Ancolies Le 08-06-2026 à 13:18
Le doute et la reise en question semblent vous intéresser Alma. J'ai publié tout récemment ce texte sur ce sujet : https://www.de-plume-en-plume.fr/histoire/le-doute-3 Si l'envie vous en dit.
Ancolies Le 08-06-2026 à 13:18
Le doute et la reise en question semblent vous intéresser Alma. J'ai publié tout récemment ce texte sur ce sujet : https://www.de-plume-en-plume.fr/histoire/le-doute-3 Si l'envie vous en dit.
AlmaVeyre Le 08-06-2026 à 11:51
Merci pour ces précisions, Ancolies. Je vous rejoins sur l’importance du doute et de la remise en question. C’est précisément depuis cet endroit que je lisais votre texte : non pour en affaiblir la force, mais pour interroger ce que ses affirmations produisent comme effet de pensée. Je crois simplement qu’un texte publié rencontre aussi des lecteurs qui ne connaissent pas encore l’ensemble de l’œuvre ou des nuances habituelles de son auteur. Ils le lisent tel qu’il se donne, avec sa force, mais aussi avec les effets que produisent ses affirmations. Votre précision sur la solitude éclaire également votre position. Je l’entends ainsi : non comme un rejet de l’autre, mais comme une distance choisie, à la mesure de ce qui vous convient. Et je crois que c’est plutôt bon signe lorsqu’un texte donne envie d’y résister autant que de le lire. Je vous remercie pour cet échange. Il me semble que c’est précisément ce que permet un forum quand il fonctionne bien : entrer dans une vraie conversation autour de ce que l’écriture cherche à faire. Bien à vous, Alma
Ancolies Le 08-06-2026 à 10:30
Ma chère Alma, vous êtes nouvelle sur ce site - bienvenue - je ne l'ai pas ici précisé, ni dans mon texte ni dans mon commentaire, mais je l'ai si souvent fait que je m'en passe maintenant : préciser que tout toujours est à nuancer. Qu'il existe toujours des exceptions. Que tout toujours peut-être ébranlé. A commencer naturellement par les affirmations de mes propres écrits. Que le doute et la remise en question sont des armes pour avancer. Ceci étant maintenant dit, et pour moi et mes lecteurs habituels acquis, je vais selon moi au principal, en commettant naturellement probablement souvent de belles erreurs de perception, de vision, de réflexion. Pour revenir à votre réponse, il faut, toujours selon moi, balancer tout ce qui est en son pouvoir d'héritage, d'inconscient collectif, familial comme sociétal, il faut s'inventer soi-même en observant ce monde et ses pratiques : jeter ce qui ne nous convient pas, ce en quoi on n'adhère pas, conserver et développer ce qui va dans son sens. Dernière chose ; pour moi la solitude ne consiste pas du tout à rejeter les autres mais à la mesure qu me convient m'en écarter et n'appartenir à personne.
AlmaVeyre Le 08-06-2026 à 5:41
Bonjour Ancolies, Merci pour votre réponse. Elle précise votre position, tout en confirmant la manière dont j’avais reçu votre texte : une parole frontale, très affirmative, qui cherche moins à nuancer qu’à secouer. C’est précisément pour cela que je l’ai reçu comme un texte à portée pamphlétaire. Le texte affirme beaucoup. Il pose des vérités larges sur les écrans, les actes, les familles. Il parle de biais et de perception faussée, puis il avance lui-même des jugements très catégoriques. C’est une tension intéressante, peut-être même la plus féconde du texte, mais aussi un point de fragilité qui mérite d’être interrogé. Là où je reste réservée, c’est sur la portée de certaines affirmations. Je vous rejoins sur l’idée que les actes disent souvent davantage que les discours que l’on tient sur soi-même. Mais dire qu’un acte révèle la vérité d’un être me semble trop définitif. Un acte peut être une maladresse, une défense, une peur, une contrainte, ou encore être mal interprété par celui qui le reçoit. Il révèle quelque chose, oui, mais pas nécessairement l’essentiel d’un être. Je suis également plus prudente sur la question du rétablissement. Affirmer qu’il existe une responsabilité individuelle dans le fait de se relever peut s’entendre. Mais cela devient plus fragile lorsque cette idée laisse entendre que celui qui se rétablit aurait simplement davantage de courage, d’intelligence ou de libre arbitre que celui qui n’y parvient pas. Le soin, la réparation, la sortie d’un héritage familial ou psychique ne relèvent pas seulement de la volonté. Il y a aussi des temporalités, des blessures, des conditions d’accès au soin, des transmissions parfois anciennes, et des mécanismes qui ne se défont pas parce qu’on a décidé de les regarder en face. Cette question mériterait peut-être d’être au cœur du texte, plutôt qu’en marge d’un commentaire. De la même manière, je comprends ce que vous dites des blessures transmises par certains parents, mais je trouve réducteur d’en faire porter le poids trop directement à la seule parentalité. Nous vivons aussi avec des héritages qui remontent parfois à plusieurs générations, avec des angles morts, des fidélités inconscientes, des blessures anciennes qui se transmettent sans toujours être comprises. Cela n’efface pas la responsabilité individuelle, mais cela la rend plus complexe. La notion de « parents incompétents » me semble aussi aplatir des situations très différentes : elle dit quelque chose de la blessure reçue, mais elle ne suffit pas toujours à penser ce qui s’est transmis, parfois sans conscience claire, sans liberté réelle, ou dans une chaîne plus ancienne que les seuls parents. C’est là, pour moi, que se situe à la fois la force et la limite du texte. Sa force, parce qu’il impose une parole nette. Sa limite, parce qu’il laisse peu de place à la contradiction ou à la nuance. Je garde toutefois ce que le texte touche de très juste autour de nos contradictions intérieures : cette manière que nous avons de vouloir avancer tout en sabotant nous-mêmes le mouvement, de nous raconter une version de nous-mêmes pendant que nos actes en racontent parfois une autre. Enfin, lorsque vous dites dans votre réponse : « il y a longtemps que j’ai choisi la solitude, l’un des chemins vers la liberté », je peux l’entendre si la solitude désigne une forme d’indépendance intérieure, une manière de ne pas se laisser définir ou posséder par l’autre. Je serais plus réservée si elle devait conduire à considérer toute confiance en l’humain comme une erreur. Il me semble possible de rester ouvert sans se laisser posséder, et de donner sans se perdre. Bien à vous, Alma
Ancolies Le 08-06-2026 à 1:39
Bonsoir Alma. Merci pour votre lecture et votre réflexion. Certes je simplifie un peu, ce n'est pas un roman. Pour moi ce n'est pas non plus un pamphlet, c'est un miroir de notre monde. Où tout un chacun occulte ses actes vilains, pratique allègrement le déni, les petits et grands arrangements avec lui-même. Et tout le monde faisant de même, tout le monde ferme les yeux et fait mine de croire les mensonges de son voisin quand bien même il sont gros comme un paquebot. Nous voici bien avancés. Certes un acte ne révèle pas tout d'un être mais quand même son essentiel. Quant à mes familles, machines à salir, il est peut-être et même sûrement violent. Mais j'ai précisé que je parlais des parents incompétents, ceux qui octroient plus de névroses que d'amour à leurs enfants, lesquels ne sont que les objets des aspirations ratées de leurs géniteurs. Une identité c'est sacré, combien de parents nient celles de leurs rejetons, évidemment en raison de leurs propres névroses enfantines. Mais, si l'on n'est nullement responsable des dites névroses dont on vous a enfant généreusement dotées, on est plus tard responsable de son propre rétablissement. Qui tente de se rétablir ici-bas ? Oh, un bon paquet bien sûr et heureusement mais combien plus nombreux sont ceux qui laissent le bateau de leur vie dériver sans jamais tenter de le gouverner. Ignorant qu'ils disposent d'une intelligence, d'un courage, d'un libre-arbitre bien présents en eux et qu'ils n'auront jamais été cherchés. Un fonctionnement médiocre pour un monde médiocre qu'ils ne vont certainement pas contribuer à tenter d'un peu élever. Ce n'est guère nouveau, l'homme est corruptible, aussi il est dans la majorité des cas corrompu. Personnellement j'entretiens de très bonnes relations, directes, avec un certain nombre de personnes, mais il y a longtemps que j'ai choisi la solitude, l'un des chemins vers la liberté. Bien à vous.
AlmaVeyre Le 08-06-2026 à 0:28
Bonsoir Ancolies, J’ai reçu ce texte comme un essai-pamphlet, très frontal, porté par une colère lucide contre tout ce qui brouille notre rapport au réel : les écrans, les fictions sociales, les mises en scène, mais aussi les mensonges que l’on entretient à son propre endroit. Ce qui m’a le plus intéressée, c’est le moment où le texte quitte la critique générale du monde pour revenir à la responsabilité intime. L’idée que nos actes disent quelque chose de nous est très forte, même si elle me semble aussi pouvoir se discuter : un acte révèle, mais il ne dit peut-être jamais toute la vérité d’un être. J’ai beaucoup aimé certaines images, notamment celle du « bunker de sparadrap et d’acier », qui dit très bien cette contradiction humaine : se croire protégé alors qu’on est aussi fragile, défendu par quelque chose qui tient à peine. L’image de Pénélope, qui tricote et détricote ses propres ficelles, m’a aussi beaucoup parlé. Le texte est dense, heurté, parfois suffocant, mais cela correspond à son mouvement intérieur. Il ne cherche pas à apaiser. Il pousse, il accuse, il secoue. Je suis restée plus réservée sur les passages les plus catégoriques, notamment autour des parents et des familles. La violence de la formule a une vraie portée littéraire, mais elle referme peut-être un peu la nuance ouverte au début autour du biais, de la perception et de la difficulté à voir juste. C’est un texte dérangeant au bon sens du terme : il oblige à se demander quelle part de fiction nous entretenons autour de nous-mêmes. Merci pour ce partage. Alma
Ancolies Le 10-02-2026 à 16:38
Bonjour Ted. Vous avez raison : sans vouloir faire le moralisateur, j'appelle à une conscience de soi. Il me semble que le monde se porterait mieux si tous tant que nous sommes étions un minimum honnêtes, peut-être même lucides envers nous-mêmes. Mais cet environnement ne nous aide guère avec tous ses palais des glaces déformants. Je ne crois pas qu'il en ait toujours été ainsi ici-bas, nous pouvons remercier grandement la technologie dont l’œuvre principale est sous couvert naturellement de progrès encore une fois semble-t-il de bien détruire nos vies. Notre réalité et nos vies. Une technologie de plus en plus incontrôlée. Il reste à certains la liberté intérieure. A qui le veut et lutte pour en fait. Ils sont nombreux à le faire mais toujours une immense minorité. Bien à vous Ted.
Ted Le 10-02-2026 à 7:01
Bonjour Ancolies, votre texte s'inscrit dans une longue interrogation philosophique sur la réalité, l'illusion et la responsabilité. La distinction que vous posez entre perception récit et acte rappelle que la vérité de tout un chacun ne se loge ni dans le discours ni dans l'image mais dans ce qui est effectivement fait. Cette radicalité parfois inconfortable a le mérite de déplacer la question morale du jugement vers la lucidité. On peut y lire une critique sévère qui sous votre plume prend tout son sens, un appel à une forme de conscience de soi. Amicalement Ted
Ancolies Le 09-02-2026 à 17:25
Bonjour Laureen. Merci pour votre lecture attentive. En fait j'avais publié ce texte dans la rubrique Réflexions mais DPP l'a déplacé. Eh oui, qui, que et à quoi croire maintenant ? Seulement à soi-même ? Et encore puisque chacun nous nous trompons tant sur nous-mêmes ! On peut dire que tout ce qui nous entoure est la réalité puisque c'est bel et bien là mais est-ce que cela a réellement à voir avec la réalité ? Celle qui nous intéresse, celle qui ne ment pas, celle qui nous élève... On en est bien loin, plus loin que jamais, la technologie a tout emballé, tandis que nous n'en sommes encore qu'aux balbutiements de l'IA... Comme dirait feu le poète et chanteur Jean-Louis Murat, on n'est pas sorti de l'Auvergne ! Amitiés.
Elea Laureen Le 08-02-2026 à 17:48
Bonjour Ancolies, j'ai lu avec une attention particulière votre texte ... Je ne suis pas certaine que je l'aurais placé dans la catégorie détente mais plutôt coup de poing ! Vous avez tellement raison, toute cette réalité n'est qu'un leurre que ce soit les émissions de téléréalité et je dois avouer qu'on nous en sert à la pelle à croire que les gens se contentent de regarder des conneries ! Les journalistes n'en parlons pas, ils sont payés pour raconter ce que le politique veut qu'on nous dise ... Les réseaux sont totalement envahis par des fakes instrumentalisés par une AI de plus en plus envahissantes ... Sans oublier ces jeux informatiques où les jeunes passent des heures à tuer pour le plaisir ... Alors la seule vérité vraie, c'est celle qui nous entoure juste là près de nous au quotidien ... Pour le reste, il y a belle lurette que j'ai cessé d'y croire ! Nous sommes revenu au temps des Romains, et les gouvernants l'ont bien compris, que veut le peuple, du sang et des jeux ! Bravo beau partage ... Douce soirée, amitiés, Laureen
Ancolies Le 08-02-2026 à 11:38
Bonjour Abdellah. Je vous avais déjà dit que je détestais la complaisance, le pathos, la scolarité... nous pouvons y ajouter ici les alibis, ce texte n'étant pas une enquête criminelle. Comme me le rappelle longuement Deo, mon récit est largement insuffisant. Évidemment. En fait c'est essentiellement de la réalité intérieure de l'individu dont je désirais parler. Les compromis qu'il engendre et manie toute sa vie avec lui-même. Et j'ose prétendre qu'il est impossible d'avoir une vision claire de l'environnement si l'on ne commence pas par en avoir une de soi-même. Je ne suis comme toujours qu'un idéaliste qui s'est quelque peu trompé d'époque. En effet mes textes ne sont guère aimables et à part quelques comme d'habitude quelques nombreuses exceptions, qui l'est ? Et que sommes-nous chacun sans une dose minimale de vérité ? Rien qu'un peu plus de vent dans le vent j'imagine. Bien à vous.
Ancolies Le 08-02-2026 à 11:20
Bonjour Deo. Mazette, voici un commentaire long comme 3 bras. Votre plume s'est bien employée à démonter mon innocent texte. Vous avez raison, tout est réel, tout est réalité, mais mon écrit veut essentiellement parler de la réalité intérieure de l'individu, laquelle si elle n'est pas acquise rend toute perception pour une part largement falsifiée. Vous refusez ma vision effectivement assez plate de la réalité en rappelant qu’il n’existe pas une réalité monolithique, mais des niveaux de réalité, des strates : celle que nous percevons, celle qu’on nous raconte, celle que nous nous racontons, celle que nous éprouvons intérieurement. Et surtout, vous insistez sur le fait que la réalité n’est jamais donnée « chimiquement pure ». Elle est toujours déjà interprétée, filtrée, traversée par notre histoire, notre corps, nos blessures, notre affectivité. Votre évocation de la méthode Vittoz : revenir au réel par le corps, par le sensoriel, par le contact avec ce qui est là – l’eau, la terre, une fleur – apparaît comme un geste de salubrité intérieure. Sortir de soi non pas par l’évasion mais par l’attention. Non pas par l’imaginaire mais par l’accueil. Cette sortie de soi par le réel objectif est en effet un contrepoids salutaire à l’enfermement narcissique et aux spirales mentales. Vous parlez aussi du récit de soi, montrant bien que se raconter n’est ni mentir, ni trahir la réalité, mais tenter de la rendre habitable. Le récit est un tissage, une mise en cohérence toujours imparfaite mais vitale. Exiger de quelqu’un une transparence totale sur lui-même serait une violence. Nous sommes faits de zones d’ombre, de contradictions, de souvenirs recomposés et parfois de silences nécessaires pour survivre. La question de l’idéologie : lorsqu’une vision du réel est imposée de l’extérieur, en niant le vécu intime et collectif des personnes, quelque chose se fracture. Non seulement le lien social mais aussi le lien à soi. Vous pointez aussi un danger réel : celui d’un discours déconnecté du terrain qui prétend dire le réel mieux que ceux qui le vivent. Enfin votre conclusion sur l’amour comme réalité ultime comme acte de sortie de soi, comme force de transformation que la lucidité seule ne peut produire. Se regarder en vérité est nécessaire dites-vous, mais insuffisant. Sans doute vous avez raison : le regard sur soi livré à lui-même devient vite juge, procureur, rarement avocat miséricorde. L’amour, lui, ouvre un espace où le changement devient possible sans écrasement. La réalité n’est pleinement humaine que lorsqu’elle est traversée par l’amour. Sans cela, elle devient soit brutale, soit idéologique, soit désespérante. Avec cela, elle reste complexe, parfois douloureuse, mais vivable. Enfin vous ne serez pas étonnée si je ne suis pas étonné de retrouver une rose et l'Amour dans votre commentaire. Bon dimanche.
Ancolies Le 08-02-2026 à 10:48
Bonjour Albert. Merci pour votre analyse approfondie. Vous avez raison ce "Je sais" n'est pas un "Je fais". La placidité gagne du terrain chaque jour. Oui les fausses réalités nous anesthésient, et chacun de demeurer dans sa zone de confort, sa zone de conforme. Je ne parle pas seulement de ceux qi assument cette position, je parle également de ceux qui la récusent, tels nombre de musiciens par exemple qui prétendent vouloir changer ou du moins améliorer le monde tout en faisant du bon sur-place, tels tous ces marginaux, bien planqués dans leurs squats, et qui sont tout autant immobiles que ceux qui assument de l'être. En fait ce texte parle essentiellement de sa propre réalité intérieure, laquelle si elle n'est pas reconnue, acceptée, relègue comme vous le dîtes tout le reste au rôle de décor. La peste soit de ce monde d'aveuglement, de faux-semblants, de ce mode de fonctionnement qui font les mensonges qui ont raison et des vrais guerriers des combattants impuissants, inutiles. Je vous souhaite très amicalement un bon dimanche.
Abdellah Le 08-02-2026 à 9:03
Bonjour Ancolies, Ce texte ne cherche ni l’adhésion ni le confort. Il dérange parce qu’il ne laisse aucun refuge, ni collectif, ni intime. La violence de la langue n’est pas un excès : elle est le prix à payer pour briser l’anesthésie. Ce qui frappe surtout, c’est le retournement final : après l’accusation sociale, le texte refuse la posture du procureur et se replie sur le je, non pour se racheter, mais pour reconnaître la lâcheté ordinaire, le bunker intérieur, l’incapacité à changer malgré la lucidité. Ici, la réalité n’est ni une opinion ni un discours : elle est acte , ou absence d’acte. Et c’est précisément cela qui rend la lecture inconfortable et juste. Un texte qui ne promet rien, n’excuse rien, et retire les alibis. Ce n’est pas aimable. C’est nécessaire. Amicalement Abdellah
Deogratias Le 07-02-2026 à 21:35
Bonsoir Ancolies : La réalité : « ce qui est en tant qu’il est », disait un religieux dominicain agrégé de philosophie… La réalité comporte plusieurs niveaux : ce que je vois / ce qu’on me montre / ce que je crois voir de moi… Ce qui est sûr, c’est que la réalité n’est jamais brute, elle est souvent interprétée. Il y a une différence certaine entre la réalité médiatique (mise en récit collectif), la réalité personnelle, ce que nous vivons dans nos émotions, nos vies, et la réalité intérieure : ce que nous disons de notre vécu. Le souci, c’est l’illusion entre tous ces niveaux. Cela me rappelle la méthode Vittoz que j’ai un peu étudiée et pratiquée pendant quelques temps, plus jeune (la vraie, et non les nouvelles méthodes qui s’en inspirent). Dans une communauté où j’ai vécu, où nombre de dominicains se rendaient, ils nous expliquaient l’importance de revenir au réel objectif : cette fleur devant moi, elle est ce qu’elle est, je la touche. Cette existence reconnue hors de moi nous permet de sortir de notre subjectivité. Cette fleur n’existe pas parce que j’ai décidé qu’elle existait. Elle existe en dehors de moi… Ce simple regard aide à comprendre la méthode Vittoz, par exemple, qui demande d’apprendre à se relaxer non pas en suscitant une impression, une image, une sensation (construction interne de l’esprit), mais en partant du réel. Je peux ainsi apprendre à rester dans l’instant présent par le contact de l’eau sur ma peau lorsque je fais la vaisselle, lorsque j’entends le bruit d’une voiture qui circule. Au lieu de partir de soi, je pars du réel « en tant qu’il est », hors de moi, objectivable… Ce qui permet la relaxation à partir du présent, et surtout à partir de la conscience et de la sensorialité, et non pas par l’imaginaire ou la construction volontaire de l’esprit (la psyché). Cette méthode Vittoz, qui prend appui sur une anthropologie chrétienne… On peut d’ailleurs voir les effets de cette détente qui part du réel et non de l’irréel sur les ondes cérébrales : l’émissivité (je suis encore dans ma pensée) et la réceptivité (je suis dans le sensoriel). C’est une méthode qui aide les patients à revenir au réel. Toucher la terre de son jardin, planter une graine, arroser, désherber permettent de pratiquer Vittoz… et donc de rester en contact avec la réalité telle qu’elle est. Dernièrement, j’ai suivi une conférence de Boris Cyrulnik qui disait que le récit de soi permet de donner sens à notre vie. On donne un sens à notre vie en nous la racontant. On tricote les souvenirs, on met de la cohérence, on analyse, on donne à voir, on se raconte. Ce n’est ni des mensonges, ni une photographie exacte de notre vie réelle, mais c’est une construction vitale. Ce récit de soi dépend de bien des facteurs : notre histoire affective, nos blessures, le regard des autres, notre contexte familial, culturel, sociétal… Est-ce que je vois bien ma réalité personnelle ? En fait, nous avons peu accès à la réalité chimiquement pure de nous-mêmes. Exiger cela de quelqu’un serait lui faire une grande violence, car c’est peu réalisable. Notre défaillance, nos faiblesses, nos inaptitudes, nos émotions, notre histoire réelle, notre mémoire, nos traumatismes… tout cela ne permet pas d’avoir de nous une réelle, exacte, juste, vraie photographie. Nous sommes aussi souvent, sans même nous en rendre toujours compte, embourbés dans nos contradictions, nos hontes silencieuses… Le récit de soi permet de revisiter notre histoire, de la nuancer, de l’assouplir, de la rendre plus juste et plus habitable… De ce récit peut venir la guérison intérieure… C’est pourquoi nombre d’enfants maltraités dans l’enfance ont souvent écrit des best-sellers de littérature… Là où il y a danger, c’est lorsqu’on nous impose une vision du réel qui vient percuter la nôtre. Quand l’idéologie vient nous heurter parce qu’elle ne correspond pas à notre expérience et à notre vécu. On dit de certains médias que leur ligne éditoriale ne serait pas convenable parce qu’elle ne correspond pas à l’idée qu’on veut imposer. Quand l’idéologie prend le pas sur la réalité que le plus grand nombre de personnes vivent, qu’on veut nous faire croire que ce qu’on vit n’existe pas, qu’on se trompe, qu’on se fourvoie… Alors que ni notre vécu personnel, intérieur, ou même en partie collectif ne démontre le contraire, ne colle pas avec ce qu’on nous impose… là, il y a un souci… La réalité objective, « ce qui est en tant que c’est », permet une sortie de soi bénéfique qui empêche de s’enfermer dans le labyrinthe de notre subjectivité et de notre narcissisme. Elle évite une rupture avec le réel et peut éviter l’aggravation de certaines pathologies psychiques et affectives. La réalité personnelle et intérieure de nous-mêmes va souvent de pair avec des interprétations, des réaménagements, des nuances, un récit de soi indispensable pour continuer d’avancer dans la vie. Ces réalités ne sont pas des mensonges, ni des illusions, ni même de la perversité. Elles correspondent à la réalité. La nôtre. Elle est utile… Entre mon frère et mes deux sœurs, nous avons eu les mêmes parents, la même école, la même histoire… Et pourtant non. La vérité, c’est qu’à un certain niveau, chacun de nous en fait un récit différent. Est-ce que mon vécu différent de celui de mon frère fait de moi une menteuse ? Non. Nous avons chacun une part de réalité commune, assez mince finalement, et une autre part bien plus grande liée à nos besoins, à notre tempérament, à notre vie affective, etc. Voir clair en soi ne signifie pas forcément un copier-coller exact de ce qu’on voit, de notre histoire ou de la réalité de ce qu’on est. C’est plutôt un zoom arrière ou avant, selon les angles par lesquels on se regarde… C’est pourquoi, plus je vais, plus je pense que la réalité seule intéressante est de l’ordre de l’amour, car elle seule est à la fois objectivable et intérieure sans rien détruire du réel. Elle se situe juste à un niveau différent de la pure réalité… Nos actes ne sont qu’une partie de nous. Nous ne sommes pas complètement dans nos actes. Ils sont nous et pas nous. Pas totalement… L’acte le plus pur, le plus vrai, le moins enfermant, qui évite le repli sur soi, et donc les retours indéfinis sur nous-mêmes, est l’acte d’aimer. Sortie de soi de plus en plus oblative qui ouvre à la vie… Se regarder soi-même pour espérer, à partir de ce regard sur soi, lucide, clairvoyant, implacable, changer, est une partie de la réponse… mais elle est loin d’être suffisante… Comme je vous l’ai déjà dit, se regarder soi dans toute sa vérité, si cela peut susciter une certaine dose d’humilité et pousser au changement, ce qui est un premier pas, ne saurait, à mon sens bien sûr, être suffisant… Car l’homme est ce qu’il est : insuffisant, souvent perverti, narcissique… et donc incapable de se changer lui-même… jusqu’à un certain point… Seul l’amour a cette puissance de nous faire changer par le don de soi à l’autre, son regard et sa bonté. « Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu es » : en ce sens, cela ne me paraît pas complètement désuet… même si, là aussi, c’est imparfait… J’aurais adoré faire des études de philosophie pour être à même de vous répondre… Je n’ai que mes lectures, mes conférences passées et mon cœur… J’espère avoir répondu de manière à vous satisfaire, même si j’ai conscience que cela demanderait bien plus de développements et de connaissances… mais je ne suis que moi… Ne nous regardons que dans une lumière qui vient d’en haut… Ne soyons pas trop exigeants ni avec l’autre, ni avec soi surtout. Se regarder en face, ne pas se fuir, ne pas nier nos tendances, nos défauts, nos qualités, nos ambitions, nos insuffisances est un premier pas… mais il est loin de suffire à nous changer… Ceci étant, si certains hommes orgueilleux voulaient bien se regarder en vérité, ils s’apercevraient plus tôt pourquoi leur discours est si déconnecté du réel de la plupart des gens, et pourquoi certains programmes télé remportent plus de succès que d’autres. Pas toujours à cause de l’idéologie dominante… Je suis bien petite. La vie est toujours un manteau trop grand dont je n’arrive toujours pas à enfiler la manche. Mais ma seule vraie réponse à ce qu’est le réel vrai de vrai, le plus objectivable et en même temps le plus puissant pour changer le monde et nous-mêmes, c’est l’amour… Mais c’est une dimension du réel qui dépasse largement la question du réel… Au vu de ce qu’est la vie, ce que nous sommes… il me semble que le plus important doit être de traverser ce réel par l’amour… Car il est bien plus important d’aimer… J’aime mieux que l’Amour me mette le nez sur ma réalité personnelle, parce que seul l’amour me donnera la capacité de changer et d’oser regarder en moi ce qui fait défaut… mon seul regard aurait tendance à être trop dur… trop procureur et rarement avocat… la réalité traversée par l’amour permet d’abolir des géants d’orgueil… et donc de l’endurcissement du cœur humain… Je vous épargnerai dans ma réponse le sujet de la transcendance qui me paraît à la fine pointe de ma réflexion, ce qui répondrait sans doute le mieux à cette réalité qu’on cherche, qu’on nie ou qu’on trouve… et le pourquoi de cette réalité à plusieurs étages…Bien à vous. Sylvie.
Albert B Le 07-02-2026 à 16:57
Ancolies, votre texte me frappe par sa lucidité brutale. Vous ne cherchez pas à séduire ni à rassurer, vous cherchez à mettre le doigt là où ça fait mal. Et à mes yeux, vous avez raison sur un point central : la réalité n’est pas ce que nous voyons, ni même ce que nous pensons, mais ce que nous faisons. Nos actes parlent toujours plus fort que nos discours, nos valeurs affichées ou nos indignations confortables. Je partage aussi votre méfiance envers cette réalité fabriquée par les écrans. Elle brouille tout. Elle donne l’illusion de vivre, de choisir, de comprendre, alors qu’elle anesthésie surtout notre capacité à nous regarder en face. À force de mises en scène, on finit par ne plus savoir ce qui est sincère, même en soi. Et c’est sans doute pour cela que la vraie réalité devient insupportable : elle demande un effort, un renoncement à l’excuse, une responsabilité que beaucoup ne veulent plus assumer. Là où votre texte est particulièrement juste, c’est quand vous parlez de l’aveuglement volontaire. On peut reconnaître ses fautes, ses lâchetés, ses manques, sans rien changer pour autant. L’aveu devient alors un alibi, pas un début de transformation. Dire « je sais » ne signifie pas « je fais ». Et c’est peut-être là la plus grande illusion contemporaine. Votre réflexion sur la transmission est aussi dérangeante, mais nécessaire. Les enfants héritent moins de discours que de comportements. Leur réalité se construit dans ce qu’ils observent, pas dans ce qu’on leur prêche. Si le monde va mal, ce n’est pas seulement par manque d’idées ou de valeurs, mais par incohérence entre ce que l’on dit et ce que l’on vit. Si je devais résumer ce que je ressens en vous lisant, je dirais ceci : votre texte n’est pas pessimiste, il est exigeant. Il ne désespère pas de l’humain, mais il refuse les faux-semblants. Il rappelle que la réalité commence toujours par soi, et que tant que cette étape est évitée, tout le reste n’est que décor. C’est inconfortable à entendre, mais c’est précisément pour cela que ça mérite d’être dit. Amicalement, Albert.
AlmaVeyre Le 08-06-2026 à 18:26
Je lirai ce texte avec curiosité. Il faut reconnaître à votre écriture cette qualité un peu agaçante : elle donne envie de discuter avec elle, même quand on ne lui cède pas. Bien à vous, Alma