre-deux » a la saveur des commencements et des promesses à venir. Je l’écoute allongée sur mon lit de solitude, le clavier posé sur mes jambes. La fenêtre grande ouverte, j’observe le déclin de la lumière et la brillance des astres. Tout se déroule avec minutie, doucement. Comme si une Reine avait mis en place cette organisation silencieuse ; elle semble avoir ses habitudes. On voit bien que ce rituel n’a pour elle rien d’extraordinaire. Un cérémonial immuable, en quelque sorte. Cet « entre-deux » se dilate dans le chant des oiseaux qui commencent à taire leurs berceuses. On dirait la venue d’un autre monde, une réalité distincte de ce qui nous est connu. Quelle est cette Reine du royaume de « l’Entre-deux » ? Là encore, je n’ai pas la réponse. Cette fois, nous y sommes. L’obscurité se répand partout. Seul l’écran lumineux de mon ordinateur se distingue encore, bien droit sur mes genoux. Tout est tombé comme une chape de plomb, comme les surprises de la vie, comme l’amour auquel on ne croyait plus. Tout tombe un jour, d’ailleurs. Du plus merveilleux aux plus grands mensonges. Tout finit par se révéler. Un jour ou l’autre. Ne dit-on pas que la vérité finit toujours par éclater ? La fin des illusions, la mort de l’égo, la chute de l’orgueil, les secrets cachés… Tout tombe comme la nuit. À force, je me dis que celle-ci porte peut-être en silence les ecchymoses des heures traversées. Mais apparemment, elle n’en tient pas trop compte. La belle étoilée du mois de Mai en a vu d’autres. J’écoute. Silence. Je crois qu’elle s’endort entre les bras du temps qui passe. Vêtu de son manteau couleur anthracite, il écoute la respiration de sa jolie nocturne. Les paupières fermées, elle rêve. Il la regarde avec tant d’amour. Peut-être même qu’il l’envie un peu. Comment la Nuit peut-elle rester aussi belle malgré les heures qui courent et les saisons toujours en mouvement ? Il l’ignore lui aussi. Le Temps l’embrasse d’un baiser chaste qui ne trahit ni la grandeur ni la beauté des songes qui les parcourent tous les deux. L'obscurité m’enveloppe à présent complètement. Je n’entends plus rien. Sauf mes doigts sur le clavier. Je réalise que mon écran importune le cosmos au repos. Vraiment, il manque à la bienséance ; c’est évident, je crois qu’il dérange un peu l’atmosphère qui m’entoure. La nuit contemple le sommeil innocent des petits enfants ; elle sait d’expérience qu’il n’y a rien de plus beau à voir. Elle admire aussi, j’en suis sûre, les pétales des fleurs désormais refermées, les écureuils blottis dans les troncs secrets des arbres complices, les herbes endormies par la fraîcheur descendue, les yeux des hiboux qui fixent l’horizon invisible. Il est tard maintenant. Je vais rejoindre les songes. Je n’oublierai pas, lorsque je fermerai les yeux, de me souvenir de l'étreinte du Temps et de la jolie Nuitée. Quelle belle image. Quelle chance aussi. Dès l’aube, je guetterai leur réveil. On ne sait jamais, peut-être que leur amour diffusera sur la terre le parfum de leur paix. |
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L'Entre-Deux
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Texte court terminé ! Merci à Deogratias. |
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