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Adolescence - Critique de Film, Théatre, série.

Critique de Film, Théatre, série. "Adolescence" est une critique de film, Théatre, série mise en ligne par "Chrismath"..

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Adolescence

      D'habitude, je ne commente pas les séries ni les mini-séries. Je préfère m'en tenir aux films de cinéma. Je fais une exception pour celle-ci, spécifiquement.

Il est possible que ce soit la meilleure mini-série que j'ai vue de toute ma vie. J'ai conscience de ne rien dire de bien original. Ces quatre épisodes sont encensés partout, du moins dans mes médias écrits, radio et télévisuels habituels. Ils ont joué leur rôle, m'ont donné l'envie de me faire un avis par moi-même, et heureusement que je les ai écoutés !

      Adolescence mérite tous les superlatifs qu'elle suscite et plus.

      D'abord, le fond.

      Un adolescent est accusé d'avoir assassiné une jeune fille de son collège. Il nie en bloc malgré toutes les charges qui pèsent contre lui. En soi, le sujet est grave, mais n'assure pas le spectateur d'une nécessaire expérience hors du commun.

      Néanmoins, aucun cliché, aucun poncif, aucun lieu commun façon Paris Match, Pascal Praud ou BFMTV ici. Non, une radiographie de la société, depuis les institutions (police, école, services sociaux) jusqu'à la famille de la lower middle class en passant par le groupe marginal constitué par les adolescents, d'un point de vue sociologique, voire anthropologique, avec ses codes, ses principes, ses totems et ses tabous, ses sentiments, ses questions, ses incompréhensions, ses interrogations et l'incommunicabilité entre lui et les adultes. Et le rôle des réseaux sociaux, bien sûr. Toujours dans un réalisme absolu, dénué de manichéisme moralisateur. Le scénario interroge, sans chercher à édifier le spectateur, laissé à son jugement, son appréciation.

      Enfin, la forme.

      Tout le monde s'extasie devant le choix du plan séquence pour chaque épisode. C'est justifié. La prouesse formelle et technique doit être louée et admirée. Mais le plan séquence devient presque la norme en ces temps numériques. Notre œil est parfois blasé. Sauf, comme c'est le cas ici, quand la forme est au service du fond. Tout repose sur le traitement du temps et de la focalisation. Le plan séquence permet le temps réel, vraiment (sans tricherie comme dans "1917", avec tout le bien que je pense de ce film). Ce qui permet de jouer avec les nerfs du spectateur. Comment décrire la tension lors des interrogatoires de Jamie, surtout lors de son cinquième entretien avec une psychologue chargée d'évaluer sa capacité à comprendre ce qui est en jeu dans son procès lors du troisième épisode ? Aucune longueur dans les moments d'inaction, non, des pauses, des temps morts qui permettent de reprendre son souffle ou de se préparer à ce qui va suivre, exactement comme les personnages. Nous partageons leur temporalité de A à Z. La caméra pénètre dans les pièces, dans les véhicules, se pose sur un capot, s'envole dans le ciel pour redescendre et coller à nouveau aux personnages dans une virtuosité éblouissante et fluide. Un seul moment de faiblesse, un flare, a priori non maîtrisé, involontaire, près de la fin du dernier épisode. On peut comprendre que la réalisation et la production aient pu faire le choix de ne pas reprendre tout l'épisode pour cela. En ce qui concerne la focalisation (le point de vue), chaque épisode repose sur un choix différent. Dans le premier, le point de vue se démultiplie, pour épouser l'agitation provoquée par l'arrestation, la déflagration inaugurale, dont nous mesurerons l'onde de choc épisode après épisode, avec des ellipses croissantes entre chaque, comme les ridules à la surface de l'eau après une chute de pierre. Notre oeil, la caméra, passe d'un personnage à un autre, au rythme de leurs croisements et interactions, pour nous offrir une vision d'ensemble du puzzle, morceau par morceau. Puis, chaque épisode se concentre sur un personnage, le policier en charge de l'enquête d'abord, puis la psychologue, enfin le père, et, autour de lui, sa femme et sa fille, mère et soeur de Jamie. La radiographie est profonde ; le dernier plan, déchirant.

      Quant au jeu des comédiens, on oublie que ce sont des comédiens tant ils sont justes, inscrits dans une illusion de réalité si forte qu'ils ne peuvent qu'être vrais. Nous partageons leurs doutes, leurs certitudes, leur désarroi et leurs souffrances dans notre chair, dans nos tripes, dans notre cœur. Nous croyons Jamie comme son père, contre l'évidence ; nous tremblons comme la psychologue devant un Jamie qui multiplie les visages lors de leur entretien ; je me suis posé, en tant que père, les mêmes questions que les parents de Jamie à la fin de l'histoire...

Unique.

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Chrismath

23-03-2025

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Adolescence n'appartient à aucun recueil

 

Critique de Film, Théatre, série. terminée ! Merci à Chrismath.

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