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Demain est un autre jour - Réflexion

Réflexion "Demain est un autre jour" est une réflexion mise en ligne par "Donald Ghautier"..

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Demain est un autre jour

Je me suis souvent demandé comment j’expliquerais à quelqu’un ma vision de la science-fiction en littérature. Dans ce terme, les mots science et fiction sont accolés et pourtant il y a bien longtemps que la science a dépassé la fiction ; Jules Verne a essayé d’imaginer le futur à partir de ses lectures scientifiques et a tenté de transcrire les peurs ou les attentes de son époque. Le sous-marin utilisé dans « Vingt mille lieues sous les mers » n’était pas une nouveauté et le vaisseau volant de « Robur le conquérant » s’inspirait des futurs zeppelins allemands. Le génial écrivain français a utilisé un contexte historique et n’en a pas beaucoup dévié ; en cela, il restait classique et utilisait la connaissance scientifique pour agrémenter des récits d’aventure. Beaucoup d’auteurs de ce genre littéraire ont essentiellement écrit dans cet état d’esprit ; le plus bel exemple du vingtième siècle s’appelle Isaac Asimov dont la série Fondation a utilisé la science dans la narration pour expliquer des éléments contextuels. Dans tous les cas, Jules Verne et Isaac Asimov ont voulu donner leur vision de demain en posant cette question : « et pourquoi pas ? ». Alors, que veut dire raconter une histoire qui se passe demain ? Pour répondre à cette question, il me semble plus parlant d’utiliser une référence scientifique historique en la personne de Sigmund Freud, à travers le ressort narratif de l’humour noir.

 

« C’est une femme qui consulte le docteur Freud.

-          Docteur, mon fils m’inquiète ; il ne cesse de torturer les animaux et semble prendre du plaisir à le faire. Au début, c’étaient les mouches dont il arrachait les ailes, ensuite il a crevé les yeux du chat de madame Cohen, enfin il a empoisonné le chien de monsieur Levi. Je crains qu’il s’en prenne un jour à ses petits camarades de classe. Je ne sais plus quoi faire, docteur.

-          C’est l’âge qui veut ça, ne vous inquiétez pas outre-mesure ; à dix ans, on expérimente de nouveaux territoires. C’est normal pour un jeune garçon. Vous verrez qu’à l’adolescence il trouvera son équilibre et abandonnera ses activités morbides.

-          Vous me rassurez, docteur Freud.

-          De rien, madame Hitler, je vous souhaite une bonne journée. »

 

Qu’enseigne cette petite histoire ? D’abord, que la science n’est pas exacte et que se baser sur cette seule source peut amener l’écrivain à se tromper de façon magistrale. De plus, elle rappelle que la réalité dépasse souvent la fiction ; dans cette blague, ce n’est pas l’erreur de jugement de Sigmund Freud qui représente la chute mais le nom tristement célèbre de sa patiente. Je soupçonne d’ailleurs l’auteur de cette histoire d’être un passionné de science-fiction. Dans ce cas précis, l’écrivain pourrait imaginer un demain différent ; la mère de ce garçon perturbé aurait pu consulter un prêtre, par exemple. La scène deviendrait différente ; l’église déciderait que c’est un cas de possession par le Malin et pratiquerait un violent exorcisme. Peut-être que le visage du monde en aurait été changé. Ou alors, si l’auteur de science-fiction versait dans le pessimisme, il dirait que le garçon deviendra fou, ce qu’il était déjà, nous le savons maintenant ; sa vision du futur en serait quand même modifiée. Quoi qu’il en soit, l’auteur peut décliner à volonté sa conception du futur à partir des éléments dont il dispose et de ses propres convictions ou de son état d’esprit. La science-fiction permet à l’auteur de passer des messages sur une réalité qui jamais n’arrivera ou n’est pas encore arrivée ; le lecteur achète cette vision du futur ou ne la consomme qu’un instant mais il voit autre chose que son propre présent. L’auteur de science-fiction, celui qui fait l’effort de soumettre au lecteur de la matière à réflexion, dénonce dans sa vision futuriste les errements ou les peurs de son époque ; en cela il fait autant progresser les consciences que Zola ou Steinbeck en leur temps.

 

En 1927, Albert Einstein a dit : « Dieu ne joue pas aux dés ». Cette vision déterministe du monde correspondait à une quasi-religion ; elle représentait la réponse aux physiciens quantiques, ceux qui croyaient en un univers de probabilités, lors d’un grand congrès scientifique où s’affrontèrent ce jour-là deux représentations du monde et de la matière. Depuis cette célèbre phrase, la science essaie par tous les moyens de trancher entre ces deux conceptions ou de les réunifier ; en cela elle laisse de la place à l’écrivain de science-fiction pour imaginer le futur.

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Donald Ghautier

13-04-2026

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Demain est un autre jour appartient au recueil Dystopie & Science-Fiction

 

Réflexion terminée ! Merci à Donald Ghautier.

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