"L’enfant et la joie" est un texte mis en ligne par
"Ancolies"..
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L’enfant et la joie
Il était une joie un enfant. Ils s’étaient rencontrés très naturellement. Très naturellement, c’est un peu vite dit car l’environnement était impossible, mais cela était arrivé parce que la joie brillait toujours en quelques ruelles isolées et que l’enfant qui passait ici n’était encore - jusque quand ? - qu’un innocent. « Que veux-tu que je fasse de toi ? » demande l’enfant à la joie. « Emporte-moi avec toi bien sûr ! Tu verras, je te serai un coquelicot, une chanson à chaque instant ! Tiens, je me transforme en coquille, ce sera plus pratique pour toi ». « Alors d’accord » répond l’enfant qui attrape dans sa main la coquille de joie et la glisse dans la poche de son cœur. Oui l’enfant va de bon cœur. Il ne sait pourquoi, il est si jeune, mais cette rencontre l’a comme quelque peu transporté, lui a, comme le fait un parfum, laissé entrevoir de mystérieuses et attirantes et belles choses invisibles. La lune est claire - oui, l’enfant est sorti de nuit, nulle part nul être ne le guide, ne l’accompagne - et il entend cette fanfare toute douce, sans les cuivres ni les cymbales. Il y a du rythme et même se dégage une jolie mélodie. « Ô oui, comme c’est joli ! » dit-il fort à propos. « Ne t’avais-je prévenu ? » murmure une petite joie glissée dans la poche de son cœur. « Alors d’accord ! » répond l’enfant. Sous la lune claire l’enfant poursuit léger et insouciant sa route. Il quitte le quartier des ruelles, les avenues les rues. Une petite brise baigne sa tête, il se sent bien, il fredonne, même il sifflote. Maintenant le voilà sur une route de campagne bordée de platanes. L’un d’eux se penche vers lui, lui dit « Viens donc t’asseoir contre mon tronc. Tu sais je ne suis pas un chêne bicentenaire mais n’empêche, j’en ai vu. Ô oui viens, j’ai tant de choses à te faire comprendre ». L’enfant est un peu décontenancé. Il chuchote à la joie : « Je fais quoi ? ». « Vas-y bien sûr, les arbres comptent parmi nos grands amis ». « Alors d’accord » dit le garçon qui va s’asseoir et s’adosser au tronc du platane. Celui-ci, bien évidemment patient, lui laisse tout son temps pour s’installer et prendre ses marques, tiens une racine ici, tiens deux autres grosses là, et de l’écorce rouge et ocre et aussi de la mousse… Le moment venu le platane s’adresse à l’enfant. « Tu vois, quand souffle le vent de la tempête, mes branches sont lancées dans une danse endiablée, on croirait qu’elles veulent, qu'elles vont s’envoler, me déracinant et m’emportant tout entier dans leur dernier voyage. Mais, comme mon père arbre je suis, arbre je reste, robuste, solide, balèze. La tempête du vent ne m’emportera pas. C’est que j’ai du travail moi : border esthétiquement cette route, veiller au moral de mes voisins/voisines, le leur remonter ou alors les bretelles si nécessaire. Tu comprends ce que je te dis mon garçon ? » « Alors d’accord, dit l’enfant, vous êtes plus sérieux, fort et fidèle que les êtres humains. Je trouve que c’est bien ». « Je te l’avais dit, intervient à cet instant la joie, allez, offre donc à ce platane une part de moi. Tu sais tu n’y perdras rien, je suis inépuisable ! ». « Alors d’accord » dit l’enfant joignant l’action à la parole. Le platane se confond en remerciements : « Ô ! Si vous saviez comme cela va m’aider ! Mon travail n’est pas si facile, je vous le dis, certains jours malgré mes forces mon moral vire un peu gris. Oui, comme cela va m’aider, et mes voisins/voisines ! ». « Je suis heureux pour vous ! dit le garçon. Et je vais reprendre ma route. Oui vraiment, je suis content d‘avoir passé ce moment avec vous ». « Vous en avez beaucoup à faire, de route je veux dire ? » s’enquiert le platane. « C’est qu’il y a tant d’étoiles, j’essaie de les compter. Mais un jour j’ai parlé avec un vieil homme qui m’a dit qu’il y en avait beaucoup beaucoup plus avant. Alors je ne sais plus compter » répond l’enfant. « Pauvres de nous ! dit l’arbre. Ces satanées voitures qui passent toute la satanée journée sur cette satanée route envoient toute leur fumée envahir et noyer ce ciel bleuté. Ton vieil homme avait raison mon garçon. Il y a tant d’étoiles à voir que nous ne voyons plus. De plus ça nous fait tousser, tousser ! Au point même que cela nous avons parfois l’envie de tout cé theu theu, de tout cé theu theu, tout cesser ». « Ah bon d’accord » dit l’enfant en même temps qu’il se relève, pour prendre congé serre de sa main une branche basse tendue par le platane et regagne la route. « Tu penses quoi ? » demande la coquille de joie. « Cela me fait un peu de peine cette histoire d’étoiles que l’on ne peut plus voir. Ne voudrais-tu pas rejouer une fois ta musique, s’il te plaît ». La jolie fanfare doucement retentit, l’enfant à nouveau sourit. Mais il est clair qu’une pensée le tracasse. « Tu sais voyager ? » demande-t’il soudain à la joie. « Tu penses ! répond celle-ci, je suis universelle, je parle toutes les langues, traverse toutes les frontières ! ». « Alors d’accord, dit l’enfant, mais là tu me parles des pays. Sais-tu voyager dans le ciel ? ». « Ça ça va de soi, dit la joie. J’en viens du ciel justement ». « Alors emporte-moi loin d’ici, jusque lui. Je veux compter toutes les étoiles, toutes ! ». « Alors d’accord ! dit la joie, boutonne bien ta petite veste pour ne pas dans les airs me perdre. Pour toi, cela ne serait plus comme maintenant, peut-être tu errerais en tristesse. Bon, je t’emporte dans mon vol. Es-tu prêt ? Je déploie mes ailes ». La joie et l’enfant quittèrent la terre meurtrie au bon moment. Le lendemain la fumée des voitures avait tout avalé et, désormais inutiles, tous les platanes avaient été rasés puis tronçonnés. Plus haut, beaucoup beaucoup beaucoup plus haut, l’enfant comptait tout à sa joie toutes les étoiles. Toutes. Ça il avait du travail, il n’en manquait pas une.
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L’enfant et la joie
appartient au recueil Nouvelles du monde
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