"Carnaval cette gonzesse !" est une tranche de vie mise en ligne par
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Carnaval cette gonzesse !
Oui cette fille à elle toute seule était un vrai cirque Bouglione. A la fois les chevaux sauvages du rodéo, Dumbo l’éléphant en cavale, le gros méchant lion en pétard qui croque son dompteur, Anaïs la trapéziste qui avec sa haute-voltige nous file le vertige, Auguste le clown pas triste qu’arrive à faire pleurer tout le monde à 1000 kilomètres à la ronde… Ouaip, elle remplissait le grand chapiteau où nous logions tous de ses cris d’orfraie et ses mines renfrognées, ouaip elle faisait d'un rien un vrai cirque. D’une gouttelette d’eau elle faisait un océan démonté, d’une minuscule contrariété un gouffre et un glacier. Je tentai bien de la calmer en lui en offrant un de temps en temps, je parle d’un cornet de glace, rien n’y faisait. Elle piquait brutalement sans que personne ne comprenne le pourquoi du comment une vraie mouche d’enfer, et ça durait, ça durait… Dans les meilleurs des cas, une bonne semaine lui était nécessaire pour faire un zoom arrière sur le point mystérieux qui avait déclenchée sa furie et réaliser qu’il s’agissait d’une véritable broutille dans sa vie et les nôtres. Alors et seulement alors elle se calmait, après nous avoir fait vivre à tous un véritable calvaire. Mais parfois, faire la gueule lui durait également plusieurs mois selon l’ampleur de la piqure que lui avait infligée cette minuscule contrariété. Elle terrorisait tout son entourage, son père, sa mère, ses sœurs, ses patrons, ses collègues, le père de sa fille et peut-être même son marteau… Sûr, c’était une hypersensible mais était-ce une raison pour empoisonner de la sorte son monde ? Moralité : personne n’était jamais totalement ouvert et sincère avec elle, marchant sur la pointe des œufs, sachant qu’un détail le plus insignifiant pouvait déclencher ses foudres et la guerre totale. Et d’une mauvaise foi avec ça ! Dois-je raconter l’histoire du week-end à la mer ? Allons-y. Ayant depuis un bon moment quitté les pompes d’or de la pub pour la galère du rock’n’roll qui ne tarda pas à faire de moi un producteur et un chanteur ruiné et donc dans la dèche, je touche miraculeusement un gros cachet pour un concert. Je vais lui faire plaisir, me dis-je et je l’emmène en week-end à Honfleur et Etretat (comme je le faisais avec mes copines plus jeune je dois dire, mais ça naturellement je ne le lui dis pas). Restos, chouette petit hôtel, balades sur le port, bavardage avec les pêcheurs, re balades le long du rivage de la plage, puis sur les vertigineuses falaises avec vue sur l’aiguille creuse dont je lui raconte l’histoire secrète – Isidore Beautrelet, le trésor caché des rois de France -, tout se passe bien. Puis nous prenons la route pour regagner nos pénates parisiennes (je sais que pénates est masculin mais pénates parisiens ça sonne vraiment trop moche). Une fois embarqués dans la tire, elle déclare qu’elle veut boire un café. Très bien, opine-je, au premier qu’on voit je m’arrête. Le truc c’est qu’on n’en voit pas et qu’on arrive sur l’autoroute. Et mon café ? elle dit. Ben t’as vu, y’en avait pas mais on s’arrête à la première aire en prendre un. C’est pas pareil elle répond, et elle se fourre toute renfrognée contre la portière passager le plus loin possible de moi et commence à bougonner : De toute façon c’était un week-end de merde ! Dieu du ciel, j’ai bien failli lui en allonger une. Je ne l’ai pas fait. Cela aurait été la seconde fois. La première et seule fois, c’était un soir en ces fameuses pénates parisiennes. On devait déménager le lendemain à la première heure et pour une raison oubliée nous nous étions disputés. Ce qui fait que j’avais pris mon oreiller et était parti me coucher dans la chambre de sa fille, dormant chez son père cette nuit-là. De cette chambre je l’entendais maugréer, marmonner de rage dans la pièce à côté, remettant ça sans s’arrêter, incalmable vous dis-je, et soudain j’entends " Et qu’est-ce que tu trafiques avec ton frère d’abord ? " Je ne faisais rien, j’avais un frère c’est tout. Mais en entendant ça, comme on dit la moutarde forte et fine (je suis un mec raffiné) m’est montée au nez, je me suis relevé, rhabillé, ai déboulé devant notre lit où elle grognait et lui en ai collé une. Puis, passant d’abord par une épicerie de nuit pour acheter une flasque de whisky, je suis allé dormir sur le sol nu de notre nouvel appartement vide. Le lendemain à 7 heures je suis rentré pour accueillir les déménageurs. Tout cela était très cool n'est-il pas ?! Ce n’est pas la seule fois où je suis allé dormir ailleurs en la plantant là. Une fois j’étais tellement énervé que j’ai roulé jusqu’à Montauban où j’ai trouvé un hôtel Formule 1 pour achever de me calmer. Après ce genre de scène elle me disait " Je suis mauvaise hein, je suis mauvaise ! ". " Mmmmhhhh… mais non, mais non " répondais-je conciliant. Un chanteur rigolo et également poète lui avait écrit une chanson (en fait une adaptation d’une chanson brésilienne) : Qu’est-c’ qu’elle fait, qu’est-c’ qu’elle a, mais qui c’est celle-là, l’a une drôle de tête cette nana, l’a une drôle de voix, on va pas s’ laisser faire les gars, qu’est-c’ qu’elle fait, qu’est-c’ qu’elle a… C’était bien vu et avec les droits d’auteur, le chanteur s’est acheté une maison dans le Lubéron où il a coulé des jours créatifs et paisibles quelques années avant que d’aller planter ses choux et écluser son rosé au Sénégal. Enfin, pour en revenir à elle, c’est bien ce que je disais : carnaval cette gonzesse ! Bon, maintenant je pense que je vais avoir toutes les harpies de MeToo aux fesses bien que je sois tout-à-fait féministe. Dans un épisode titré " Les aventures de Tintin et MeToo ", eh bien je vous dédicacerai le p.v. bien salé que les hautes autorités du sexe faible vont me délivrer. D'ailleurs, utiliser le vocablee sexe faible n'est-il pas une abominable et séculaire machination masculine doublée d'un crime de lèse ses si voluptueuses Majestés ? Sexe faible j‘ t’aime tell’ ment j’t’aime tell’ ment. |
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Carnaval cette gonzesse !
appartient au recueil Nouvelles d'une vie
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Tranche de Vie terminée ! Merci à Ancolies. |
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