"Arivé" est un texte court mis en ligne par
"Nomal'sland"..
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Arivé
Il a quitté les berges encombrées, compromises, asphyxiantes de l’Unité, proprement. Il n’a pas cédé à un mouvement irréfléchi, ni suivi une lubie soudaine, n’a pas été séduit par une mode arriviste ou une lubie lunaire. A mille lieux d’une foucade, il s’est agi d’une décision maturée à petit bouillon, un glougloutage intime amalgamé de revers dérisoires, de réussites poisseuses, de blessures secrètes, d’embruns de tristesses, de trop, de pas assez. Il en a eu assez de tous, de rien, de lui, d’eux. Il a bien combattu, n’était pas trop sale. Il s’est servi des uns et des autres autant qu’ils s’étaient servis de lui ; Il n’a pas laissé de créance honteuse derrière lui. Il a traversé le pont d’amertume sous lequel quelque fleuve d’oubli charrie les souvenirs poiseux. Il se repose sur une rive nonchalante, contemple l’hémorragie des vies passées s’écouler en mille éclats de vers ailleurs. Il a construit une cabane de silence. Les murs ne sont pas épais : l’humeur du monde ventile sa chambre qui apporte ses parfums saisonniers : doux et langoureux, fragrance des amours éclos ; moisis et rance, mofettes des désillusions ; froids et sec, exhalation des solitudes. Il est tranquille en son poste de recul, serein, métronome son ennui sur un tempo straussien.Il observe à bonne distance l’agitation de l’autre bord. Il se contente de regarder, juste regarder ; il ne s'aventure jamais à pêcher une opinion ou à chasser un avis : son régime de végète-à-rien faire ne l'autorise plus à se nourrir de quand-quand. Au loin, les enfants lui font des petits signes avec la main, en catimini. Lorsqu’ils auront grandi, ils ne salueront plus : Il n’y a pas à les condamner pour cela : Ils n’auront pas trouvé leur propre salut. Au commencent, ils essayèrent de le faire revenir. Ils dépêchèrent ambassades et députations pour lui faire comprendre qu’enfin ça ne se faisait pas ces choses-là, un cortège d’esprits sérieux et compétents en charge de l’équilibre, des faces de maintien de l’ordre. Ils conjuguèrent leurs paroles au pas si simple, firent appel à sa raison, à son honneur, à sa fierté, à sa décence, à son devoir ; ils invoquèrent des lois, des règles, des dieux, des patries, des amis, des ennemies ; ils lui rappelèrent ceux qu’il avait abandonnés. Ils convoquèrent les arguments à-des-quoi donc. Il l’admit : oui, oui vous avez raison. Mais il teint bon, restant dans sa couleur de fuite. Ils renoncèrent considérant qu’il n’y a pas de prise sur un rebelle qui n’est pas un rebelle. Ils le médicalisèrent zozognostique, décrétèrent sa rive zone sectairisée. De temps à autre, la question enfermée dans une bouteille échoue sur sa rive, écrite en une langue proches ou lointaine, déchiffrable ou hermétique, familière ou inconnue : Libre ? Ils ne comprendront jamais que seul le point d’interrogation mérite d’être sauvé.
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Arivé
appartient au recueil Fantaisie noire
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Texte court terminé ! Merci à Nomal'sland. |
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