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Hep ! Hep ! Hep ! - Pause-Mélancolie

Pause-Mélancolie " Hep ! Hep ! Hep !" est une pause-mélancolie mise en ligne par "Ancolies"..

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Hep ! Hep ! Hep !

 

Je n’ai pas de prénom. Je vous explique : le prénom que je porte est celui du frère aîné de mon père, frère emporté à ses 20 ans par une leucémie ou pneumonie ou je ne sais quelle autre maladie expresse. La tradition aristocratique dans laquelle j’ai grandi voulait alors que le premier descendant mâle de la génération suivante porte le prénom de ce frère disparu. Un cousin serait né 15 jours avant moi, c’est lui qui s’y collait. Donc mon prénom n’est pas mon prénom, je ne l’aime pas - je ne m’aime pas (sans me détester pour autant, je n’ai pas mérité cela) -, donc ce prénom je ne m’y suis jamais identifié. Un jour j’aurai 100 ans et je ne saurais encore même pas comment je m’appelle. Certes je suis au courant de son inscription officielle sur mon acte de naissance à la mairie et je réponds poliment quand on me siffle, administration, collègues de travail, famille, amis… mais ce n’est pas moi qui suis là. Et je n’en ai pas non plus choisi un autre - prénom - pour que tous ces gens me désignent comme Bruno, Nicolas, Jean-Stéphane, Rémi, Simon… Non. Qui je suis ? Je suis Hep ! Hep ! Hep ! Parfait, cela me convient de n'être personne, Hep ! Hep ! Hep ! Ou peut-être Help ! Help ! Help ! Car être et vivre sans prénom n’est pas vraiment la condition la plus facile pour s’identifier soi-même, savoir qui l’on est et mener sa barque. Non, je ne sais pas qui je suis. Cela n’empêche nullement de vivre notez, mais comme un étranger à soi-même, ce qui représente malgré tout une sacré case en moins.  Case en moins ? La vérité c’est qu’il m’en manque bien deux trois pour faire un pack de six et aussi que des fois mon ascenseur à moi ne va pas non plus jusque l’étage du haut. Moi, l’inconnu, pfffttt je répète : l’étranger. Et en effet je me suis toujours senti très proche du livre de Camus. Sauf que moi je n’aurais pas commencé mon ouvrage par « Maman est morte hier ». J’aurais écrit « Ma mère est décédée hier ». Ou « Ma mère s’est éteinte, a trépassé, a passé l’arme à gauche, a rendu l’âme et son dernier soupir (et pourquoi pas sourire), a fait ses valises, a pris ses cliques et ses clacs définitifs, a rejoint le ciel… ». Ben oui, ça me surprend toujours d’entendre des adultes confirmés te dire Papa ou Maman a fait ou dit cela ou ceci quand tu ne connais leurs parents ni d’Eve la diane pécheresse ni d’Adam le grand dadais travaillant du balai. Dire Papa, Maman plutôt que mon père, ma mère, comme dirait cette fois-ci Bashung, ça cache queque (sic) chose. Peut-être un grand amour filial, ce qui est naturellement fort enviable et hélas pas donné à tout le monde. Ça cache queque chose, j’ t’entends plus crier mon nom, j’ vais prendre la pose, je n'ai  toujours pas d’ prénom. Bon je m’égare du nord, j’évite les regards encore. Oui vivre sans prénom vous confère malgré tout un avantage certain, un genre d’anonymat - surtout pour soi-même - pour le coup très appréciable. On n’est pas concerné. On flotte au-dessus de ce monde comme une balle de ping-pong fêlée. Personne ne sait réellement qui vous êtes, à commencer par vous, charité bien ordonnée débutant chacun sait comment. Oui, franchement l’anonymat vaut son pesant de cacahuètes grillées dorées salées dans cet univers d’influenceurs/ceuses, fouineurs/neuses, indiscrets/crètes, de satanés réseaux sociaux, de satanée presse people et paparazzis sans vergogne ni dignité, acrobatiquement perchés sur la plus haute branche du peuplier de la propriété à mitrailler. Alors je suis très heureux de ne point prénom porter, cela me laisse une sacrée liberté. Patriiiiick !!!! Franciiiiis !!!! Jackyyyy (Gelin) !!!!  De Dieu le Père quel enfer !  Ouais je reste très privé. Ce qui permet d’être l’aventurier de sa propre vie, qui dit mieux ? Hep, hep, hep ! Ah on m‘appelle ! Oui je suis là, sans traîner de casseroles ou autre batterie de cuisine, hep hep hep ! oui vous dis-je, je suis toujours là, libre, disponible pour mon destin. Certes, un jour vient où hier est plus vaste que demain. Et évidemment on ne sait pas quel est ce jour. Re évidemment moi je l’ai dépassé depuis lurette. Un jour on fait pour une dernière fois l’amour, et l’on ne le sait pas, que c’est la dernière fois. Sans doute mieux vaut pas, peut-être que ça nous rendrait chagrin. Tiens voilà du chagrin, tiens tiens tiens c’est du chagrin, dis-moi comment tu vas, ça fait drôle de se revoir, chagrin. Allez, une vie sans prénom, une vie qui ne dit pas son nom…, ça passe entre les gouttes non ? Qui sait, j’échapperai peut-être à l’urne ou à la tombe. Amour, dis-moi, combien de temps passera avant que la pluie ne retombe ?

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Ancolies

02-06-2023

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Hep ! Hep ! Hep ! appartient au recueil Ancolies

 

Pause-Mélancolie terminée ! Merci à Ancolies.

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